Matin du 4ième jour de la balade, ouverture des volets et la météo annoncée se confirme, à savoir matinée médiocre et un peu pluvieuse mais un meilleur temps annoncé pour l’après midi…
Nous avons mis au début des photos le principe du parcours puis le détail de l’épisode tracé sur la carte Michelin « jaune ».
L’idée est d’aller quasi directement à Montvernier dans la vallée de la Maurienne.
Nous connaissons un peu le secteur mais bien moins que la vallée de la Tarentaise et ses stations, Courchevel, Méribel et Val Thorens où les cols de la RGA.
Donc départ de Saint Béron où nous résidons, un ancien hôtel reconverti en appartements, mais nous l’évoquerons dans un autre épisode…
Nous prenons immédiatement la D1006.
La D1006 est l’héritière directe de la grande Route Nationale 6.
C’est un axe historique majeur entre Lyon et les Alpes
Cette route faisait partie d’un axe beaucoup plus vaste reliant Paris à l’Italie via Lyon et la Savoie. La Nationale 6 mesurait environ 733 km et constituait l’un des grands corridors de franchissement des Alpes avant l’ère autoroutière.
Nous allons en évoquer une partie dans cet épisode.
Donc entre Le Pont-de-Beauvoisin, Saint-Béron et Chambéry, elle formait un passage stratégique vers :
Avant l’ouverture de l’A43, c’était la principale route entre Lyon et Chambéry.
Son tracé est celui d’une route de piémont, une route de contournement des reliefs, qui exploite les vallées et les pieds de montagne.
Entre Saint-Béron et Chambéry, la route suit globalement la bordure occidentale du massif de la Chartreuse.
Voici les points marquants du tracé, en dehors du secteur des Échelles et de son tunnel, car nous le détaillerons dans l’épisode du retour.
En effet, un tunnel décidé par Napoléon 1er mérite bien un épisode !
Pour le moment nous roulons dans la vallée du Guiers, un passage dans la zone agricole du Val de Guiers, ancien couloir de circulation naturel entre Lyon et les Alpes.
Ensuite ce sera le secteur de Saint-Thibaud-de-Couz vers Cognin puis Chambéry.
Historiquement, plusieurs rectifications ont été réalisées au XIXᵉ siècle à cause de glissements de terrain ou de zones marécageuses, ce qui explique que certains tronçons modernes diffèrent du tracé ancien.
Nous détaillerons les cols également au retour, pour le moment l’objectif est d’atteindre Montvernier.
Le paysage va bientôt changer car nous voyons arriver une zone dominée par le relief du Guiers et par plusieurs passages resserrés.
Nous entrons dans les Gorges de Chailles.
Ces gorges marquent la frontière entre Isère et Savoie et la D1006 suit le tracé des gorges.
Elles sont creusées par le Guiers et constituent un passage naturel utilisé depuis des siècles pour relier les deux bassins.
Même avant les routes modernes, ce corridor était déjà emprunté par les voyageurs et les marchands.
Et même par un tramway !
Nous allons y revenir.
Elle est devenue une route aujourd’hui secondaire… Mais très fréquentée.
Au cours du temps elle a été améliorée et rectifiée aux XVIIIème et au XIXème siècles, puis déclassée au profit de l’autoroute.
Depuis l’ouverture de l’autoroute A43, la D1006 n’est plus l’axe principal Lyon-Chambéry, mais elle reste importante pour :
Le tronçon de Cognin à Pont-de-Beauvoisin, environ 31 km, est même classé « itinéraire sécurisé » avec plusieurs radars et contrôles de vitesse.
Nous arrivons maintenant aux Gorges de Chailles.
Les Gorges de Chailles, du nom d'un hameau car la rivière qui y coule est le Guiers, sont un lieu naturel spectaculaire entre l’Isère et la Savoie.
Elles sont très différentes des gorges alpines style Maurienne, mais tout à fait remarquables et il est dommage que peu de personnes ne les connaissent…
Donc les Gorges de Chailles sont un canyon creusé par le Guiers, là où cette rivière traverse un massif calcaire très encaissé entre les communes de Saint‑Franc et Saint‑Béron en Savoie et Voissant/Miribel‑les‑Échelles en Isère.
Géologiquement, c’est un effondrement profond dans du calcaire créé par l’érosion du Guiers, qui a sculpté une gorge étroite aux parois spectaculaires.
Vu depuis la D1006, ex-RN6, on ne perçoit pas forcément l’intensité du relief…
Mais si on se penche pour mieux regarder on découvre un encaissement impressionnant, entre parois calcaires verticales, eaux vives et vasques profondes.
Le Guiers a encore un débit soutenu même en été, avec des tourbillons, des rapides et des bassins profonds.
Le secteur fait partie du Parc naturel régional de la Chartreuse : calcaire, forêts et micro‑écosystèmes liés à l’eau en font un paysage à la fois minéral et verdoyant.
Il n’y a pas de route construite à l’intérieur de la gorge elle‑même comme pour certains “routes balcon”. C’est bien plus sauvage.
L’accès se fait par de petits parkings en bord de la vallée, puis on descend vers le canyon à pied ou on l’explore via des sorties sportives.
Ce que la plupart des topos donnent pour le parcours canyon est :
Ce n’est donc pas une gorge très longue ou très profonde comme de grands canyons du sud de la France, mais très encaissée et spectaculaire localement.
Le site est donc surtout connu aujourd’hui pour le canyoning, car c’est l’un des canyons les plus intéressants de la région Rhône‑Alpes, sauts, rappels, nage dans des vasques profondes et en bonus une arche naturelle spectaculaire au cœur de la gorge
Pour faire le canyon complet, il faut être à l’aise en eau vive ; ce n’est pas un site de promenade classique mais plutôt une aventure sportive…
Ce site était déjà évoqué par Jean‑Jacques Rousseau au XVIIIème siècle dans ses écrits de voyage, qui décrivait l’eau “bouillonnant dans des gouffres affreux” – preuve que ces paysages ont fasciné longtemps avant l’ère moderne.
Historiquement, le passage est aussi connu pour une embuscade pendant la Seconde Guerre mondiale, du fait de sa position stratégique le long de la route entre Pont‑de‑Beauvoisin et Les Échelles.
De la D1006 on a toutefois un bel aperçu de l’aspect grandiose et sauvage de ces gorges.
Mais le plus étonnant c’est d’imaginer que sur cette route on pouvait circuler à côté d’un tramway à vapeur !
Pour le prouver nous avons mis dans nos photos d’anciennes cartes postales qui témoignent de cette époque, le temps où le tramway passait tout à côté de la route…
Il s’agissait des trains de la ligne VSB : Voiron – Saint Béron.
Nous avons mis également nos photos mais dans les 2 sens de circulation, le matin de Saint Béron à Chambéry, et le soir dans le sens de Chambéry vers Saint Béron.
Le VSB (Voiron – Saint-Béron) était un petit chemin de fer secondaire à vapeur, classé juridiquement comme tramway, qui reliait le Voironnais à la Chartreuse et à l’avant-pays savoyard.
Il a fonctionné pendant un peu plus de quarante ans entre la fin du XIXème siècle et l’entre-deux-guerres.
1891–1893 : projet de ligne pour désenclaver la vallée et faciliter le transport des produits industriels et agricoles.
Dans le secteur des Gorges de Chailles la ligne comportait 2 tunnels :
28 janvier 1893 : la ligne est déclarée d’utilité publique comme « tramway à traction mécanique », locomotives à vapeur.
1894 : création de la Société du chemin de fer de Voiron à Saint-Béron (VSB) qui obtient la concession.
1894-1895 : ouverture progressive de la ligne.
1896 : achèvement complet de la liaison.
Caractéristiques principales :
Le train reliait notamment :
Voiron – Coublevie – Saint-Étienne-de-Crossey – Saint-Joseph-de-Rivière – Saint-Laurent-du-Pont – Les Échelles – Saint-Béron.
Le VSB était surnommé « le petit train de la Chartreuse ».
Il transportait des voyageurs :
Et il transportait des marchandises :
Elle offrait également des correspondances avec les grandes lignes du réseau PLM à Voiron et à Saint-Béron.
Après la Première Guerre mondiale, la ligne devient déficitaire :
Étapes du déclin :
1931 : premiers remplacements par des autobus.
1932 : la ligne est reprise par la régie départementale des Voies ferrées du Dauphiné (VFD).
30 septembre 1936 : fin totale du service voyageurs et marchandises sur la ligne.
1939 : déclassement officiel de la ligne :
les rails sont progressivement déposés dans les années suivantes.
Mais il y a une exception : un court embranchement industriel près de Saint-Béron reste utilisé pour desservir une usine électrométallurgique.
1953 : fermeture de ce dernier tronçon et disparition définitive du VSB.
On trouve encore quelques traces :
Nous avons également remarqué sur le bord de la route un ancien établissement, le « Belvédère des 3 Evêchés ».
Les 3 Evêchés étant le nom du rocher et du tunnel situé juste en face, « sur-titré » de la phrase « Un joli coin de France », c’était un snack bar dont le casse-croute était réputé !
Malheureusement il est aujourd’hui fermé, de même que le belvédère…
Difficile d’en savoir davantage car il n’y a pas vraiment de possibilité de stationner…
Il y a une pancarte sur la façade indiquant : « B.A. Moto Club Savoie ». Il semble que le snack soit devenu depuis 2023 le club house d’une association de bikers…
Nous continuons notre route en remontant vers le nord.
Nous passons à côté d’un beau garage Lotus et arrivons à l’entrée de la commune Les Échelles.
Dans le lointain on voit distinctement la barrière rocheuse que nous allons devoir franchir.
Nous vous raconterons dans un prochain épisode l’historique de ce franchissement et surtout la création de l’un des plus anciens tunnels de France…
Il fut initié par Napoléon 1er en 1804 et mis en service en 1820.
Une fois le tunnel franchi nous continuons la D1006. Nous passons le col de la Couz mais nous en parlerons lors du retour, pour le moment la priorité c’est de ne pas trop trainer pour arriver assez tôt à Montvernier.
Nous traversons la ville de Cognin où nous remarquons un vaste rond-point.
Ce giratoire est nommé giratoire des Pyramides, il a été réalisé en 1990 à la suite d’un appel à concours et nous en parlerons dans l’article sur notre passage à Cognin lors de notre retour…
Puis au sud de Chambéry nous prenons la direction de Saint Jean de Maurienne, toujours en suivant la D1006.
La vallée de la Maurienne est juste assez large pour caser la rivière l’Arc, la voie de chemin de fer, l’autoroute A43 et notre belle D1006.
Au bout d’environ 80 km nous prenons la sortie pour Montvernier, la D77B.
Fin de ce long épisode !