Nous entrons dans le Gers et la D5 nous amène à ce village au plan original.
Aujourd’hui Fourcès est une commune rurale qui compte environ 260 habitants, les Fourcésiennes et Fourcésiens.
La notule des plus beaux villages de France dont il fait partie décrit le village ainsi :
« Construit autour d'un château remplacé aujourd'hui par une place ombragée de platanes, Fourcès est une originale bastide ronde dont les maisons créent un décor théâtral de colombages et d'arcades. Outre quelques délices gastronomiques incontournables en cette terre gasconne, le village attire également par quelques manifestations phares telles que son Marché aux Fleurs en avril ou « Marciac in Fourcès » extrait du désormais célèbre festival de jazz. ».
Fourcès est un ancien bourg castral, on les appelait des « castelnaus », parce qu’ils entouraient un château fort.
Ce terme provient du mot « castel », le château, associé à l’adjectif « nau », nouveau. Ces « nouveaux châteaux », fleurissent à la fin du Moyen-Âge, lors de la période de fortification des premiers villages. Les forteresses de pierre sont installées sur les anciennes mottes féodales. Des villes et villages se développent à l’intérieur des enceintes fortifiées ou aux abords des remparts, sous la protection du seigneur.
Le passé de Fourcès est mal connu. Néanmoins sa seigneurie est puissante et Brigitte de Fourcès est une célébrité aux alentours de l’an 1000 !
Elle fera notamment parler d’elle lors des frictions entre la Gascogne et l’Aquitaine qui se termineront dans un bain de sang, lors de la Bataille de la Castelle.
Durant la Guerre de 100 ans, Fourcès deviendra une frontière entre l’Aquitaine anglaise et l’Armagnac français. Si les assauts guerriers n’ont pas eu raison de la forteresse, c’est la politique qui l’abattra. Son château est malheureusement détruit au XVème siècle, sur ordre du Roi de France Charles VII. Un autre château va donc être construit juste à côté de la motte castrale originelle.
Celle-ci abrite désormais une belle place ombragée.
La suite de l’histoire de Fourcès est bien plus calme, préservant ses maisons médiévales à colombages, posées sur de belles arcades. Des demeures bourgeoises y sont bâties au XVIIème et XVIIIème siècle.
Nous profitons du joli cadre que constitue cette place pour réaliser quelques photos de nos Z, puis nous partons pour Lamontjoie dans le Lot et Garonne, en passant par Condom.
Mais en traversant Condom le Z3 d’Alain et Jeanine manifeste brutalement un signe de surchauffe.
Un petit arrêt pour laisser refroidir et faire le plein… D’eau !
Ensuite nous suivrons la D931, quitterons le Gers au niveau du château de Roquelaure et arriverons au restaurant à Lamontjoie dans le Lot et Garonne.
Mais pour ceux que ça intéresse voici quelques infos sur la fontaine monumentale située juste à côté de celle qui abreuva le radiateur de la voiture d’Alain.
En effet, si l’eau venait d’une fontaine classique celle-ci était placée juste à côté d’une fontaine « historique » !
En réalité c’est un modèle qui n’est pas si rare mais ce groupe de statues est très nettement inspiré, voire copié, d’un monument à l’histoire étonnante.
Il s’agit d’une copie du monument funéraire du cœur d’Henri II (1519-1559), roi de France !
Voici l’histoire de sa création…
En 1559, le roi Henri II est mortellement blessé au cours d'un tournoi à Paris. La reine Catherine de Médicis, veuve inconsolable qui portera ostensiblement le deuil de son époux toute sa vie, commande en 1561 un monument pour le cœur du roi, placé dans l'église du couvent des Célestins à Paris.
Les tombeaux multiples : une tradition de la monarchie française depuis le Moyen Âge.
Depuis le XIIIème siècle, il est d'usage de réaliser plusieurs tombeaux (du corps, du cœur et des entrailles) pour les souverains ou les personnages de très haut rang.
Au Moyen Âge, un tombeau de cœur se présente sous la forme d'un gisant, une statue représentant le défunt couché, habillé et tenant dans sa main l'image d'un cœur. Celui d'Henri II appartient à la Renaissance par son inspiration antique, comme l'expliquent les inscriptions latines du soubassement : la reine confie aux Grâces le cœur de son époux, ne pouvant, malgré son désir, le conserver en son sein.
Dans l'Antiquité, les trois Grâces étaient des déesses de la beauté et de l'harmonie. Elles étaient représentées comme trois jeunes femmes nues se tenant par les épaules, l'une regardant dans la direction opposée aux autres.
Née à Florence, Catherine de Médicis connaissait le groupe antique conservé à la bibliothèque du Dôme de Sienne, dont le musée du Louvre possède un autre exemplaire.
Des statues d'Hécate ont pu aussi jouer un rôle d'inspiration, car cette déesse antique de la magie était représentée sous la forme de trois jeunes femmes adossées l'une à l'autre.
Un projet de brûle-parfum dessiné par Raphaël pour François Ier, connu seulement par une gravure, montre aussi trois figures féminines dos à dos et jouant un rôle de support, comme les trois Grâces du tombeau d'Henri II, qui soutiennent l'urne contenant le cœur du roi.
Elles se tiennent délicatement par le bout des doigts et forment une ronde lente et grave. L'absence de référence chrétienne a choqué les religieux des Célestins, qui les ont renommées les Vertus théologales !
Quant au piédestal, il est inspiré d'autels funéraires de l'Antiquité romaine et constitue la seule référence à la mort du monument, une nouveauté pour l'époque.
La conception de l'œuvre est sans doute due à la reine ou à Primatice, le peintre italien qui avait dirigé les travaux de Fontainebleau et qu'elle venait de nommer à la tête des Bâtiments du Roi. Suivant l'habitude de la Renaissance, la réalisation est confiée à plusieurs artistes qui doivent transcrire le projet du peintre.
Parmi eux, Germain Pilon, qui avait déjà participé à la réalisation du tombeau de François Ier à Saint-Denis, connaît la consécration avec le groupe des trois Grâces et devient le sculpteur attitré de Catherine de Médicis. Il adopte pour ces élégantes figures les proportions élancées qui caractérisent le style maniériste : le corps est mince et svelte, la poitrine haute et menue, la tête petite et le cou allongé, les pieds et les mains sont longs avec des doigts effilés.
Les Grâces sont vêtues d'une fine tunique à l'antique dont le drapé est différent pour chacune. Le sculpteur a joué du contraste entre les parties nues du corps (les bras, les jambes ou la poitrine) et les parties vêtues. L'étoffe est traitée avec des effets très variés et une virtuosité étourdissante, tantôt plaquée sur le corps et froissée, tantôt s'en écartant et formant de longs plis saillants qui accrochent la lumière et créent un rythme dynamique.
Le sculpteur italien Domenico del Barbiere, dit Dominique Florentin, fut chargé du piédestal, en marbre comme les figures.
Dominique Florentin donna aussi le modèle de l'urne en bronze doré, qui fut réalisée par Jean Picart, dit Le Roux, et fondue par Benoît Boucher. Détruite à la Révolution, elle fut remplacée par une copie en bois doré.
En effet, le couvent des Célestins n'échappa pas à la tourmente révolutionnaire : l'église fut détruite en 1795, et les nombreux monuments funéraires qu'elle abritait furent transférés au musée du Louvre ou à la basilique de Saint-Denis.
La fontaine du square Salvandy, dont l’eau bienfaitrice a rempli le radiateur du roadster Z3 d’Alain, a été réalisée en fonte de fer par les ateliers de la Fonderie Ducel et fils sur une proposition du sculpteur Jean Goujon.
Elle est nettement inspirée de l’œuvre de Germain Pilon évoquée plus haut.
Ce modèle a été copiée par les fondeurs du XIXème siècle pour orner les parcs, les jardins mais aussi les monuments destinés aux eaux comme les fontaines.
La fontaine de Condom, composée d’un socle surmonté du groupe des Trois Grâces, d’une vasque, d’un vase et d’un jet, est visible dans le catalogue Ducel.
Historique d’après un article de la Dépêche de 1999.
Au départ la fontaine des Trois Grâces de Condom a été placée au centre du square Porte Neuve, c’est un petit monument commandé par la municipalité dans le cadre de la concession des eaux qui fut signée en 1866.
C'est la seconde qui fut réellement commandée et installée en 1868 sur la place. Cette belle fontaine qui remplaçait la fontaine monumentale située presque à l'entrée de la rue Charron ne devait rester en activité que peu de temps, faute, comme son aînée disparue, de recevoir de l'eau en abondance.
En 1892, la municipalité devait donc s'inquiéter de ce monument qui commençait à gêner le passage des voitures à chevaux et automobiles. Il fut donc décidé de transférer ce monument au centre de la cour du cloître.
C'est enfin en 1898 que l'on procède au transfert pour un coût estimé à 604 francs.
A l'heure actuelle, après un second voyage, les Trois Grâces sont installées au centre du square Salvandy.
La fontaine a été restaurée grâce à une action de la fondation du patrimoine.
Mais elle ne semble pas fonctionner…
D’où l’installation, tout à côté, d’une fontaine plus classique qui permit de rafraichir le moteur de la voiture d’Alain !