Cet article est assez long et encore nous n’avons fait qu’effleurer la Côte Fleurie et ses villages riches en histoires et beaux paysages…
Mais aujourd’hui l’urbanisme et la végétation dissimulent beaucoup les différents points de vues…
Il est dommage que la rue de la Corniche puis la route de la Corniche, D163, ne soient pas davantage mises en valeur…
À la suite de cet article 120 photos vous attendent, dont beaucoup de cartes postales anciennes…
Nous sommes donc le jeudi 25 juin et la journée s’annonce chaude… Effectivement il fera 40°C dans l’après-midi…
Z était stationné place Marcel Proust à Cabourg et nous partons dans la direction de l’est, vers Houlgate.
Notre but est de trouver la D163, la route de la Corniche de la Côte Fleurie.
La Côte Fleurie est le nom donné au littoral du Pays d'Auge, dans l'est du Calvados. Dans son acception la plus courante, elle s'étend de l'embouchure de l'Orne, à l'ouest, jusqu'à l'estuaire de la Seine, à l'est. Elle englobe donc notamment Merville-Franceville, Cabourg, Dives-sur-Mer, Houlgate, Villers-sur-Mer, Blonville, Bénerville, Deauville, Trouville, Villerville et Honfleur.
Le nom est joli et assez explicite : il évoque à la fois les pommiers en fleurs du Pays d'Auge et les massifs fleuris qui ornent les promenades des stations balnéaires. C'est donc une côte où la géographie et l'histoire touristique se mélangent intimement.
Sa physionomie est très variée : longues plages de sable, falaises, dunes, estuaires et coteaux du bocage augeron. Et surtout, elle possède cette succession presque ininterrompue de stations balnéaires nées ou développées au XIXème siècle avec la mode des bains de mer.
Trouville ouvre la voie sous le Second Empire, puis Deauville, Cabourg, Houlgate et les autres stations transforment progressivement un littoral jusque-là beaucoup plus rural en lieu de villégiature.
Pour le moment après être sortis de Cabourg et avoir passé la Dives nous arrivons à Houlgate.
À l'entrée d'Houlgate, un monument rappelle une histoire beaucoup moins souriante que celle des villas et des plages.
Après la Libération, les plages normandes sont encore truffées de mines et de munitions non explosées. Le 3ième bataillon du Génie est spécialement chargé du déminage. Son siège et une importante école de formation se trouvent à Houlgate.
Entre 1944 et 1945, les hommes interviennent sur le littoral et dans les secteurs environnants, dans des conditions extrêmement dangereuses. Plus de 60 000 mines seront relevées par cette unité entre septembre 1944 et octobre 1945. Beaucoup de prisonniers de guerre allemands furent employés à ce déminage…
La stèle rend hommage aux hommes morts dans cette mission.
Houlgate est aujourd'hui une station d'environ 1 830 habitants, mais son importance touristique est évidemment sans rapport avec ce chiffre hors saison.
La station naît véritablement au milieu du XIXème siècle, à partir de l'ancien village de Beuzeval et avec l'arrivée de la mode des bains de mer. Une quarantaine de villas sont déjà construites entre 1858 et 1868. Puis le chemin de fer, arrivé en 1884, accélère considérablement son développement : 233 nouvelles demeures sont bâties entre 1880 et 1895. Houlgate connaît alors une véritable période mondaine et accueille notamment des personnalités aristocratiques au Grand Hôtel.
C'est ce qui explique cette physionomie très particulière : une ville relativement petite, mais extraordinairement riche en villas de villégiature de la fin du XIXème et du début du XXème siècle.
Au niveau d’une sorte de rond-point nous remarquons un ensemble de trois beaux bâtiments, dont la mairie.
À la sortie de l’Houlgate balnéaire nous quittons momentanément la logique de la route côtière, D513, pour prendre la D163, la fameuse route de la Corniche.
Ce n'est pas simplement un nom touristique : le document d'urbanisme d'Houlgate la décrit bien comme une voie offrant des vues panoramiques depuis les hauteurs de Houlgate, avant de rejoindre Auberville par le plateau.
Elle permet donc de changer complètement de perspective : au lieu d'être au niveau des plages et des villas, on prend de la hauteur et on découvre le littoral depuis les coteaux.
C'est une petite route locale plutôt qu'un grand axe historique, mais son intérêt est précisément paysager.
Nous espérions voir la (les) falaise (s) des Vaches Noires mais en Z ce fut impossible.
Elles constituent l'un des sites géologiques les plus remarquables de la Côte Fleurie. Elles s'étendent sur environ 4 km entre Houlgate et Villers-sur-Mer, en traversant les territoires de Houlgate, Gonneville-sur-Mer, Auberville et Villers. Le site est classé depuis 1995.
Le paysage est original : des falaises marneuses très instables, ravinées en une succession d'éperons et de ravins qui leur donnent cet aspect de badlands normands.
Mais leur véritable trésor est sous les pieds : les couches géologiques du Jurassique et du Crétacé renferment une exceptionnelle richesse paléontologique.
Quant au nom, il viendrait des marins : les gros blocs sombres couverts d'algues, observés depuis la mer, auraient évoqué un troupeau de vaches noires au pied des falaises.
Pour bien découvrir le site il faut prévoir de le visiter à pied, depuis la plage à marée basse…
Après nos tâtonnements infructueux pour trouver un accès voiture aux falaises nous arrivons à Auberville.
Auberville est une toute petite commune installée sur les hauteurs, à environ 130 m d'altitude, à quelques kilomètres seulement de la mer. Elle offre justement cette curieuse situation de balcon sur la Côte Fleurie : la Manche et les falaises au nord, le bocage du Pays d'Auge au sud.
Le village est très rural, en quelques minutes, on est passé de l'univers balnéaire d'Houlgate à celui des chemins, prairies et fermes du plateau…
Nous retrouvons maintenant la D513.
Cette D513 est beaucoup plus qu'une simple route départementale.
Elle constitue l'un des axes routiers structurants de cette portion de la Côte Fleurie : elle relie Cabourg, Houlgate et Villers-sur-Mer, puis poursuit vers les autres stations de la côte.
Le PLU d'Houlgate la qualifie d'ailleurs d'axe majeur, avec environ 3 762 véhicules par jour entre Houlgate et Gonneville-sur-Mer lors des comptages de 2019.
Pour nous elle possède surtout un intérêt touristique : elle permet de longer et de rejoindre successivement plusieurs stations sans perdre complètement le contact avec la mer.
C'est une route de liaison, mais dans un décor qui lui donne presque des allures de route touristique.
Il est dommage que Michelin n’ait pas surligné de vert cette D513 ainsi que la D163 qui l’a précédée…
La D513, assez rectiligne, nous amène à Villers-sur-Mer
C’est une station familiale qui compte aujourd'hui environ 2 440 habitants, mais dont la population et l'animation explosent littéralement en été. La commune annonce même environ 25 000 personnes en saison.
En traversant le village l'église Saint-Martin attire immédiatement notre regard.
L'actuelle église est néogothique, construite à partir de 1872 par l'architecte caennais Aimar Lavalley-Duperroux, élève de Viollet-le-Duc. Elle remplace une église devenue trop petite avec le développement de la station balnéaire.
Elle possède notamment 51 vitraux réalisés par l'atelier Duhamel-Marette d'Évreux et des sculptures des frères Jacquier. L'ensemble est classé Monument historique depuis 2006.
Nous ne nous arrêtons pas pour la visiter, nous ne sommes pas très amateurs de cette architecture…
Mais cette église illustre parfaitement le phénomène local : la naissance d'une architecture balnéaire ambitieuse dans une ancienne petite communauté rurale…
Inratables aussi à Villers sur Mer les célèbres « dinosaures végétaux ».
Le grand dinosaure végétal est devenu une véritable mascotte estivale de Villers-sur-Mer. Il est installé chaque année au mois de juin et retiré à l'automne, car les milliers de plantes qui le composent ne supportent pas les températures hivernales.
Et ce n'est pas un simple arbuste taillé en forme de dinosaure : la structure fait 12 m de long et 7 m de haut, avec une armature métallique remplie de six tonnes de terre et environ 9 000 plantes pour le grand modèle. Depuis quelques années, il est accompagné d'un petit.
Le choix n'est évidemment pas innocent : Villers-sur-Mer possède le Paléospace, consacré notamment à la paléontologie des Vaches Noires. Le dinosaure végétal transforme donc une particularité scientifique locale en symbole ludique de la station.
En 2023, la municipalité annonçait par exemple le retour du dinosaure avec 16 000 plantes pour le grand et le petit réunis.
La D513 longe maintenant la plage.
En longeant la plage de Villers sur Mer on retrouve un élément typique des stations balnéaires normandes : les petites cabines de plage.
Elles sont presque devenues un élément architectural à part entière du paysage. Alignées face à la mer, elles rappellent une époque où la plage n'était pas seulement un espace de promenade mais un véritable lieu de villégiature : baignade, changement de tenue, jeux d'enfants et séparation très nette entre espace public et intimité du baigneur.
Et elles participent beaucoup au charme de Villers : moins monumental que Deauville, mais peut-être plus intime et familial.
Mais, plus somptueuses que les cabines de plage, nous admirons surtout les belles et parfois grandioses villas.
Ces villas racontent à leur manière la naissance de la station.
On retrouve les ingrédients classiques de l'architecture balnéaire normande : pans de bois, briques, toitures complexes, tourelles, bow-windows, décors colorés et mélange de matériaux.
Ce n'est pas vraiment le « style normand » d'une maison rurale traditionnelle : c'est plutôt une interprétation romantique et spectaculaire du régionalisme normand, destinée à montrer le statut social et le goût du propriétaire…
En sortant de Villers sur Mer nous trouvons un autre dinosaure, mais celui-ci est beaucoup moins végétal !
Il s'agit d'une sculpture en acier de 4,80 m représentant un tyrannosaure, réalisée par l'artiste Patrice Mesnier.
Elle est installée devant le Paléospace et possède d'ailleurs une histoire assez étonnante : elle a été exposée au Muséum national d'histoire naturelle à Paris et a même participé au tournage du film La Fidélité de Zulawski.
Mais nous vous parlerons des liens étroits entre cinéma et Côte Fleurie dans les prochains épisodes…
Nous entrons maintenant à Blonville sur Mer
Blonville-sur-Mer marque une nouvelle étape dans cette succession de stations.
La commune compte aujourd'hui environ 1 620 habitants, mais elle est beaucoup plus vaste que ne le laisse penser son front de mer.
Il existe en fait deux Blonville :
La Poste-Mairie que nous remarquons est donc assez symbolique, elle fut transférée dans le nouveau bourg en 1935. Elle appartient à cette partie moderne de la commune née de la transformation de Blonville en station balnéaire.
Nous enchainons avec Bénerville sur Mer
Bénerville est beaucoup plus petite : 367 habitants en 2023.
Mais, comme partout ici, le nombre d'habitants permanents ne dit pas grand-chose de l'importance estivale de la commune.
Son littoral est particulièrement intéressant parce qu'il se divise en plusieurs secteurs : plage des Lais de Mer, plage de la Garenne et plage des Ammonites. Cette dernière, plus sauvage, est notamment bordée par la promenade Yves Saint-Laurent.
On retrouve donc encore une fois ce mélange typique de la Côte Fleurie : petite commune, villas, plage et clientèle estivale, dans l'ombre des grandes stations voisines.
Nous continuons sur la D513 et voyons le panneau de Tourgéville.
Ce panneau « Tourgéville » prête à confusion car le village n’est pas exactement là.
En effet il faut distinguer Tourgéville-le-bourg et le territoire communal qui atteint la mer.
Le bourg historique de Tourgéville est situé à plusieurs kilomètres à l'intérieur des terres, alors que la commune possède une façade maritime. Le territoire communal s'étend donc jusqu'à la plage, où Tourgéville est voisine de Bénerville et de Deauville.
Mais ce village de la Côte Fleurie nous intéresse car il est directement lié à un artiste exceptionnel : Eugène Boudin.
Il est considéré comme un précurseur de l’impressionnisme et il fut le mentor de Claude Monet.
Claude Monet dont nous avons prévu la visite de sa maison et de ses jardins dans quelques jours à Giverny…
Eugène Boudin (1824-1898) est un peintre français considéré comme l'un des plus grands précurseurs de l'impressionnisme.
Né non loin de Tourgéville, à Honfleur, dans une famille de marins, il passe sa vie à scruter les côtes normandes, devenant célèbre pour ses scènes de plages et ses marines qui lui vaudront le surnom de « roi des ciels » donné par Camille Corot.
Tourgéville et Deauville forment un territoire de création unique et viscéral pour la fin de vie de l'artiste :
Et c’est sur deux photos de ses tableaux, dont certainement le plus célèbre exposé à la National Gallery de Londres, que nous terminons ce premier épisode sur la Côte Fleurie.
Destination la ville voisine de Deauville pour l'épisode n°2 de cette journée !