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Salin de Giraud, les montagnes blanches de la Camargue

Salin de Giraud, les montagnes blanches de la Camargue

Après nos « retrouvailles » avec le panneau Michelin, nous le laissons dans son étang de Vaccarès et nous poursuivons sur la C134, puis empruntons successivement la D36B et la D36C
Le but est de rejoindre Salin-de-Giraud par la D36, pour découvrir cette étonnante ville ouvrière, au milieu de la Camargue, avec ses montagnes de sel blanches qui se détachent dans le paysage…

Mi-octobre 2026, nous avons profité du beau temps pour faire une balade dans la Camargue voisine. L’idée était d’emprunter le bac du Sauvage, puis le bac de Barcarin, mais aussi de revoir des plages mythiques : la plage de Piémanson et la plage Napoléon. Nous souhaitions ensuite terminer nos deux jours de balade par une visite de la Tour Luma, à Arles.

Mais nous avions également envie de faire avancer une petite enquête au sujet d’un panneau Michelin. Maintenant c’est fait, voir l’épisode précédent !

 

Des routes aux paysages typiques de la Camargue

Les routes que nous empruntons traversent des paysages caractéristiques de la Camargue : des étangs, des étendues de végétation basse, de sansouïre, et des roselières.

  • La sansouïre est un milieu naturel typique des terres salées. Le sel affleure parfois à la surface du sol, notamment en période de fortes chaleurs, et seules des plantes capables de supporter ces conditions difficiles peuvent s’y développer. Les salicornes et d’autres plantes adaptées au sel composent ces paysages bas, ouverts et parfois presque désertiques.
  • Les roselières, à l’inverse, sont des zones humides où poussent des roseaux en peuplements denses, généralement dans des eaux douces ou faiblement salées. Elles bordent certains étangs et marais et offrent des refuges particulièrement appréciés par de nombreuses espèces d’oiseaux.

Deux ambiances bien différentes, mais toutes deux caractéristiques de cette Camargue où l’eau et le sel façonnent les paysages.

Salin-de-Giraud, une ville à l’histoire étonnante

Nous arrivons par la D36 à Salin-de-Giraud, une petite ville dont l’histoire est intimement liée à l’exploitation du sel et à l’industrie chimique.

Une ville créée par le sel

Si l’exploitation du sel en Camargue remonte à plusieurs siècles, c’est au milieu du XIXème siècle que l’activité prend une dimension industrielle sur ce territoire.

En 1855, l’industriel Henri Merle entreprend d’aménager de vastes étendues de marais afin d’y produire du sel. Celui-ci doit notamment alimenter son usine chimique de Salindres, près d’Alès, dans le Gard.

Quelques décennies plus tard, en 1895, la société belge Solvay s’implante à son tour à Salin-de-Giraud. Elle a besoin de sel pour fabriquer de la soude, un produit essentiel à de nombreuses activités industrielles, notamment à la fabrication du savon.

C’est ainsi que se développe une véritable cité industrielle, organisée autour de deux entreprises : Péchiney, héritière des installations de Henri Merle, et Solvay.

Deux quartiers se constituent, chacun associé à son entreprise. On y construit des logements ouvriers, des rues ordonnées et des équipements collectifs. L’architecture, notamment les maisons de briques, rappelle davantage les cités ouvrières du nord de la France que les villages provençaux traditionnels.

Le développement industriel attire une importante main-d’œuvre venue des régions voisines, puis de plus loin, notamment d’Italie, d’Arménie et de Grèce. Cette diversité des origines marque durablement l’identité de Salin-de-Giraud.

La ville doit donc son existence moderne à une activité industrielle qui a profondément transformé ce coin de Camargue.

Au fil du XXème siècle, les techniques évoluent et les besoins industriels changent. L’usine Solvay abandonne la fabrication de soude à Salin-de-Giraud en 1962.

Le village perd progressivement une partie de son activité et de ses emplois industriels, même si l’exploitation du sel se poursuit aujourd’hui et que quelques entreprises sont encore présentes.

D’ailleurs à peine entré dans Salin de Giraud nous assistons aux manœuvres d’un camion qui entre dans les vieux bâtiments d’une usine.

Il s’agit de l’usine Imerys PCC France qui fabrique du carbonate de calcium précipité (PCC).

Le site qu’elle occupe actuellement est l'ancienne usine de soude fondée en 1895 par Solvay, qui a été rachetée par Imerys en 2015.

Mais, depuis le début des années 1960, l'usine chimique n'utilise plus du tout de sel dans son procédé de fabrication.

L'usine s'est entièrement reconvertie dans la fabrication de Carbonate de Calcium Précipité de très haute pureté.

Ça ne vous parle peut-être pas mais on retrouve ce produit presque partout !

Notamment dans :

  • Les plastiques, polymères et caoutchoucs
  • La papeterie et l’impression
  • La santé, les cosmétique et l’alimentation
  • Les peintures et les revêtements

Nous traversons la ville de Salin de Giraud et nous reconnaissons certains endroits grâce aux photographies et aux cartes postales anciennes qui nous sont parvenues, certaines grâce à un Monsieur Arcens.

François Arcens, témoin d'une époque

À la fin du XIXème siècle et au début du XXème, le village de Salin-de-Giraud connaît donc un boom industriel fulgurant sous l'impulsion des compagnies Péchiney et Solvay. François Arcens s'établit sur place comme photographe commercial et éditeur de cartes postales.

Grâce à son studio installé dans le village, il documente l'évolution de ce « coron du Sud ».

Ces documents anciens sont précieux : ils permettent de retrouver l’ambiance des rues, les commerces, les habitations et les activités qui rythmaient la vie de la cité ouvrière. Ils donnent également un aperçu du paysage industriel et des conditions de vie des habitants à une époque où l’exploitation du sel mobilisait une main-d’œuvre importante.

Nous avons donc parsemé cet article de quelques clichés anciens, sans pouvoir en déterminer l’auteur.

Après avoir traversé Salin-de-Giraud, nous poursuivons notre route en direction de la plage de Piémanson, que nous détaillerons dans l’article suivant.

Mais avant de rejoindre la mer, nous allons nous intéresser à un autre élément spectaculaire du paysage : les montagnes de sel.

Le sel de Salin-de-Giraud aujourd’hui

Nous roulons maintenant sur la D36D, également appelée route de la Mer, et nous arrivons en vue des grandes montagnes blanches qui dominent les salins.

Derrière ce paysage presque irréel se cache une activité industrielle bien réelle.

Le principe de la production du sel marin est relativement simple : on prélève de l’eau de mer, puis on la fait circuler dans un ensemble de bassins aménagés. Sous l’effet combiné du soleil et du vent, l’eau s’évapore progressivement et sa concentration en sel augmente. Lorsque les conditions sont réunies, le sel cristallise au fond des bassins.

La récolte permet ensuite de récupérer cette couche de cristaux. À Salin-de-Giraud, l’exploitation est aujourd’hui largement mécanisée : des engins spécialisés récoltent le sel, qui est ensuite transporté et mis en tas.

Ces énormes amas, que l’on appelle des camelles, constituent de véritables montagnes artificielles. Leur blancheur tranche avec les eaux et les terres environnantes.

Le site de Salin-de-Giraud couvre plusieurs milliers d’hectares et produit plusieurs centaines de milliers de tonnes de sel par an.

Contrairement à celui d’Aigues-Mortes, principalement destiné à l’alimentation, le sel de Salin-de-Giraud est notamment destiné au déneigement des routes et à des usages industriels.

L’activité a fortement évolué au cours des dernières décennies : la mécanisation a considérablement réduit les besoins en main-d’œuvre, tandis que les volumes et les débouchés de la production ont changé. Le site reste néanmoins un acteur industriel important du territoire.

Pour mieux observer ce vaste paysage, une petite colline artificielle a été aménagée au milieu de cette plaine immense.

Le belvédère du « camion du sel » pour admirer les salins

Nous prenons un peu de hauteur et découvrons un panorama sympathique sur les salins et leurs grandes étendues géométriques. Au loin, les camelles de sel se détachent nettement sous le soleil.

À la belle saison, un camion s’installe ici et sert de point de départ à des randonnées. C’est aussi un endroit intéressant pour observer les couleurs changeantes des bassins.

Il arrive que l’eau prenne de nombreuses nuances de rose. Cette coloration peut notamment être liée à la présence de micro-organismes adaptés aux eaux très salées, dont l’algue Dunaliella salina.

Mais aujourd’hui, ce sont plutôt les nuances de bleu qui dominent. La lumière, le ciel et les reflets composent un tableau différent de celui que nous aurions pu observer quelques semaines plus tôt.

Nous profitons du panorama avant de reprendre la route.

Avant de repartir, nous cueillons un petit « rameau » d’une plante qui pousse en abondance autour du parking.

Une petite plante qui aime le sel

Il pourrait s’agir de la soude ligneuse, Suaeda vera, également appelée soude vraie. Mais nous ne sommes pas botanistes : nous préférons donc conserver cette identification au conditionnel !

C’est un petit arbrisseau adapté aux milieux salés, que l’on peut rencontrer dans les sansouïres et sur certains terrains salés de Camargue.

Autrefois, certaines plantes du groupe des soudes étaient brûlées pour obtenir une matière riche en sels minéraux, utilisée notamment dans la fabrication du verre et du savon. La soude végétale a ainsi joué un rôle dans l’histoire des activités artisanales et industrielles de la région.

Quant à notre brindille, elle a trouvé une tout autre destination : elle fera parfaitement l’affaire pour décorer le tableau de bord de Z !

Il est temps maintenant de reprendre la route, toujours sur la D36D, la route de la Mer, pour rejoindre la plage mythique de Piémanson.

À découvrir dans l’épisode suivant !

Salin de Giraud, les montagnes blanches de la Camargue
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