Rappel : Cet article fait partie d’une série qui fait suite à 23 jours de balade où nous avons parcouru 3 990 km avec des routes formidables, des paysages magnifiques et vécu plein d’aventures qui seront racontées en détail dans nos prochains articles…
Cette balade n°2 a eu lieu du 31 août au 22 septembre 2026, et cet épisode 2 sur 4 se passe le mardi 1 er septembre 2026.
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C’est par la « pittoresque » D590 nous arrivons à Langeac. Nous avons traversé cette jolie petite ville en avril 2026 mais nous ne nous y sommes pas arrêtés.
Installée sur l'Allier, Langeac possède une histoire beaucoup plus riche que ne le laisse supposer son aspect de petite ville tranquille. Ancienne baronnie, cité commerçante médiévale puis ville industrielle, elle s'est développée autour de l'agriculture, de l'artisanat, du commerce et surtout, au XIXème et au XXème siècle, de ses mines et de l'arrivée du chemin de fer.
Une partie de son ancien caractère fortifié subsiste encore, notamment avec la porte de ville du XIVème-XVème siècle.
Même si elle est parfois qualifiée de « portail de la boucherie » elle est très reconnaissable avec sa rangée de sept corbeaux, formant mâchicoulis d'un chemin de ronde disparu, qui domine l'ouverture de la porte.
Mais c'est surtout Saint-Gal, son église emblématique, qui attire le regard. Son chœur et son clocher remontent au XIVème siècle ; le clocher, particulièrement original, passe du plan carré à l'octogone et domine la silhouette de la ville. Le chœur conserve même des éléments défensifs, rappelant qu'à l'époque médiévale une église pouvait aussi participer à la protection de la cité. Classée Monument historique depuis 1907, elle constitue aujourd'hui l'un des repères majeurs de Langeac.
À peine entrés en ville nous remarquons une fontaine surmontée d’une lampe de mineur.
Elle prend tout son sens ici, car Langeac a longtemps vécu au rythme de ses exploitations minières. Le charbon fut exploité notamment à Marsanges, puis la région connut une importante activité autour de la fluorine et de l'antimoine.
La mine de Marsanges, exploitée industriellement à partir du XIXème siècle, employait encore près de 200 personnes en 1914 avant de fermer en 1924. Le chemin de fer joua un rôle essentiel dans cette histoire : l'arrivée du PLM à Langeac en 1866-1867 permit d'évacuer les productions vers de nouveaux marchés. Cette simple lampe rappelle donc une époque où le sous-sol de la région faisait vivre une véritable population minière.
Une autre « spécialité » de Langeac ce sont les ponts qui permettent de franchir l’Allier.
En effet à Langeac, quatre franchissements permettent aujourd’hui de traverser l’Allier, dont le pont Alexandre-Bertrand sur la D590 que nous empruntons.
Le franchissement de la rivière possède une histoire mouvementée, marquée par les crues qui ont plusieurs fois emporté ou endommagé les ouvrages successifs.
Au XIXème siècle, un premier pont suspendu, rapidement surnommé « pont de fer » ou « pont fil de fer », est construit en 1846. Il est emporté par la crue exceptionnelle d’octobre de la même année, puis reconstruit et surélevé. Celui de 1866 connaîtra à son tour de lourds dégâts, notamment en raison de problèmes de stabilité de sa culée de rive droite. Après plusieurs réparations et modifications, un nouvel ouvrage à deux arches entre en service en 1874.
Mais au début du XXème siècle, l’augmentation du trafic automobile rend ce pont suspendu progressivement inadapté. Un nouvel ouvrage en béton armé, de type Bow-String, est alors construit par l’entreprise Bollard de Paris. Ses deux grands arcs surplombent l’Allier d’environ dix mètres et sa construction, importante pour l’époque, nécessite notamment 600 tonnes de ciment et 350 tonnes d’acier. Le pont Alexandre-Bertrand est inauguré le 15 septembre 1929, du nom d’un ancien greffier, conseiller municipal et conseiller général de Langeac.
Et c’est bien celui que nous avons emprunté : 140 mètres de longueur, deux travées en arc et une structure en béton armé, caractéristiques des grands ouvrages routiers de l’entre-deux-guerres.
Mais après près d’un siècle de service, le vieillissement du béton, notamment sa carbonatation entraînant la corrosion des armatures, ainsi que l’évolution du trafic, ont conduit à des limitations de tonnage et à différents travaux de renforcement.
Les aménagements que nous remarquons aujourd’hui sont ainsi les dernières adaptations d’un ouvrage qui aura traversé près d’un siècle d’histoire routière.
Mais une page est sur le point de se tourner.
D’après nos renseignements le Département a engagé le processus de déconstruction du pont actuel, avant la construction d’un nouvel ouvrage mieux adapté au trafic contemporain et aux déplacements des piétons et cyclistes.
Après avoir succédé lui-même à plusieurs ponts victimes des crues de l’Allier, le pont Alexandre-Bertrand de 1929 s’apprête donc à disparaître à son tour…
Mais il y a d’autres ponts en place au-dessus de l’Allier :
Deux passerelles flottantes, réalisées en 2023, permettent aujourd’hui aux piétons et aux cyclistes de rejoindre l’Île d’Amour et le chemin de halage. Ces ouvrages légers remplacent les anciens dispositifs de franchissement et s’intègrent dans la mise en valeur des berges de l’Allier.
À l’origine de cette île une péllière. Une péllière, petit barrage construit en travers de l’Allier, permettait de relever le niveau de la rivière et d’alimenter un canal destiné aux moulins. Ce dispositif est donc à l’origine de l’Île d’Amour, île artificielle créée entre le bras naturel de l’Allier et ce canal de dérivation.
Un peu plus au nord apparaît une élégante construction : le viaduc ferroviaire de Costet, édifié par la compagnie du PLM en 1865-1866 pour permettre à la ligne de Brioude à Alès de franchir l’Allier.
Long de près de 285 mètres, il repose sur 18 arches en pierre de taille de 12 mètres d’ouverture, pour une hauteur d’environ 24 mètres.
La pierre provenait de la carrière de Jahon, située à quelques kilomètres de Langeac.
Achevé juste avant la terrible crue de septembre 1866, qui détruisit plusieurs ponts voisins, le viaduc résista à la furie des eaux et fut finalement mis en service le 10 décembre 1866.
Près de 160 ans plus tard, cette longue succession d’arches de pierre demeure toujours en service sur la ligne ferroviaire de Saint-Germain-des-Fossés à Nîmes-Courbessac.
Le pont routier de Costet, quelques centaines de mètres plus au nord, possède, lui aussi, une histoire mouvementée.
Un premier pont suspendu y fut construit en 1840, mais après plusieurs incendies et surtout la terrible crue de 1866, qui l’emporta complètement, un nouvel ouvrage fut entrepris.
La reconstruction, très longue, fut à son tour malmenée par la crue de 1875. Les travaux étaient encore en cours en 1877.
Le pont que nous voyons aujourd’hui pourrait être l’héritier direct de cette reconstruction de la fin du XIXème siècle, même si nous n’avons pas trouvé dans les archives disponibles de renseignements permettant d’en préciser avec certitude la date exacte.
Nous traversons la ville et allons l’admirer du belvédère installé dans un virage de la D590.
Un peu plus loin nous tombons sur un panneau un peu étrange, il indique : « FEDATEST, le centre de béliers ».
Voilà une découverte que nous n’avions certainement pas prévue au programme !
Après recherche nous avons appris qu’au lieu-dit Paysat-Bas, sur la commune de Mazeyrat-d’Allier, FEDATEST abrite une exploitation ovine très particulière : ce n’est pas simplement un élevage, mais une véritable station de sélection destinée à identifier les meilleurs reproducteurs.
Le principe est assez étonnant : les béliers sont testés dans des conditions comparables afin d’évaluer les qualités qu’ils peuvent transmettre à leur descendance. La station travaille avec plusieurs races et accueille chaque année un important cheptel destiné à cette sélection génétique.
Bref, au bord de notre route, nous sommes tombés sur un véritable centre d’essais pour béliers… Une spécialité pour le moins inattendue sur notre parcours !
Poursuivant sur notre D590 « pittoresque » nous franchissons une voie ferrée et, juste en face, découvrons une imposante carrière.
Autre surprise en bord de route : cette immense exploitation minérale que l’on pourrait facilement prendre pour une carrière classique. Il s’agit pourtant de pouzzolane, une roche volcanique légère et très poreuse. Le site de Saint-Arcons-d’Allier est installé sur un ancien cône de scories volcaniques, dans cette région où le volcanisme du Velay a profondément marqué les paysages.
La pouzzolane possède des propriétés étonnantes : légère, drainante et isolante, elle trouve des applications aussi bien dans les travaux publics que dans l’horticulture, l’agriculture, les aménagements paysagers ou encore la viabilité hivernale.
La carrière actuelle, autorisée en 2023, prévoit même de conserver une partie des fronts rocheux pour permettre une lecture pédagogique de la formation volcanique.
Nous continuons et traversons de jolis villages notamment Vailhac, Siaugues Saint Romain, Chaspuzac, …
Nous nous approchons du Puy en Velay lorsque nous sommes interpellés par un panneau de signalisation nous indiquant « Pinatelle du Zouave » mais de quoi s’agit-il ?
Curieux comme nous sommes nous suivons le panneau pour en savoir plus…
Voilà une autre curiosité que nous n’avons certainement pas imaginée en préparant notre itinéraire : la Pinatelle du Zouave.
L’endroit est très sympa, la route un peu étroite et pentue nous amène à une petite forêt peuplée de pins sylvestres aux troncs complètement tortueux, donnant l'impression d'un étrange jardin de bonsaïs géants.
Mais ces formes ne doivent rien au hasard. Ces arbres étaient autrefois taillés régulièrement pour produire une multitude de petites branches destinées à alimenter les fours des boulangers : les fameux « pins de boulange ». Les tailles répétées, effectuées à faible hauteur, ont façonné ces silhouettes étonnantes que l'on peut encore observer aujourd'hui.
Une pratique disparue depuis environ soixante ans, mais dont la forêt conserve les derniers témoins.
Tout simplement parce qu’elle se trouve au lieu-dit Le Zouave, dont le nom ferait référence à un ancien soldat ayant servi chez les zouaves et revenu s’installer ici. La pinatelle, elle, désigne une petite forêt de pins.
Après une courte balade sous les pins nous repartons et entrons dans la ville du Puy en Velay toute proche.
Maintenant notre objectif est de nous garer au plus près de l’impressionnant rocher Saint-Michel d'Aiguilhe…