De retour des Planches et en arrivant au Casino un joli spectacle nous attendait devant celui-ci.
Un bel alignement de six voitures, cinq Porsche et une Lamborghini…
Nous allons y revenir mais commençons par parler du Casino de Deauville.
Il faut d'abord rappeler qu'il y eut un premier casino à Deauville dès 1864. Installé au cœur d'un vaste jardin, il était l'un des pôles de la villégiature sous le Second Empire. Mais après l'interdiction des jeux en 1882, sa fréquentation déclina et il ferma en 1889. Edmond Blanc le fit finalement démolir en 1895.
Le casino que nous voyons aujourd'hui est donc une nouvelle création, décidée en 1910 par le maire Désiré Le Hoc pour relancer une Deauville alors quelque peu endormie.
Il s'associe à Eugène Cornuché, homme d'affaires et exploitant du casino de Trouville. Les plans sont confiés à l'architecte Georges Wybo et la construction commence en juin 1911. Le bâtiment est inauguré le 11 juillet 1912, en même temps que le Normandy. L'inauguration réunit environ 1 500 invités.
Le casino a été pensé dès l'origine pour l'automobile. En 1913, Wybo prévoit un avant-corps permettant aux voitures de passer sous un porche afin que leurs passagers puissent descendre à couvert. Le projet est seulement partiellement réalisé, mais il montre bien que l'automobile est déjà considérée comme partie intégrante du cérémonial de Deauville.
Le succès est immédiat : Deauville devient une station internationale où se côtoient aristocrates, grands industriels, artistes, vedettes et riches Parisiens.
Sur les anciennes cartes postales de Deauville, une chose frappe souvent avant même que l'on regarde les façades : les voitures !
Devant le casino, autour du Normandy ou le long du boulevard, elles semblent faire partie du décor au même titre que les élégantes, les palaces et les cabines de plage.
Et ce n'est pas un hasard : à Deauville, l'automobile et la villégiature mondaine vont très tôt entretenir une relation étroite.
Au moment de l’inauguration du Casino l'automobile est encore une nouveauté réservée à une clientèle fortunée. On peut donc imaginer – et les cartes postales en témoignent – des automobiles encore très différentes de celles que nous connaissons : grandes voitures ouvertes, torpédos et imposantes limousines, souvent signées Panhard, Renault, Peugeot, De Dion-Bouton ou Delaunay-Belleville.
L'automobile n'est déjà plus seulement un moyen de transport : elle devient un signe extérieur de réussite. Arriver au casino dans sa propre voiture participe au spectacle mondain. Et Wybo l'a bien compris, dès 1913, avec son passage permettant aux automobiles de déposer leurs passagers à couvert.
La Première Guerre mondiale vient brutalement interrompre cette première période. La grande vie mondaine de Deauville s'efface et les palaces et établissements de la côte sont réquisitionnés ou transformés pour participer à l'effort de guerre.
Après 1918, Deauville retrouve rapidement son rôle de capitale estivale de l'élégance. Dans les Années folles, le casino devient un extraordinaire lieu de rencontre entre le monde du spectacle, la haute société, les industriels et les personnalités internationales. Le roi Alphonse XIII d'Espagne, André Citroën et quantité de célébrités fréquentent la station.
Et les automobiles changent de visage. Aux grandes voitures encore très verticales du début du siècle succèdent les Hispano-Suiza, Delage, Delahaye, Bugatti, Talbot, Rolls-Royce ou Bentley, souvent carrossées sur mesure. Les grandes marques françaises rivalisent alors avec les constructeurs britanniques et américains.
L'automobile devient même un spectacle à part entière. Deauville organise dès 1926 des concours d'élégance automobile, qui vont contribuer à faire de la station l'un des hauts lieux de cette nouvelle culture automobile.
La voiture n'est plus simplement garée devant le casino : elle est elle-même devenue une vedette.
Au début des années 1930, l'élégance automobile conserve tout son éclat. Les concours mettent en scène aussi bien les voitures que leurs occupants, et les constructeurs français comme Delage, Renault et Citroën sont particulièrement présents. Des documents de l'époque montrent notamment les concours de Deauville avec des Delage et des Renault.
On voit apparaître des carrosseries toujours plus audacieuses : roadsters, coupés, cabriolets et voitures transformables. Les Delahaye, Delage, Hotchkiss, Talbot, Bugatti, Voisin et Hispano-Suiza représentent alors le sommet de l'automobile française, tandis que Rolls-Royce, Bentley ou Mercedes incarnent le grand luxe international.
Mais la crise économique des années 1930 finit par atteindre Deauville. La station entre dans une période plus difficile et la Seconde Guerre mondiale vient bientôt mettre un terme à cette nouvelle époque dorée.
Après la guerre, le décor automobile se démocratise progressivement. Les grandes voitures de prestige existent toujours, mais elles côtoient désormais des modèles beaucoup plus populaires.
Sur les photographies des années 1950, les Peugeot 203 et 403, Renault Frégate, Citroën Traction puis DS, Simca, se mêlent aux Jaguar, Mercedes et autres automobiles étrangères appartenant à une clientèle plus fortunée. Des documents photographiques montrent d'ailleurs des Peugeot 202 et 401 autour du casino et du Normandy au cours de cette décennie.
La DS, présentée en 1955, va symboliser à merveille cette nouvelle modernité française : devant le casino, elle n'aurait absolument pas détonné !
Les années 1960 voient apparaître une nouvelle clientèle et une nouvelle automobile. Aux grandes berlines succèdent progressivement les coupés et voitures de sport : Jaguar Type E, Porsche 356 puis 911, Mercedes, Alfa Romeo, Ferrari…
La voiture devient plus que jamais un élément de l'image personnelle. À Deauville, où l'on vient autant pour être vu que pour se divertir, le choix de son automobile participe naturellement au spectacle.
Les années 1970 sont celles d'une nouvelle transformation du bâtiment et de son environnement. Les boutiques latérales du Casino, prévues dès les projets de Wybo mais jamais réalisées, sont finalement construites à cette époque.
Côté automobile, le paysage est désormais très différent : Mercedes SL, Porsche 911, Jaguar XJ, Ferrari, Maserati, Rolls-Royce et Aston Martin représentent le haut de gamme international, tandis que les Peugeot, Renault et Citroën occupent l'essentiel des rues.
Mais les premières crises pétrolières changent également les mentalités : la démesure automobile commence à être moins évidente, même dans les stations les plus huppées.
Dans les années 1980, Deauville retrouve une image particulièrement glamour. Les automobiles qui stationnent autour du casino reflètent cette nouvelle prospérité : Porsche, Mercedes, BMW, Jaguar, Ferrari, Maserati, Aston Martin, Rolls-Royce…
Le casino lui-même connaît une importante transformation de son décor, avec l'intervention de Jacques Garcia, qui réorganise et enrichit les espaces intérieurs dans un style spectaculaire. Les grandes modifications architecturales se poursuivent encore au début des années 1990.
Deauville devient alors indissociable de son Festival du cinéma américain, créé en 1975. Le casino et sa terrasse deviennent régulièrement le décor de photographies de stars internationales.
L'automobile suit naturellement le mouvement : Ferrari, Porsche, Mercedes, Jaguar, Bentley, Aston Martin et autres voitures de prestige appartiennent désormais au paysage de la station.
Et l'on retrouve toujours cette association étonnante entre voiture, célébrité et casino : une automobile garée devant le bâtiment n'est plus seulement un moyen de transport, mais un élément de mise en scène.
Au début du XXIème siècle, les marques allemandes et britanniques occupent une place croissante dans le paysage : Porsche, Mercedes-AMG, BMW, Bentley, Aston Martin, auxquelles s'ajoutent Ferrari, Lamborghini et Maserati.
La clientèle internationale de Deauville apporte également ses propres références automobiles. La voiture de prestige devient plus puissante, plus technologique et souvent beaucoup plus confortable, mais son rôle social reste étonnamment proche de celui qu'elle jouait un siècle plus tôt : être vu en arrivant au casino.
Aujourd'hui encore, le ballet automobile autour du casino n'a pas disparu. Il a simplement changé de génération.
Aux grandes torpédos de 1912, aux Delage des Années folles et aux DS des années 1950 ont succédé Porsche, Ferrari, Aston Martin, Bentley, Mercedes-AMG, Lamborghini ou McLaren, sans oublier les nombreuses voitures anciennes qui reviennent régulièrement à Deauville lors des rallyes et concours d'élégance.
Le phénomène est même devenu une véritable tradition patrimoniale. Le Paris-Deauville, les concours d'élégance et les manifestations automobiles contemporaines perpétuent cette vieille association entre Deauville, élégance et automobile. Le salon Deauville Classic, par exemple, propose aujourd'hui encore expositions, parade et concours d'élégance, tandis que le rallye Paris-Deauville rassemble régulièrement des automobiles couvrant plusieurs décennies d'histoire automobile.
Et c'est peut-être ce qui rend les anciennes cartes postales si amusantes à regarder : le décor a beaucoup changé, mais la recette est restée étonnamment constante.
Un beau bâtiment, une belle voiture, quelques personnages élégants… Et Deauville en arrière-plan.
Le Casino, lui, a traversé plus d'un siècle sans perdre cette fonction de décor mondain.
Lorsque l'on regarde aujourd'hui une Porsche ou une Aston Martin devant sa façade, il n'est pas si difficile d'imaginer qu'en 1912, une imposante Panhard ou une Delaunay-Belleville occupait exactement la même place.
Et aujourd’hui ce sont six voitures qui nous accueillent au retour de notre promenade sur les Planches !
Une petite concentration improvisée, avec cinq Porsche et une Lamborghini Huracán, qui semblent avoir choisi le Casino comme écrin le temps d'une halte.
On reconnaît plusieurs générations de Porsche 911, dont une élégante 911 Cabriolet plus ancienne, accompagnée de modèles beaucoup plus récents, ainsi que la spectaculaire Lamborghini aux lignes acérées. Une belle succession, finalement, entre l'automobile de prestige d'hier et celle d'aujourd'hui.
Nous avons bien tenté de retrouver l'organisateur de ce mini-rassemblement photographié le 25 juin 2026, sans parvenir à l'identifier avec certitude. Les plaques donnent toutefois quelques indices : certaines Porsche viennent notamment des départements 12 et 15, ce qui laisse penser à un groupe de passage, probablement réuni dans le cadre d'une balade ou d'un road-trip plutôt qu'à un rassemblement spécifiquement organisé à Deauville.
Mystère donc… Mais joli hasard : après avoir évoqué les automobiles qui fréquentaient déjà le Casino à la Belle Époque, nous retrouvons, plus d'un siècle plus tard, leurs descendantes garées exactement au même endroit !
Dans les cartes postales anciennes nous retrouvons également de belles voitures garées dans toute la ville et notamment devant les terrains de tennis et les grands hôtels…
Mais Deauville n'a pas seulement accueilli les voitures des voyageurs et des élégants. Dès les débuts de l'automobile, la ville s'est également intéressée à la vitesse et à la compétition.
Et cette vocation sportive, après avoir connu son heure la plus tragique en 1936, n'a jamais complètement disparu.
C’est presque un retour à la Terrasse des débuts de Deauville !
On peut également mentionner un autre évènement.
Et n'oublions pas le Rallye Père-Fille !
Pour terminer revenons sur le Grand Prix Automobile de 1936.
Le Grand Prix automobile de Deauville, couru le 19 juillet 1936, a immédiatement été qualifié de « circuit maudit » par la presse et les historiens en raison de sa dangerosité extrême et de sa conclusion tragique.
Voici l'anatomie technique et historique de ce tracé éphémère de 3,712 km.
Nous avons tenté de reconstituer ce tracé mais nous sommes tombés sur un problème de taille !
En effet, une partie du « Port Départemental » a été creusé sur une partie du tracé de 1936.
Ce port date des années 1972-1975 et sa création empêche de retrouver le tracé historique.
Mais il n’y a pas eu que ce changement, nous en avons noté d’autres mais de moindre importance.
De nos jours il est donc pratiquement possible de réaliser une bonne partie du circuit…
À l’époque de sa création, conçu à la hâte comme un circuit urbain temporaire, le parcours empruntait les artères de prestige de la station balnéaire, formant un rectangle asymétrique très rapide mais dépourvu de réelles zones de dégagement :
C’est là que Farina et Marcel Lehoux se sont accrochés alors que Farina tentait de prendre un tour à Lehoux. Voir plus bas.
La course devait durer 100 tours (soit environ 371 km).
Elle s'est transformée en hécatombe :
Le vainqueur de cette unique édition, Jean-Pierre Wimille (sur Bugatti T59), franchit la ligne d'arrivée dans une ambiance de deuil national. Face à l'horreur de l'événement et à la dangerosité évidente des rues, le conseil municipal et les autorités automobiles ont immédiatement interdit toute nouvelle édition. Le circuit de Deauville est entré dans la légende noire du sport automobile après seulement 2 heures et 57 minutes de course effective…
Nous avons retrouvé quelques photos de cette épreuve et réalisé des captures d’écran d’un film étonnant. Il n’est pas de très bonne qualité mais il montre « sans filtre » les accidents…
Il doit être visible ici :
https://youtu.be/4sNA1wDK03I?si=wlW-S5hAeFboUXsw
ou là :
https://youtu.be/yJ2SpZPxsMw?si=bRV_nq3r2UI2CE78
Les photos, et surtout ces quelques secondes de film qui ont traversé les décennies, donnent une dimension presque irréelle à cette course : le Grand Prix de Deauville 1936 devait être une grande fête automobile, il restera finalement comme l’une des pages les plus tragiques de l’histoire automobile de la station.