Nous quittons notre emplacement de pique-nique et nous nous dirigeons vers le col de Saint Sulpice.
À vol d’oiseau ce n’est pas très loin, mais il n’y a pas de route directe et nous devons faire un petit détour.
Nous devons contourner une partie d’une grande forêt, la forêt de Pail, qui représente plus de 2 737 hectares.
Nous avons trouvé intéressant un article de Jean-Michel Desaunai sur cette forêt Mayennaise dans le Courrier de la Mayenne de décembre 2021.
L'histoire de la forêt de Pail racontée par son propriétaire Serge de Poix, gestionnaire de la forêt de Pail.
« La forêt de Pail située pour sa plus grande partie sur la commune d’Averton sur le territoire du Mont des Avaloirs, appartient à la famille de Poix depuis plusieurs générations.
Elle est gérée par les groupements forestiers de Pail et du Roupeyroux.
Au Xème siècle, il s’agissait d’une forêt pauvre, humide dans les fonds - Pail vient du latin Palu voulant dire marécageux - et sèche sur les buttes caillouteuses.
Du XIIème au XVIIème siècle, ce sont les maîtres de forges qui l’ont exploitée tirant le maximum de bois de chauffage pour leurs activités.
La famille Tyrel de Poix a hérité de cette exploitation forestière de 1 000 hectares de l’arrière-grand-mère, Marie-Thérèse de Foucault. Les différentes générations qui se sont succédé ont eu à cœur de préserver cet héritage.
La forêt de Pail est constituée à 40 % de feuillus (chêne, hêtre, châtaignier) et 60 % de résineux (Douglas, épicéas, pin sylvestre, pin Laricio).
Les différentes essences sont destinées à la menuiserie, à la charpente, à la papeterie, ainsi que pour le chauffage.
La forêt a trois fonctions : économique, environnementale et sociale. Un plan de gestion par un expert forestier en réglemente l’utilisation. Ce plan est validé par l’administration.
Parmi les sollicitations les plus prestigieuses auxquelles la famille Tyrel de Poix a répondu, il y a eu le don de deux chênes pour la reconstruction de la charpente de Notre Dame de Paris, mais, également la fourniture de Douglas pour la construction du pont du Mont Saint Michel.
Afin d’envisager l’avenir et faire face au réchauffement climatique, des études sur les essences de demain ont été entreprises.
« C’était la danseuse de mon père, il nous a laissé, lui et ma mère, un très bel héritage. Ce que l’on plante aujourd’hui, le choix des essences, ce sont nos descendants qui le verront. Nous plantons pour l’avenir », conclut Serge Tyrel de Poix. ».
Nous contournons la forêt par l’est en allant presque jusqu’à Gesvres, puis prenons la D149 pour aller vers le col de Saint Sulpice.
Nous ne remarquons pas immédiatement le panneau de col et nous nous arrêtons devant un panneau classique indiquant Saint Sulpice. Il faut dire que la carte IGN qui nous sert à repérer précisément les cols n’est pas très lisible cette fois…
Nous vous rappelons que nous sommes des vieux très « old school » et que nous n’utilisons qu’exceptionnellement le GPS !
Aussi c’est seulement après quelques minutes sur place que nous apercevons à une centaine de mètres, dissimulé par la végétation, le panneau « officiel » du col.
Il est très effacé, comme beaucoup de panneaux en Mayenne !
Nous sommes maintenant à l’emplacement exact du col de Saint-Sulpice, perché à 246 mètres d’altitude. Une altitude qui ferait sourire dans les Alpes, évidemment, mais qui prend une tout autre signification dans cette partie de l’Ouest de la France : le col de Saint-Sulpice est en effet l’un des deux seuls cols routiers officiellement recensés en Mayenne.
Il se situe dans le nord-est du département, dans un paysage de collines boisées appartenant aux premiers reliefs du Massif armoricain. Nous sommes ici à proximité immédiate des Alpes Mancelles, cette étonnante région où les rivières ont profondément entaillé le relief, faisant apparaître vallons, escarpements rocheux et pentes parfois étonnamment prononcées pour cette partie de la France.
Le col est particulièrement apprécié des cyclistes : l'une des routes d'accès, depuis Averton, traverse notamment les paysages boisés de la vallée du Merdereau avant d'atteindre le sommet. Une autre approche arrive de Gesvres, tandis qu'au sud la route rejoint le secteur de la Bruyère.
L'endroit n'a rien de spectaculaire au sens « grand col de montagne ». Ici, pas de lacets vertigineux ni de sommets enneigés : plutôt une ambiance forestière, calme et verdoyante, avec cette impression amusante d'avoir découvert un petit morceau de montagne… au cœur de la Mayenne !
Et puis, pour nous qui avons décidé de franchir la totalité des cols routiers de la Sarthe et de la Mayenne, le panneau « Col de Saint-Sulpice – 246 m » possède forcément une petite valeur symbolique : une nouvelle case à cocher sur notre parcours !
Les photos prises, nous décidons d’aller voir de plus près cette forêt de Pail.
Effectivement c’est une belle et vaste forêt.
En passant sur la D149 qui est l’une des rares routes qui la traverse nous apercevons entre les arbres un drôle de monument, il est entre la colonne et l’obélisque.
Mais le chemin qui y mène n’est pas fameux et surtout nous avons bien compris qu’il s’agit d’une forêt privée aussi nous ne nous en approcherons pas trop.
C’est seulement de retour à Montpellier que nous en avons appris davantage sur ce qu’il convient de nommer : la Pyramide de la forêt de Pail.
Voici ce que nous savons, et ce que nous ne savons pas…
La Pyramide de la forêt de Pail est un monument commémoratif érigé en 1739 pour honorer la mémoire d'un lieutenant mort lors de la bataille de San Pietro appelée aussi bataille de Parme ou bataille de la Crocetta, elle eut lieu le 29 juin 1734.
« Ce mémorial singulier prend la forme d'un petit obélisque ou d'une borne monumentale en pierre. ». Nous avons trouvé plusieurs cartes postales anciennes qui le montre en détail.
Il s’agit d’un hommage familial et militaire.
Le monument a été bâti par la seigneurie locale pour saluer le sacrifice d'un officier, un lieutenant, tombé au combat en Italie lors des affrontements pour le duché de Parme.
La Pyramide est devenue :
Nous n’avons cependant pas trouvé l'identité exacte de ce lieutenant.
S’il est confirmé par plusieurs sources que la Pyramide a été élevée en 1739 en mémoire d'un lieutenant mort à la « guerre de Parme », son nom précis reste un mystère.
Cette absence d'identité s'explique par deux facteurs historiques majeurs :
La Pyramide d'Averton fait ainsi office de « tombeau de l'officier inconnu » à l'échelle de la Mayenne, témoignant du deuil d'une famille noble locale face aux guerres lointaines de Louis XV.
On peut risquer l’hypothèse que le lieutenant honoré par cette pyramide en 1739 était très probablement un jeune fils cadet de la maison de Faudoas, ou un proche parent officier issu de la noblesse du Maine, dont le corps est resté en Italie.
En effet, lors la bataille de Parme, en 1734, les régiments du Maine engagés par l'armée française (menée par le maréchal de Coigny) comptait plusieurs unités d'infanterie où servait massivement la noblesse du Maine et de l'Anjou.
Si cet officier appartenait à un régiment local, il pouvait servir au sein :
Pour terminer nous avons trouvé le détail des pertes humaines lors de cette bataille de Parme :
Cette Pyramide conserve encore une belle part de son mystère…
Nous continuons un moment dans la forêt puis opérons un demi-tour.
Nous repassons par Gesvres, prenons la D121, puis la D144 en direction de Saint Cénery le Gérei.
Ce village fait partie des plus beaux villages de France et vous le découvrirez dans l’épisode suivant, l’épisode n°7 !