Mais commençons par quelques mots sur les routes de la région, même si leur développement est similaire à ce qui s’est passé en France aux mêmes périodes.
Avant le XVIIIème siècle il s’agissait de chemins médiévaux et de routes seigneuriales.
L’Albret était traversé par des chemins anciens, souvent hérités d’itinéraires antiques ou de voies locales.
Les seigneurs d’Albret entretenaient certaines voies stratégiques, notamment autour de Nérac, Sos, Mézin, Vianne, mais il ne s’agissait pas de routes au sens moderne.
Les déplacements restaient difficiles : terrains vallonnés, forêts, zones humides.
Puis au XVIIIème siècle ce fut la construction des routes royales et la réorganisation du territoire.
Sous l’impulsion de l’État, alors Royaume de France, plusieurs axes sont modernisés par la création ou l’amélioration de routes royales et de routes départementales primaires.
L’objectif était de relier :
Les travaux mobilisaient corvées, ingénieurs des Ponts et Chaussées, et plans de nivellement.
Ensuite s’engagea la modernisation post-Révolution.
En 1790 l’Albret est intégré aux départements et ses routes deviennent routes départementales avec numérotation, alignement et empierrage.
C’est à cette période que le développement de ponts et d’ouvrages d’art, notamment sur la Baïse et la Gélise, facilita les communications.
Le commerce local se développa également : vins, eaux-de-vie, bois.
La circulation de diligences régulières fut également mise en place.
Nérac devient un nœud régional de transport entre Gascogne et Agenais.
Enfin, au XXème siècle le réseau moderne que nous connaissons fut mis en place avec un goudronnage progressif entre 1920 et 1950.
Après 1960 interviennent la rectification des virages, la création de nouvelles traversées et la suppression de passages à niveau.
De nouveaux développements autour de l’axe D930 (ex-RN 130) confirment sa fonction de principal corridor routier de l’Albret.
Aujourd’hui, le réseau routier repose donc sur :
La D930, colonne vertébrale entre Agen et Mont-de-Marsan.
Un réseau secondaire dense reliant villages et bastides.
Des aménagements récents orientés vers la sécurité routière, les contournements, et la mobilité douce avec notamment des voies vertes autour de la Baïse.
Ce sont ces routes que nous allons emprunter, pas forcément très larges mais très roulantes, de faibles courbes, pas mal de lignes droites.
Globalement le revêtement est assez moyen et, comme dans beaucoup d’endroits maintenant, de nombreux ralentisseurs « hors normes » parsèment les abords des villages…
Enfin, des passages boisés et le temps assez pluvieux rendent quelques passages glissants avec notamment beaucoup de feuilles mortes sur la chaussée…
Donc nous arrivons à Ligardes par la D552 qui n’est d’autre que la D294 qui a changé de nom car nous sommes passés du Lot et Garonne au Gers.
Ligardes est une commune rurale à habitat très dispersé qui compte environ un peu plus de 200 habitants.
Ligardes était à l’origine un bourg castral installé au pied du château, sur une motte peu surélevée de 167 mètres. On y retrouve les vestiges des remparts et son église donjon. Le village est doté de nombreux puits.
Son nom vient du gascon Las Guardas, (qui signifie « qui regarde, qui observe) et renvoie à son rôle de poste de garde au Moyen-Âge.
La commune possède encore une église fortifiée, église de Saint Hilaire, qui date du XIVème siècle.
Non loin, mais nous n’irons pas, se dresse le Château de Campaigno, château récent, du XVIIIème. C’est une propriété privée.
Autre lieu que nous n’irons pas voir… Parce qu’il a disparu !
C’est la fontaine du roi où un roi (qui ?) se serait désaltéré…
Située en contrebas du village, elle alimentait un lavoir (aujourd'hui disparu).
Nous poursuivons notre route en descendant vers le sud puis prenons à l’ouest vers Vicnau.
La route offre une très belle vue sur la campagne.
Vicnau n’est qu’un tout petit hameau, la paroisse de Vicnau est documentée depuis au moins le XIème siècle.
L'église est située au cœur du hameau de Vicnau et est juchée au sommet d'un coteau gascon.
Son nom “Vicnau” viendrait de vicus novus (“village nouveau” en latin), ce qui laisse supposer des origines très anciennes, peut-être gallo-romaines ...
Au fil des siècles, l’église de Vicnau a subi des remaniements, elle serait d’origine roman primitif, soit Xème siècle et aurait été fortifiée au XIVème siècle.
L’église possède un clocher-mur, typique des églises rurales de la région
Le bâtiment a été abandonné pendant longtemps, entre 1800 et 1970, avant qu’il ne retrouve un intérêt patrimonial.
Il semble que l’église soit maintenant « privée » car elle servirait de dépôt de matériel …
Nous arrivons maintenant à Moncrabeau, c’est un village avec une curieuse tradition…
Ce petit village a 741 habitants, les Moncrabelaises et les Moncrabelais, et sur ce nombre il y énormément de… menteurs !
Car si Moncrabeau est connu pour ses traditions gourmandes avec son Armagnac et autre Floc de Gascogne, ce village est surtout réputé pour être la capitale des menteurs.
Depuis le XVIIIème siècle, le village abrite une confrérie burlesque dédiée…
… À l’art du mensonge !
Chaque année, la confrérie organise un concours où les participants doivent raconter le plus beau, le plus inventif et le plus drôle des mensonges, sans tomber dans la méchanceté ou la tromperie réelle.
On y remet traditionnellement le titre de « Roi des Menteurs » au meilleur fabuliste.
Les mensonges doivent être imaginatifs, poétiques, extravagants, dans l’esprit gascon de la galéjade.
La cérémonie est bon enfant : musique, défilé, costumes et folklore régional.
La confrérie aurait été fondée vers 1740 par des Gascons facétieux, puis relancée au XXᵉ siècle.
Elle joue sur la réputation humoristique du Gascon hâbleur, mais toujours dans la bonne humeur.
Extrait d’une publication locale :
« Chaque premier dimanche d’août, l'Académie des Menteurs de Moncrabeau organise le Festival des Menteurs qui voit l'élection et le sacre annuel du Roi des Menteurs. Vous pouvez plonger dans cette ambiance joviale en parcourant les ruelles de Moncrabeau via le circuit qui rassemble les meilleures « menteries ».
Tout au long du parcours, des panneaux explicatifs vous révèlent les récits de Fujiyo Lapuce, informaticien du Roi Louis XVI, de la rue Cocu Saute ou encore de la Mentherie Royale ! Cet itinéraire vous permet d'apprendre l'histoire de Moncrabeau teintée d’humour. A vous de faire la part des choses entre légende et réalité, mensonge et vérité. Profitez également du jardin des senteurs et des circuits de randonnées. ».
Nous poursuivons la route en traversant la fameuse D930 et nous nous retrouvons sur la D219.
Nous arrivons au village de Lannes.
L’origine de Lannes apparaît sur l’emplacement d’un ancien temple du nom de « Villanum ». Puis dans le haut Moyen Âge, sous le nom de « Lanne-Vieille » autour de son église Sainte-Marie et d’un prieuré de Prémontrés ou « grange régulier » conventuel dit « Lagrangerie » dans le diocèse de Condom.
C’est un petit village de 371 habitants qui a fusionné avec Villeneuve-de-Mézin en 1972.
Mais si nous ne connaissions pas Lannes nous connaissions un de ses célèbre habitant, Armand Fallières.
En réalité c’est au Loupillon que résidait Armand Fallières
C’est précisément à la sortie de Villeneuve-de-Mézin que se trouve « Le Loupillon », la propriété d’Armand Fallières, ancien président de la République, de 1906 à 1913. La demeure fut transformée par l’architecte Guillaume Tronchet (pendant sa présidence), dans un style à l’italienne.
Comme nous allons passer près du Loupillon un peu plus tard nous évoquerons ce président plus tard.
Il a été très présent dans sa région natale, notamment à Mézin, son lieu de naissance, où nous arrivons.
Probablement d’origine préromaine la tradition veut que le monastère de Mézin ait été fondé par Charlemagne…
Initialement le bourg était délimité par une enceinte circulaire.
Les limites de la ville sont repoussées aux XIIIème et XVème siècles, démontrant un essor considérable. La « Porte Anglaise » est le témoin de ces fortifications en taille de pierre.
Tout au long du XVIIème siècle, les remparts sont entretenus et la ville se développe intra-muros. Les portes de la ville sont peu à peu délaissées. En 1770, les ruines de pont-levis ou murailles sont détruites.
Au cœur du village, se développe la place du marché où se déroulent les principales activités. Cette place est ceinturée de portiques ou "cornières" en bois avant d'être remplacés par des constructions en arc de pierre.
Mais ce qui a rendu Mézin florissante et célèbre ce sont les bouchons !
« À la frontière des Landes, l'industrie du liège est indissociable de l'histoire de Mézin, entre le XVIIIème et le XXème siècle.
La commune comptait, à la veille de la Première Guerre mondiale, deux fabriques employant plus de cent ouvriers, cinq fabriques de cinquante à cent ouvriers, quatre ateliers de dix à cinquante ouvriers et une dizaine d'ateliers comptant moins de dix ouvriers.
Le processus de fabrication était le suivant : le liège était enlevé aux sûriers, c’est le nom de l’arbre, le chêne-liège, trié en trois catégories, et vendu aux bouchonniers.
L'écorce était alors maintenu deux ou trois heures dans une vaste chaudière puis séché et livré aux « coupeurs ».
Ceux-ci qui le débitaient en « bandes » longues de 20 à 25 centimètres, et larges de 3 à 4 cm ; puis en « carrés » de 2 centimètres de côté ; c'est alors que les ouvrières, à domicile ou à la machine, le transformaient en bouchons.
On fabriquait des objets de toutes sortes (compte-gouttes, savons, rondelles, diabolos) ; les restes (copeaux) étaient expédiés dans des « fabriques de linoléum et briques de liège ».
Les sûriers de la région fournissaient un centième à peine de la matière première employée. Leur liège trop mince pour les bouchons était toutefois excellent pour confectionner de menus objets ; tout le reste venait d'Algérie, d'Espagne et de Portugal.
Cette industrie s'est transformée à la fin du XIXème siècle par l'introduction de machines, qui ont remplacé la main-d’œuvre ouvrière.
Un musée retrace cette période qui fit la richesse de la ville.
Nous avons noté une population de 4 383 habitants en 1793 !
Aujourd’hui il n’y a plus que 1 455 Mézinaises et Mézinais.
Nous prenons maintenant la D656 pour nous rendre à Poudenas !