Nous partons de Montpellier en direction du sud pour arriver à La Grande Motte.
Toutes les routes que nous allons emprunter aujourd’hui nous les connaissons bien, et depuis des années… Nous allons nous attacher à quelques points particuliers de notre itinéraire.
Nous commençons par passer devant le golf de cette ville et nous prenons la D61, la « route de la Mer ».
La Route de la mer, D61, entre La Grande-Motte, Marsillargues et Lunel est relativement récente à l’échelle historique. Sa genèse s’explique par l’urbanisation touristique du littoral et l’essor de l’automobile au XXème siècle.
Voici les principales étapes de sa création et de son évolution.
1. Avant la route actuelle : un réseau de chemins anciens
Jusqu’au milieu du XXème siècle, il n’existait pas de véritable axe routier direct vers la mer dans ce secteur.
On trouvait surtout :
Ces chemins existaient déjà au Moyen Âge et apparaissent sur le cadastre napoléonien, vers 1830.
2. Contexte décisif : l’aménagement touristique du littoral (années 1960)
La création de la route moderne est directement liée à la construction de La Grande-Motte.
Cette station balnéaire est créée dans le cadre de la Mission Racine pilotée par l’État.
Objectifs de la Mission Racine (1963-1983) :
Pour cela il fallait construire des routes nouvelles.
3. Construction de la « Route de la mer »
La première version de la route est réalisée dans les années 1960-1970 :
Elle devient alors la principale voie d’accès à la mer pour le Lunellois et une partie du Gard.
Cette route est officiellement classée comme route départementale 61.
4. Une route conçue pour le trafic estival
Dès les années 1970-1980, la D61 devient :
Cela entraîne : embouteillages, accidents, d'où projets réguliers d’élargissement.
5. Les grands travaux récents (2012-2025)
Pour répondre à l’augmentation du trafic, le Département de l’Hérault a engagé un vaste programme d’aménagement :
Le chantier principal (environ 10 km) a duré près de 12 ans et coûté environ 60 millions d’euros, avec mise en service complète vers 2025.
6. Particularité du tracé
La route traverse une zone environnementale sensible, la Petite Camargue héraultaise , zones humides et espaces Natura 2000.
Les travaux ont donc nécessité des mesures écologiques et des ouvrages hydrauliques pour la gestion de l’eau.
Aujourd’hui nous n’allons pas aller jusqu’à Lunel par la route de la Mer car nous souhaitons faire un petit arrêt vers les cabanes de Lunel, qui se trouvent sur le territoire de la commune de Marsillargues.
Donc au giratoire nous prenons la 3ième sortie et nous nous trouvons face a un pont métallique, le pont du Lièvre.
Et nous n’irons pas plus loin car il est maintenant impossible de s’approcher de ces cabanes en voiture…
Des panneaux d’interdiction sont situés de part et d’autre du canal de Lunel et dans les deux directions, nord et sud…
On peut seulement stationner juste avant le pont du Lièvre. Nous allons revenir sur ce pont mais tout d’abord quelques explications.
Les cabanes de Marsillargues, souvent appelées « cabanes de Lunel », sont un ensemble d’habitations atypiques situées le long du canal de Lunel et près de l’étang de l’Or, au sud du village de Marsillargues. Elles font partie d’une tradition locale qu’on appelle la « culture cabanière », très présente dans les zones humides de la Petite Camargue.
À l’origine, XIXème et XXème siècle, ces cabanes étaient de simples abris saisonniers :
Elles servaient de refuge pour la nuit, pour ranger les barques ou le matériel de pêche, un peu comme les cabanes de gardians ou de pêcheurs ailleurs en Camargue.
Pourquoi le long de ce canal ?
Le canal de Lunel reliait les terres agricoles et le village aux zones lagunaires et à l’étang.
Ses berges étaient idéales car :
C’est donc naturellement là que les cabanes se sont multipliées.
Une petite « communauté cabanière »
Avec le temps, certaines cabanes sont devenues des habitations quasi permanentes :
Il existe même une amicale des cabanes de Lunel, signe que ce mode de vie a une vraie identité locale.
À partir de la fin du XXème siècle on voit une transformation progressive :
C’est un phénomène assez fréquent autour des étangs du Languedoc.
Aujourd’hui le secteur garde un caractère très particulier :
Mais désormais interdit aux motos et aux automobiles …
Le canal de Lunel est un ancien canal languedocien qui reliait la ville de Lunel aux zones lagunaires proches de l’Étang de l'Or.
Aujourd’hui discret et en grande partie abandonné pour la navigation, il a pourtant joué un rôle important dans l’économie locale pendant plusieurs siècles.
Pourquoi ce canal a-t-il été creusé ?
Entre le XVIIème et le XVIIIème siècle, les villes de la plaine languedocienne cherchaient à rejoindre les étangs côtiers, qui servaient alors de véritables routes commerciales.
Le canal de Lunel avait plusieurs objectifs :
À l’époque, les étangs comme celui de l’Or communiquaient avec la mer et formaient un réseau de navigation utilisé par de petites embarcations.
Grâce au canal, Lunel possédait un petit port fluvial.
Des barques appelées souvent barques de charge pouvaient descendre le canal jusqu’aux étangs, puis
rejoindre d’autres voies lagunaires et ttransporter les produits agricoles de la plaine.
Ce système était courant dans le Languedoc avant l’arrivée du chemin de fer.
Plusieurs facteurs ont entraîné la disparition progressive de la navigation au XIXème siècle :
Peu à peu, le canal a été utilisé seulement pour l’irrigation agricole, le drainage des zones humides et assurer le lien avec les cabanes.
C’est le long de ce canal que se sont installées les fameuses cabanes de pêcheurs et de chasseurs dont nous venons de parler.
Si ces cabanes existent encore aujourd’hui et constituent un paysage typique entre Lunel et Marsillargues aujourd’hui, le canal est surtout :
Le lieu où nous nous trouvons est précisément celui du pont du Lièvre
Le Pont du Lièvre est un petit ouvrage hydraulique situé dans la plaine entre Marsillargues et Lunel, au niveau du Canal de Lunel. Contrairement au grand pont sur le Vidourle (le Pont Boulet dont nous parlerons plus tard), il est beaucoup plus discret et peu documenté, mais nous avons trouvé quelques éléments historiques intéressants.
1. Origine et construction
Le pont apparaît dans le contexte des travaux liés au canal de Lunel.
En 1825, sous le règne de Charles X, un décret royal prévoit le prolongement du canal de Lunel afin de le relier au Canal du Rhône à Sète.
Ce projet entraîne la construction d’un ouvrage appelé à l’origine « pont des Rajols » ou Rajouls.
Par confusion ou évolution de la toponymie locale, il sera ensuite rebaptisé « pont du Lièvre » mais sur l’IGN figure encore tout à côté du pont un « lac des Rajols ».
Le pont est donc probablement daté du premier quart du XIXème siècle, vers 1825.
2. Fonction du pont
Le pont permettait essentiellement :
À l’époque, il est le seul pont construit au-dessus du canal de Lunel avant des ouvrages beaucoup plus récents.
3. Évolutions et contexte hydraulique
Avec le déclin du canal comme voie de transport, XIXème – XXème siècle :
Nous avons retrouvé d’anciennes cartes postales qui montrent la ville de Lunel au temps où elle possédait un véritable petit port fluvial…
Le secteur du pont du Lièvre reste néanmoins un point important du système hydraulique :
Nous quittons le pont du Lièvre et nous prenons la route des Mas.
La Route des Mas, D34E4, est une petite route départementale agricole reliant le village de Marsillargues aux zones maraîchères situées vers la mer et la D61. Les informations historiques précises (date exacte de création ou de bitumage) sont assez peu documentées publiquement, mais on peut reconstituer plusieurs éléments sur son origine, sa fonction et son trafic.
La Route des Mas n’est pas à l’origine une route moderne mais un ancien chemin rural desservant les “mas” agricoles (fermes isolées typiques de la Camargue et du Languedoc).
Les mas étaient implantés dans la plaine littorale depuis le Moyen Âge, souvent sur des terres drainées ou gagnées sur les zones humides.
Ces chemins reliaient les exploitations agricoles entre elles et au bourg de Marsillargues.
Leur tracé correspond souvent à d’anciens chemins d’exploitation ou de charrois servant au transport des récoltes vers les marchés et les ports proches.
Dans la plaine du Lunellois, l’occupation agricole est très ancienne, antiquité et Moyen Âge, avec plusieurs sites d’exploitation rurale attestés autour de Marsillargues.
Il est donc très probable que le tracé du chemin des Mas soit ancien, remontant au moins au XIXème siècle, mais certainement bien plus ancien, avant sa transformation en route départementale.
Classement et statut routier
Aujourd’hui la route est identifiée comme : D34E4 (antenne de la D34) et sa gestion est assuré par le Département de l’Hérault.
La D34 est un axe départemental reliant Boisseron – Lunel – Marsillargues, avec environ 19 km de longueur.
Les suffixes E ou E4 indiquent généralement :
une branche secondaire de la route principale
souvent issue d’un ancien chemin communal ou agricole reclassé
La Route des Mas est donc probablement devenue départementale au XXème siècle lors de la structuration du réseau routier départemental.
3. Bitumage et modernisation
Je n’ai pas trouvé une date unique publiée pour le bitumage, mais le cas est typique des routes agricoles du littoral :
La Route des Mas sert aujourd’hui principalement à :
La commune indique d’ailleurs que la route des Mas dessert la majorité des exploitations agricoles situées au sud du village.
La route traverse des zones maraîchères, des vergers et des exploitations produisant fruits, légumes, miel.
Marsillargues est souvent qualifiée de “grenier agricole” du Pays de Lunel, avec de nombreux mas le long de cet axe. Auparavant il n’y avait que de la vigne…
Je n’ai pas trouvé de comptage public précis pour la D34E4, mais on peut estimer l’ordre de grandeur : quelques centaines à quelques milliers de véhicules/jour maximum.
Plusieurs projets récents concernent indirectement cet axe :
Ces projets visent notamment à :
Toujours sur la D34E4 nous apercevons sur notre gauche un petit monument, il indique la draille Marcel Guillarmet.
La draille « Marcel Guillarmet dit le Cabo » qui part donc de la route des Mas vers le mas de la Palus à Marsillargues est un petit chemin rural nommé en hommage à une figure locale de la bouvine camarguaise.
Nous n’avons pas trouvé d’informations précises sur la date de création du chemin mais on connaît assez bien la personne honorée et le contexte de cette dénomination.
Qui était Marcel Guillarmet, dit « le Cabo » ?
Marcel Guillarmet était un gardian de métier originaire de Marsillargues.
Né en 1919 et décédé en 1997 il était gardian, c’est-à-dire un ouvrier agricole chargé de surveiller les taureaux et chevaux des manades de Camargue et de Petite Camargue autour de Marsillargues.
Il a notamment travaillé pour la manade Laurent.
Dans la culture camarguaise, les gardians sont les cavaliers qui conduisent les taureaux lors des abrivados, ferrades ou déplacements des troupeaux.
Le surnom « le Cabo »
Dans le langage des gardians, “cabo” (capo) signifie généralement :
Ce surnom indique donc probablement qu’il occupait un rôle important ou respecté parmi les gardians.
Marsillargues lui a rendu plusieurs hommages :
Signification du mot « draille », dans le sud de la France, une draille est :
Ces chemins existent souvent depuis plusieurs siècles et suivent les anciens parcours agricoles ou pastoraux.
Le tracé de la draille Marcel Guillarmet vers le mas de la Palus est très probablement un ancien chemin d’exploitation agricole servant à rejoindre les mas et pâturages des marais ou des terres basses (palus = zone humide).
Dans la Petite Camargue, ces chemins apparaissent souvent sur les cadastres du XIXème siècle ou même des tracés plus anciens liés aux manades.
Le chemin lui-même est donc bien plus ancien que son nom actuel.
Il est probable que la draille ait été baptisée à la fin des années 1990 ou dans les années 2000, à l’initiative de la municipalité ou d’associations taurines locales.
Mais la date d’inauguration officielle n’est pas facilement accessible dans les sources publiques. Nous n’avons rien trouvé.
Cependant nous avons trouvé une jolie vidéo de 8 minutes qui évoque Marcel Guillarmet :
https://www.youtube.com/watch?v=77CYV--wwSs
Nous continuons notre route des Mas, mais Z est envahie de « passagers clandestins ».
Car nous nous en doutions mais maintenant nous en sommes certains les moustiques sont là !
« Depuis quelques jours des moustiques ont été repérés dans différentes régions de France. Une présence étonnante et précoce à plus de dix jours de la fin de l’hiver.
Selon les spécialistes, c’est la succession de fortes pluies et de températures douces qui a permis le développement de larves.
Si cette présence peut être plus abondante qu’à l’accoutumée pour la période, elle pourrait ne pas durer si les conditions météorologiques changent. ».
Prévoyants nous nous sommes vaporisés d’anti-moustique car en Camargue les moustiques sont chez eux…
Vous verrez quelques photos prises juste avant les Saintes Maries de la Mer…
Donc nous reprenons la route qui dessert plusieurs mas et qui est bordée de cultures.
Nous remarquons les fossés remplis presque à raz bord, conséquence de ces interminables jours de pluie…
Nous arrivons à Marsillargues que nous traversons pour arriver devant le pont Boulet.
Ce pont va nous permettre de passer sur la rive gauche du Vidourle, donc de passer du département de l’Hérault pour arriver dans le département du Gard.
Le pont Boulet est un pont routier en béton armé de type bow-string, arc tendu, qui franchit le Vidourle entre Marsillargues (Hérault) et Aimargues (Gard). Long d’environ 120 m et large de 4,5 m, il constitue l’un des principaux points de passage historiques entre les deux rives de la plaine du Vidourle.
1. Le franchissement du Vidourle avant le pont
Pendant des siècles, le passage entre Marsillargues et Aimargues a été difficile et dangereux car le Vidourle est un fleuve cévenol sujet à des crues rapides.
Du Moyen Âge au XIXème siècle il existait quatre solutions pour traverser le fleuve :
Ces moyens restaient aléatoires et dangereux lors des crues du Vidourle.
1823-1824 : le premier ouvrage
Un passage routier à gué appelé “les passes” est construit :
Ce système améliore la traversée mais reste impraticable dès que l’eau monte et cause de nombreux accidents pendant plus d’un siècle.
XIXème siècle
Un pont ferroviaire est construit avec l’arrivée du train en 1865, mais il est réservé au rail et ne résout pas le problème du passage routier.
2. Pourquoi construire un vrai pont ?
Au début du XXème siècle, la question devient économique.
La région vit largement de la viticulture :
Or les vendanges coïncident souvent avec les crues automnales du Vidourle, empêchant les viticulteurs de rentrer leur récolte sans faire un long détour.
3. Le rôle décisif de Pierre Boulet
Le pont doit son nom à Pierre Boulet, propriétaire local qui milite pendant près de 25 ans pour sa construction.
Actions principales :
Son allié politique devient Auguste Daunis, maire puis conseiller général, qui obtient :
4. Construction du pont Boulet
Un projet est retenu après concours public, les travaux seront réalisés par l’entreprise Maison Veuve Charles Vidal de Beaucaire.
Le projet propose un pont en béton armé de type bow-string, technique moderne à l’époque.
Chronologie :
5. Après la construction
Le pont devient rapidement :
En 2007, une plaque commémorative est posée pour honorer Pierre Boulet, près de 80 ans après l’inauguration.
Pendant longtemps le pont fut à double sens, bien qu’un peu étroit, 4,50 mètres de largeur…
Le passage est maintenant régulé par des feux tricolores.
Nous voilà de l’autre côté du Vidourle, sur la berge gardoise…
Fin de l’épisode !