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Deauville du côté « chabadabada »

Deauville du côté « chabadabada »

Donc 5ième jour de notre balade avec arrêt à Deauville.
Nous connaissons un peu la ville et nous allons revoir nos endroits préférés.
Dans cet épisode nous sommes dans les pas d’une séquence cinématographique mondialement connue, également par sa musique « chabadabada chabadabada… »

Après notre tour en voiture nous nous garons devant la Villa Le Cercle, sur le boulevard Eugène Cornuché, et nous avançons à pied vers la rue Sem.

L’espace entre le boulevard Cornuché et la mer

Ce secteur n’a pas toujours eu l’aspect que nous lui connaissons. La configuration du front de mer a beaucoup évolué avec les lais de mer, notamment à partir de 1871. La création de nouveaux espaces gagnés sur le rivage a progressivement déplacé la façade maritime et rendu obsolète l’ancienne « Terrasse de Deauville ».

Les lais de mer

Les « lais de mer » désignent les terrains gagnés sur la mer, naturellement ou par des aménagements. À Deauville, ces espaces ont progressivement permis de repousser le front de mer et d’y installer promenades, jardins et équipements balnéaires.

C’est dans cette nouvelle configuration qu’est aménagé le front de mer moderne, avec les établissements de bains puis les Planches.

Les bains

Avant les fameux Bains pompéiens, Deauville possédait déjà un établissement de bains, construit en 1912 par Georges Wybo. Devenu trop petit et vieillissant, il est remplacé après un concours lancé en 1921.

Le projet de Charles Adda donne naissance aux Bains pompéiens : 250 cabines, galeries à portiques, cours intérieures, boutiques, café-bar, bains de vapeur…

Un étonnant ensemble de béton blanc et de mosaïques, inspiré à la fois de l'Antiquité et de l'Art déco. Il est inauguré le 5 juillet 1924.

L'ensemble bénéficie aujourd'hui d'une protection patrimoniale renforcée, avec notamment le classement des carrés A, B et C en 2025.

Nous voilà arrivé devant les fameuses Planches.

Le boulevard de la Mer et les Planches

Les Planches sont créées en 1923, dans le cadre de ce réaménagement du front de mer. Charles Adda conçoit une promenade en bois directement au bord des Bains pompéiens.

L'idée paraît aujourd'hui presque amusante : permettre aux élégantes de profiter du bord de mer sans salir leurs longues robes dans le sable !

La promenade mesure aujourd'hui environ 643 mètres dans sa partie historique, après plusieurs extensions. L'ensemble est inauguré en 1924.

Et ce qui n'était au départ qu'un équipement balnéaire devient progressivement une véritable scène mondaine : à Deauville, il faut voir… Et surtout être vu !

Les célébrités sur les cabines

C'est là que Deauville a inventé son petit Hollywood Boulevard à la normande.

Les noms peints sur les lices correspondent principalement aux personnalités du cinéma américain accueillies dans le cadre du Festival du cinéma américain de Deauville, créé en 1975. Les stars viennent inaugurer leur nom, qui est ensuite inscrit sur les cabines.

On y trouve notamment :

Clint Eastwood, George Clooney, Sharon Stone, Nicole Kidman, Lauren Bacall, Elizabeth Taylor, Yul Brynner, Buster Keaton, Kirk Douglas, Tom Hanks, Harrison Ford, Steven Spielberg, John Travolta, Pierce Brosnan, Robert De Niro, Sylvester Stallone…

Et bien sûr Joan Fontaine et Lee Marvin !

Le principe est donc moins « toutes les célébrités ayant fréquenté Deauville » que les personnalités du cinéma honorées dans le cadre du festival.

C'est important, car des gens aussi emblématiques que Coco Chanel ou André Citroën ont fréquenté Deauville sans pour autant relever de ce système de dénomination.

Les fameuses Planches longent la plage et nous prenons quelques photos des parasols.

Les parasols de Deauville

Difficile d'imaginer Deauville sans eux !

Ils sont présents sur la plage depuis 1875 et sont donc antérieurs aux Planches.

Leur aspect actuel est cependant le résultat d'une longue évolution : les rayures disparaissent dans les années 1930, puis les formes, dimensions, franges, embouts et couleurs sont progressivement codifiés après-guerre.

Bleu, orange, jaune, rouge, vert… Cette palette est devenue une véritable signature visuelle de Deauville.

Et il y a même le fameux « nœud deauvillais », qui permet de maintenir la toile lorsque le parasol est fermé.

Aujourd'hui encore, ces parasols sont fabriqués artisanalement à quelques kilomètres de Deauville ; leur durée de vie est annoncée autour de vingt ans.

Un petit peu en retrait nous voilà devant une plaque fixée au mur…

La place Claude Lelouch et Un homme et une femme

Nous sommes au cœur du « chabadabada » !

En 1965, Claude Lelouch vient régulièrement à Deauville. Une nuit, alors qu'il est sur les Planches, il aperçoit au petit matin une femme marchant avec un enfant et un chien, dans la lumière particulière de la plage. Cette image lui inspire l'histoire d'Un homme et une femme.

Le tournage commence à Deauville durant l'hiver 1965-1966, avec Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant. Le film sort en 1966 et transforme définitivement l'image romantique de Deauville.

En 2006, pour les quarante ans du film, la ville inaugure la place Claude Lelouch, exactement à l'endroit associé à l'arrivée de la Mustang dans le film.

Et petite coïncidence amusante : 2026 est précisément l'année des 60 ans du film.

Deauville lui a d'ailleurs consacré des événements cet été, avec Claude Lelouch, une nouvelle plaque en hommage à Anouk Aimée et une projection du film restauré en 4K.

Mais il y a une autre star dans le film… Une voiture…

La Mustang sur les Planches

C'est probablement l'une des images automobiles les plus célèbres du cinéma français.

Jean-Louis Trintignant arrive au petit matin au volant de sa Mustang, s'arrête sur les Planches, aperçoit Anouk Aimée sur la plage et lui fait des appels de phare. Le lieu exact de cet arrêt est aujourd'hui la place Claude Lelouch.

La scène ne pourrait plus être tournée de la même façon aujourd'hui. L'accès automobile aux Planches n'est évidemment plus autorisé comme dans les années 1960.

Pour Les Plus Belles Années d'une vie, tourné en 2018 et sorti en 2019, Lelouch a justement voulu retrouver l'univers du film original.

Le tournage a nécessité des conditions particulières. Il paraitrait que « les Planches ont été renforcées spécialement pour la Mustang ».

La Mustang n° 184 : une voiture devenue légende

Mais la Mustang du film original n'est plus là pour nous faire un petit coucou !

Ford France avait fourni plusieurs Mustang pour le tournage. La voiture utilisée dans les scènes de Deauville était un coupé Mustang 1965, tandis qu'un cabriolet rouge apparaît également dans l'univers du film. Les voitures originales sont aujourd'hui considérées comme disparues, même si des incertitudes subsistent sur le sort de certaines d'entre elles.

Pour les scènes du rallye Monte-Carlo, c'est encore une autre histoire : Trintignant et Henri Chemin ont réellement participé au rallye avec une Mustang engagée sous le numéro 145.

Résultat : le mythe a largement survécu à la voiture.

Il existe aujourd'hui des répliques de la Mustang de « Un homme et une femme », certaines reprenant les détails caractéristiques de la voiture du film.

Et finalement, c'est peut-être encore plus joli ainsi : la Mustang n'existe plus, mais son image, elle, est toujours garée sur les Planches…

La Mustang n° 184 à la loupe

La Mustang n° 184 est un coupé Mustang première génération, modèle 1965/66, équipé du fameux V8 289 ci (4,7 litres) « K-Code » High Performance.

Pour donner quelques chiffres qui parlent à certains :

  • V8 4,7 litres, 289 cubic inches
  • 271 ch SAE pour le K-Code
  • carburateur 4 corps
  • boîte manuelle 4 rapports
  • propulsion arrière
  • environ 4,60 m de long
  • empattement : environ 2,74 m
  • poids autour de 1,3 tonne
  • vitesse maximale de l'ordre de 200 km/h
  • 0 à 100 km/h : autour de 7 secondes selon les configurations et mesures d'époque.

Le K-Code est particulièrement intéressant : ce n'est pas le V8 « tranquille » de la Mustang de monsieur Tout-le-monde. Il s'agit du 289 High Performance, moteur développé pour les versions sportives et qui servira notamment de base à la Shelby GT350. Il développe 271 hp, avec un différentiel renforcé et des suspensions adaptées.

Un petit mot le « chabadabada »

La bande originale d’Un homme et une femme composée par Francis Lai en 1966, est l'une des musiques les plus célèbres de l’histoire du cinéma mondial.

Le thème principal est indissociable de son refrain entêtant.

Un faux refrain devenu culte car contrairement à la croyance populaire qui retient "Chabada-bada" ou "Chabadabada", les vraies onomatopées chantées sont "Daba dabi da" ou "Badabadaba".

Quant aux voix ce sont Nicole Croisille et l'auteur-compositeur Pierre Barouh (qui joue également dans le film) qui interprètent ce duo amoureux légendaire…

Pour revenir vers le Casino nous prenons la rue qui porte évidemment le nom de celui qui a profondément marqué l'histoire moderne de Deauville et du groupe hôtelier et casinotier : Lucien Barrière.

La rue Lucien-Barrière… Et le lapin blanc 🐇

Nous venons juste de quitter la place Lelouch et sommes à peine engagés sur la rue Lucien Barrière lorsque soudain… Un lapin — ou peut-être un lièvre — déboule de derrière nous, bondit en zigzaguant sur la chaussée et nous dépasse !

Fallait-il suivre le lapin blanc pour trouver le Casino ?

Le Casino de Deauville

Et notre lapin n'avait finalement pas choisi son itinéraire au hasard !

Le Casino de Deauville est inauguré en 1912, à l'initiative d'Eugène Cornuché, avec l'architecte Georges Wybo. Il constitue avec le Normandy et les équipements sportifs l'un des piliers du modèle de station balnéaire imaginé alors : hôtel + casino + loisirs + plage + courses hippiques.

Le bâtiment est ensuite entièrement restauré en 1988 par Jacques Garcia, dans un décor beaucoup plus spectaculaire, fait de dorures, marbres, lustres et velours.

Nous reviendrons sur son histoire plus tard…

Le lapin blanc nous avait donc bien conduits quelque part… Mais pas au pays d'Alice !

Au Casino de Deauville, peut-être pour découvrir un rassemblement de belles voitures !

Hasard ? Peut-être…

Mais puisque Deauville et l'automobile entretiennent depuis longtemps une histoire particulière, nous vous raconterons tout cela dans le prochain épisode.

 

Deauville du côté « chabadabada »
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