Car Z va rester au parking, un très joli parking d’ailleurs, à l’ambiance champêtre et bucolique au bord de la Sarthe.
Ce parking est agrémenté d’une belle sculpture contemporaine en pierre dont nous vous parlerons à la fin de cet article, et nous mettrons les photos.
Mais avant de stationner nous avons parcouru sur quelques centaines de mètres les routes qui arrivent ou partent de Saint Céneri le Gérei, les D535, D101, D56.
Car si ce village est situé dans l’Orne il est limitrophe de la Sarthe et de la Mayenne.
Donc en suivant la D101 en direction de la Mairie du village nous sommes tombés sur un monument qui est présenté comme unique en France !
Ce monument est consacré à Ambroise de Loré, Jean Armange et aux combattants de la guerre de Cent Ans. Elle rappelle donc l'épisode militaire majeur du village : Saint-Céneri est repris aux Anglais en 1429 par Jean Armange, lieutenant de Loré ; Loré vient ensuite défendre la place et résiste à plusieurs sièges avant que le château ne soit finalement pris et détruit par les Anglais en 1434...
Nous opérons un demi-tour pour redescendre au cœur du village.
La signalétique en bord de route nous rappelle que le village fait partie des plus beaux villages de France et que nous sommes dans les Alpes Mancelles.
En suivant la D101 nous passons un pont qui enjambe la rivière La Sarthe et nous quittons le département de l’Orne pour entrer dans celui de la Sarthe.
Pour quelques centaines de mètres car nous opérons un nouveau demi-tour et nous reprenons le pont pour revenir vers le centre du village.
Ce pont a été très photographié car nous avons retrouvé des cartes postales en nombre et depuis le tout début du XXème siècle.
Ce pont est beaucoup plus intéressant qu'un simple ouvrage permettant de franchir la Sarthe.
Il relie Saint-Céneri-le-Gérei, dans l'Orne et aujourd'hui en Normandie, à Moulins-le-Carbonnel, dans la Sarthe et les Pays de la Loire. Et le plus amusant est qu'une limite départementale et régionale passe au beau milieu du pont : une petite vis, souvent appelée « le clou », matérialise cette frontière.
Mais il n’était pas facile de se garer pour prendre une photo !
Les anciennes CPA que nous avons trouvées sont particulièrement intéressantes parce qu'elles montrent le pont avec une balustrade en bois peinte en blanc, et non les parapets de pierre actuels. Cette disposition existait déjà au moins au début du XIXème siècle : Henri Pastoureau signale même une représentation de 1827 montrant cette balustrade. Des cartes postales de 1909 et 1913 permettent de suivre son état et ses réfections.
Et il y a un épisode assez extraordinaire pendant la Seconde Guerre mondiale : le 6 août 1944, les Allemands minent le pont, puis retirent leurs charges dès le lendemain, comprenant que sa destruction pourrait gêner leur retraite. Quelques jours plus tard, des chars allemands empruntent effectivement le pont. L'un d'eux endommage même le parapet dans sa fuite. Les Américains arrivent le 12 août et participent ensuite à sa remise en état.
Enfin, en 1955, les Ponts et Chaussées remplacent la vieille balustrade en bois par une structure en ciment et fer.
Le résultat étant jugé particulièrement disgracieux, l'association des Amis de Saint-Céneri intervient : entre 1956 et 1957, la structure est habillée de pierre pour retrouver l'aspect que nous connaissons aujourd'hui.
Cela explique parfaitement pourquoi le pont est si présent sur les CPA : il constitue, avec l'église perchée et la Sarthe, LA composition emblématique de Saint-Céneri.
Une fois revenu dans l’Orne, juste après le pont, la première maison était l’atelier d’une personnalité emblématique de Saint Céneri le Gérei : Christian Malézieux, un artiste dont les œuvres parsèment le village.
Il est d’ailleurs l’auteur de la plus visible des sculptures du village, au centre de celui-ci : le buste de Paul Saïn
Paul Saïn, peintre avignonnais, découvre Saint-Céneri grâce à Mary Renard en 1875. Il y séjourne ensuite régulièrement pendant environ vingt-cinq ans, à l'Auberge Moisy, et participe à cette véritable colonie de peintres qui transforme Saint-Céneri en haut lieu artistique.
À sa mort, en 1908, ses amis décident de lui rendre hommage. Un premier buste en bronze est réalisé par Félix Charpentier, avec l'accord de la commune, et inauguré le 11 octobre 1908.
Mais ce premier buste connaît un destin assez classique de l'époque : pendant la Seconde Guerre mondiale, il est abattu par les Allemands pour récupérer le bronze destiné à l'armement.
Bien plus tard, l'Association des Amis de Saint-Céneri décide de faire revivre ce monument. Elle lance une souscription et confie la réalisation du nouveau buste au sculpteur Christian Malézieux, installé dans le village. Le nouveau monument est installé en 2003, puis déplacé temporairement pendant les travaux du centre-bourg avant de retrouver son emplacement en 2007.
Et Malézieux n'a pas simplement copié le vieux buste : il a voulu faire dialoguer deux époques. Le visage de Saïn conserve son aspect très XIXème siècle, avec barbe et moustache, mais il est intégré à une composition beaucoup plus contemporaine, avec des formes découpées et un arrière-plan de granit. L'idée était précisément de faire le lien entre le passé des peintres de Saint-Céneri et la présence artistique contemporaine.
Mais ce ne fut pas le seul artiste du village, il était la continuité de la tradition artistique du village.
Elle commence réellement au XIXème siècle, même si l'on peut évidemment faire remonter la présence d'artistes beaucoup plus loin : les peintures murales de l'église montrent déjà qu'au Moyen Âge, des peintres travaillaient à Saint-Céneri. Mais il s'agit alors essentiellement d'un art religieux.
Le phénomène nouveau du XIXème siècle est différent : les artistes viennent ici pour le paysage et la lumière. Saint-Céneri est installé sur un éperon rocheux dominant un méandre de la Sarthe, au cœur des paysages accidentés des Alpes Mancelles.
Pour les peintres de plein air, le décor est idéal : rivière, rochers, arbres, vallées, villages et variations permanentes de lumière.
À partir du milieu du XIXème siècle, le village attire ainsi une véritable colonie d'artistes.
Parmi les plus célèbres figurent Camille Corot, Gustave Courbet, Henri Harpignies, Léon Cogniet, les frères Veillon, Mary Renard et Paul Saïn.
Et Saint-Céneri possède alors quelque chose d'essentiel pour une colonie artistique : des lieux où dormir, manger et surtout se retrouver.
L'Auberge Moisy devient le rendez-vous privilégié des peintres. Les jours de pluie, quand il est impossible de travailler dehors, ils peignent même sur les murs de l'auberge. Et le soir, dans la fameuse « salle des Décapités », ils utilisent la lumière d'une bougie pour projeter sur le mur le profil des convives et en dessiner le contour au fusain.
Cette activité artistique va durer plus d'un demi-siècle, jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale. Puis elle s'interrompt avant de renaître beaucoup plus tard avec l'installation de nouveaux artistes, les ateliers et les Rencontres des peintres.
Nous poursuivons notre balade, toujours sous un soleil de plomb, et nous arrivons devant l’église.
L'église que nous voyons a été commencée en 1089 et achevée vers 1125, après la destruction de l'édifice précédent par les Normands en 903.
Elle est donc essentiellement romane, même si elle a connu plusieurs transformations au cours des siècles. Elle est classée au titre des monuments historiques depuis 1886.
Mais ce qui la rend exceptionnelle, ce sont ses peintures murales.
Les plus anciennes décorations pourraient remonter au XIIème siècle, tandis que les grandes scènes figurées du chœur et des transepts datent principalement des XIVème et XVème siècles.
Elles ont été recouvertes au XVIIème siècle par un badigeon de plâtre et de chaux, avant d'être redécouvertes au XIXème siècle.
On y trouve notamment :
La Vierge au manteau est particulièrement intéressante parce qu'elle correspond à un thème très populaire au XIVème siècle : Marie protectrice de l'humanité, qui abrite symboliquement les fidèles sous son manteau. Cette image prend notamment de l'importance dans une époque marquée par les grandes épidémies.
Ces fresques ont subi des interventions au XIXème siècle, un peintre local les a complétées de manière assez importante entre 1857 et 1861…
Mais ce que l’on voit aujourd’hui nous a rappelé notre récente visite à l’abbaye de Saint Savin avec ses fresques exceptionnelles.
Retrouvez les dans cet article :
https://z4du34.com/2026/07/les-fresques-de-l-abbatiale-de-saint-savin-et-ses-cabriolets.html
Mais il n’y a pas que les fresques à admirer dans l’église de Saint Cénery, en effet Christian Malézieux a offert en 2001 à l'église son remarquable Chemin de Croix, réalisé en alliage de plomb et d'étain argenté.
Les quatorze stations sont traitées en relief, avec une représentation très dépouillée mais particulièrement expressive de la Passion et du corps souffrant du Christ.
Quelques mots sur cet artiste.
Christian Malézieux, peintre et sculpteur, est une figure importante de la vie artistique de Saint-Céneri-le-Gérei. Né à Paris en 1931 dans une famille d’artistes, il s’intéresse très tôt à la sculpture et s’installe définitivement à Saint-Céneri au début des années 1980.
Son atelier se trouve rue du Pont, là où la silhouette de Z se reflète dans une baie vitrée, juste après le pont, côté Orne.
Nous sortons maintenant de l’église et retrouvons l’étouffante chaleur…
Nous faisons le tour de l’église pour trouver les fameuses abeilles qui sauvèrent le village…
C'est l'une des légendes les plus savoureuses de Saint-Céneri.
Sur le mur sud de l'église, on peut encore voir l'endroit où vit un essaim d'abeilles.
Selon la tradition, à la fin du IXème siècle, des soldats venus défendre la région contre les Normands auraient commis des actes irrespectueux autour de l'église et du tombeau de Saint Céneri. Les abeilles seraient alors sorties du mur pour les attaquer. Pour échapper aux piqûres, les soldats auraient pris la fuite et plusieurs se seraient jetés du haut du rocher dans la Sarthe.
La légende raconte même qu'un an plus tard, deux chevaliers ayant attaché leurs chevaux à la porte de l'église furent à leur tour attaqués par les abeilles. Les chevaux rompirent leurs liens et se précipitèrent dans le vide… Mais, contrairement aux soldats, ils survécurent à leur chute.
Et le plus amusant, c'est que l'essaim est toujours là. Il ne faut évidemment pas croire que les abeilles actuelles sont les descendantes démontrées de celles de la légende : mais le fait qu'un essaim occupe encore cet emplacement donne à l'histoire une continuité assez extraordinaire.
Nous terminons là notre balade et nous n’irons pas voir la Chapelle du Petit Saint-Céneri.
C'est une petite chapelle isolée au milieu des prairies, au bord de la Sarthe.
Nous opérons un demi-tour et descendons doucement en profitant de la tranquillité du village. Il fait très chaud pour beaucoup de monde et nous n’apercevrons qu’une seule famille de touristes pendant notre passage !
En descendant nous remarquons une jolie plaque de cocher à l’angle d’une maison.
Visiblement elle est là depuis longtemps…
Nous arrivons à notre parking.
Le site au bord de la Sarthe nous évoque une jolie carte postale de 1906 intitulée « Le Champ des Artistes ». Mais nous ne sommes pas sûr que ce Champ ait été à cet endroit…
Par ailleurs nous remarquons une assez jolie sculpture contemporaine mais malgré nos recherches nous n’en connaitrons pas l’auteur…
Nous savons simplement que le parking où nous sommes et où se trouve cette sculpture sert de lieu d’exposition lors des manifestations artistiques qui se déroulent fréquemment à Saint Cénery le Gérei.
Même l’Office de Tourisme n’a pas pu nous renseigner sur cette œuvre…
Nous prenons quelques dernières photos au bord de la Sarthe et nous repartons,
Cabourg nous attend !
Mais auparavant c’est la traversé sud-nord de la totalité du Calvados qui va commencer…
À suivre dans l’épisode 8 !
Nous pensons avoir trouvé l’auteur de l’œuvre du bord de la Sarthe.
Il s'agit d'une sculpture de Christian Jacques, réalisée en 2005 dans le cadre du « Chemin des Arts », un parcours artistique d'une vingtaine de kilomètres reliant le Mont des Avaloirs à Saint-Céneri-le-Gérei. L'artiste l'a réalisée en calcaire, comme les autres sculpteurs du parcours qui travaillèrent cette année-là le calcaire et le bois…
Elle serait aujourd'hui répertoriée sous le titre « Naissance et croissance du végétal », un titre que nous n'avons toutefois pas retrouvé dans les documents historiques de l'époque.
Le plus amusant est que l'Office de Tourisme ne le savait pas, que Google proposait Christian Malézieux puis une autre artiste puis un troisième sans jamais signaler Christian Jacques…
C'est finalement un document du Parc naturel régional Normandie-Maine vieux de 21 ans qui nous a donné la clé ! 😂
En fouillant dans la production de l’artiste Christian Jacques nous avons reconnu la sculpture de Saint Céneri mais elle est aujourd’hui incomplète !
Son titre « Naissance et croissance du végétal », prend maintenant tout son sens.
L'œuvre met en scène un chêne qui semble littéralement pousser à travers la pierre, comme si le végétal faisait éclater et déformer le minéral. Les formes blanches en pierre de Lens ne sont donc pas de simples éléments abstraits : elles évoquent la matière minérale qui est repoussée par la croissance du tronc. Et les tiges de fer prolongent cette idée de croissance, de ramifications.
La fiche de l'artiste confirme bien les matériaux : pierre de Lens, chêne, fer, hauteur 2,50 m, œuvre réalisée en 2005 dans le cadre du Symposium du Parc naturel Maine-Normandie.
Nous avions photographié une œuvre sans savoir qu'elle était incomplète, et c'est en recherchant son auteur que nous avons finalement compris ce que l'artiste avait voulu raconter. 😄