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Petit tour de Z dans Deauville

Petit tour de Z dans Deauville

5ième jour de notre balade Montpellier - Côte d’Opale - Montpellier en 3750 km et 19 jours…
Aujourd’hui une petite boucle de 100 km autour de Cabourg mais retranscrite en plusieurs épisodes car la journée fut très chargée en points d’intérêts !
Dans cet épisode un petit tour de Deauville, que nous connaissons déjà, pour revoir quelques lieux emblématiques…
Ensuite nous irons nous garer du côté de la Villa Le Cercle ou du Casino avant de faire une balade à pied, mais très liée à la voiture…

Voici notre parcours de l’épisode :

Entrée dans Deauville par la D513 → Rue De Gheest → Villa Albatros → Boulevard Cornuché → Le Royal Hôtel → Villa Le Cercle → Casino → Hôtel Le Normandy → Tours-phares du bassin des Yachts → Rue Désiré le Hoc → Place Morny → Place Carillon de Deauville → Rue Victor Hugo → Avenue de la République → Les Franciscaines → Rue de Gheest → Stationnement Villa Le Cercle.

Deauville

Deauville est une ville très jeune : elle naît véritablement dans les années 1860, sous l'impulsion du duc de Morny, qui imagine avec le docteur Olliffe et les investisseurs associés une grande station balnéaire destinée à une clientèle parisienne aisée. En quelques années, dunes et marais sont transformés en un étonnant damier de rues, boulevards, villas et jardins. Le premier casino ouvre en 1864 et l'hippodrome contribue rapidement à donner à la station sa double identité : les bains de mer et les courses.

Après une période de déclin à la fin du XIXème siècle, Deauville connaît un spectaculaire second départ à partir de 1910 avec Eugène Cornuché.

Casino, Normandy, Royal, jardins et équipements nouveaux transforment alors définitivement la ville en l'une des grandes stations mondaines françaises.

Nous connaissons cette jolie ville souvent animée et très fréquentée, selon les périodes c’est assez encombré mais aujourd’hui c’est un matin très tranquille.

Nous prenons la rue de Gheest car nous voulons voir de près une villa, ou plus exactement deux villas, aux histoires originales…

Villa Albatros et villa Ganay : une histoire de changement de nom

La villa que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de villa Albatros a été construite vers 1875, pour le compte du marquis Jean de Ganay.

Cette villa a porté plusieurs noms au fil du temps : d'abord appelée Villa de Ganay, elle est ensuite devenue la Villa Suisse, puis maintenant Villa Albatros.

Le marquis Jean de Ganay, (1861-1948)

Voici quelques mots sur la vie fascinante de ce grand aristocrate de la Belle Époque, intimement lié à l'histoire de la station normande.

Jean de Ganay est une figure incontournable des courses de chevaux en France à la fin du XIXème et au début du XXème siècle. Propriétaire d'un célèbre haras et d'une écurie de course prestigieuse, il a longtemps présidé la Société d'Encouragement pour l'amélioration des races de chevaux en France. C'est à ce titre qu'il passe une grande partie de ses étés à Deauville, haut lieu du monde équestre et des ventes de yearlings.

Un grand prix de galop porte d'ailleurs toujours son nom aujourd'hui (le Prix Ganay).

Militaire de formation (officier de cavalerie) et homme politique (conseiller général de l'Essonne), il mène une vie mondaine intense. Marié à Berthe de Béhague — elle-même une immense collectionneuse d'art et mécène —, le couple fait partie de l'élite aristocratique parisienne qui façonne les modes de l'époque. Jean de Ganay était d'ailleurs un proche de l'écrivain Marcel Proust, qui s'est inspiré de ce milieu pour ses romans.

En dehors de sa villa deauvillaise, sa résidence principale était le somptueux château de Courances en Île-de-France, réputé pour ses jardins d'eau, qu'il fait restaurer par le paysagiste Achille Duchêne.

La Villa Albatros, donc ex-Villa de Ganay, quelques détails

Idéalement située en front de mer à l'angle du boulevard Eugène Cornuché et de la rue de Gheest, la villa a été édifiée en 1875 par l'architecte Lemaître.

  • L'architecture : C'est une imposante maison de villégiature en briques et pierres dotée d'un plan en L et de combles brisés en ardoise, typique de la première vague de l'architecture balnéaire de Deauville.
  • Son histoire insolite : Après avoir appartenu à la famille de Ganay, elle change de mains à plusieurs reprises. En 1972, la villa est rachetée par le gouvernement soviétique pour devenir la résidence de vacances de l'ambassade de Russie en France, une fonction qu'elle conserve encore aujourd'hui.

Ce qui est étonnant c’est que les anciennes écuries de la propriété ont été séparées de la Villa au XXème siècle et transformées en habitation.

C’est la villa de droite sur notre photo et c’est maintenant cette villa qui a hérité du nom de Villa Ganay.

Une petite trace de l'organisation des grandes propriétés de villégiature du XIXème siècle qui subsiste dans le tissu urbain actuel.

Au bout du de la rue de Gheest nous arrivons sur le boulevard Eugène Cornuché.

Le boulevard Cornuché

Le boulevard n'a pas été créé par Eugène Cornuché, même s'il porte aujourd'hui son nom. Il s'agit de l'ancienne Terrasse, conçue par l'architecte Desle-François Breney dès 1860 et achevée en 1864. Elle mesurait alors environ 1 800 mètres de long et 20 mètres de large.

C'est donc une artère qui appartient à la Deauville originelle. Elle devient le boulevard Eugène Cornuché en 1926, après la mort de celui qui avait relancé la station. Un monument à son effigie est installé face au casino en 1927.

Pour notre balade en Z, c'est d'ailleurs une jolie perspective : une voie imaginée pour les calèches de la station naissante, devenue naturellement l'une des voies emblématiques du Deauville automobile.

Mais nous reparlerons de Deauville et de l’automobile dans le prochain épisode…

Pour l’instant nous roulons sur le boulevard Cornuché et nous passons devant l’imposant Royal Hôtel.

Le Royal Hôtel

Le Royal appartient directement à la grande opération de relance menée par Cornuché.

Après le succès du Normandy en 1912, il faut à Deauville un second palace. Cornuché acquiert alors la villa La Louisiane, propriété de la baronne d'Erlanger, et la fait démolir. Le nouvel hôtel Royal est construit sur son emplacement selon les plans de Théo Petit, assisté de Georges Wybo, et inauguré le 28 juillet 1913.

Le détail est savoureux : le terrain avait également été lié à l'ancienne propriété du duc de Morny. Le Royal marque donc symboliquement le passage entre deux Deauville : celle des grandes villas aristocratiques du XIXème siècle et celle des grands hôtels capables d'accueillir une clientèle internationale toute l'année.

Pendant la Première Guerre mondiale, le Royal est transformé en hôpital militaire complémentaire, profitant notamment de la liaison ferroviaire qui permettait d'acheminer les blessés.

Nous passons ensuite devant la villa Le Cercle

La Villa Le Cercle

Elle fut construite en 1876, et elle est intimement liée aux débuts de Deauville comme grande station hippique. Elle fut le lieu de réunion des propriétaires d’écuries de courses, les membres du Cercle venant y retrouver l’ambiance de leurs cercles parisiens et parler chevaux et compétitions.

Il est fort probable que le marquis l’ait fréquenté…

Nous passons ensuite devant le Casino, mais nous en parlerons dans le prochain épisode.

Immédiatement après le Casino se trouve un autre hôtel prestigieux.

Le Normandy Hôtel

Le Normandy est, lui aussi, une création de Cornuché, mais son histoire est directement liée à une autre grande villa.

En 1911, Cornuché achète la villa des Flots, construite en 1862 pour le préfet de police Symphorien Boitelle et acquise en 1867 par le comte Roger de Gontaut-Biron. Il la fait démolir pour construire le palace Normandy, selon les plans de Théo Petit, avec Georges Wybo.

L'hôtel ouvre le 11 juillet 1912, pratiquement en même temps que le nouveau casino. Son architecture à colombages, briques et damiers de pierre participe énormément à l'image « normande » que Deauville va ensuite cultiver. Agrandi en 1925-1926, il connaîtra les réquisitions de la Seconde Guerre mondiale avant de rouvrir en 1946.

Et le Normandy devient très vite un lieu mondain : Coco Chanel y installe notamment sa boutique de chapeaux en 1913, un an après l'ouverture de l'hôtel.

Nous continuons à suivre la route et nous arrivons au port avec, en face, la ville de Trouville.

Nous remarquons les deux nouveaux « phares »

Il s’agit de deux nouveaux belvédères sur la Presqu'île.

Ils sont particulièrement intéressants parce qu'ils jouent volontairement avec la mémoire de Deauville. Construits dans le cadre de la reconversion de l'ancienne friche de la Presqu'île, ils reprennent l'apparence rayée noir et blanc de l'ancien phare de Deauville, disparu depuis longtemps.

Les deux tours mesurent environ 28 mètres et servent de belvédères sur le port, l'estuaire, Trouville et Deauville.

C'est finalement assez joli comme symbole : Deauville construit aujourd'hui des « phares » qui ne servent plus à guider les navires, mais à guider le regard des visiteurs et attirer les touristes !

Ils sont de construction récente puisqu’officiellement ouverts au public en novembre 2021. Nous n’avons pas prévu de les voir de près mais ça doit être intéressant d’en découvrir les environs de leurs sommets.

Renseignements pris, une seule tour se visite et est accessible au public, la tour côté Quai de l'Impératrice Eugénie.

Elle dispose d'un restaurant à sa base. Vous pouvez grimper à son sommet (par un escalier de 155 à 170 marches ou en empruntant l'ascenseur) pour accéder à une plateforme d’observation offrant un panorama à 360° sur l'estuaire, Trouville, Deauville et la mer…

Nous dépassons les tours-phares et nous entrons dans le cœur de Deauville, si nous avions pris à gauche et passé le pont nous nous serions retrouvés à Trouville. Trouville sera pour un épisode ultérieur…

Nous traversons la place Morny.

La place Morny

La place Morny est l'un des grands espaces urbains hérités de la création de la station au XIXème siècle. Elle porte naturellement le nom du duc de Morny, père fondateur de Deauville.

Elle constitue encore aujourd'hui une sorte de cœur vivant de la ville, avec ses commerces, son marché et ses terrasses. Son architecture rappelle aussi que Deauville n'est pas seulement une succession de palaces : le centre-ville conserve plusieurs immeubles anciens, dont certains remontent aux premières décennies de la station. Un immeuble de la place, daté de 1875, constitue notamment un rare exemple d'architecture collective de cette époque.

Puis, un peu plus loin, nous traversons une autre jolie place.

La place du Carillon

La place du Carillon appartient davantage au Deauville contemporain et commerçant, dans cette partie de la ville où l'on passe progressivement de la grande composition monumentale du front de mer à un espace plus animé et quotidien.

Elle permet justement de montrer que derrière l'image très « palace » de Deauville existe une vraie ville, avec ses commerces, ses habitants et ses usages permanents — un contraste intéressant avec le Deauville des grands hôtels.

Nous passons devant un bâtiment bien rénové.

Les Franciscaines

Les Franciscaines occupent l’ancien couvent des sœurs franciscaines, installé à Deauville à partir de 1875 pour accueillir notamment des orphelines de marins. Après le départ des religieuses en 2011, la Ville rachète l’ensemble et le transforme en un équipement culturel, ouvert en mai 2021.

Aujourd’hui, le lieu réunit de façon assez originale musée, médiathèque, expositions, spectacles et espaces de rencontre, dans une architecture contemporaine conçue par Alain Moatti, qui conserve et réinterprète l'ancien patrimoine.

C'est donc un bel exemple de reconversion d'un patrimoine religieux en lieu culturel, tout en conservant la mémoire des lieux.

Notre tour en voiture se termine, nous cherchons une place pour stationner Z. Devant la Villa Le Cercle c’est parfait pour revoir un autre très bel endroit de Deauville : les planches.

À voir dans le prochain épisode !

 

Petit tour de Z dans Deauville
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