Mi-octobre 2026, nous avons profité du beau temps pour faire une balade dans la Camargue voisine. L'idée était d'emprunter le bac du Sauvage, puis le bac de Barcarin, également de revoir des plages mythiques, la plage de Piémanson et la plage Napoléon, et ensuite de terminer nos deux jours de balade par une visite de la Tour Luma en Arles.
Mais nous avions également l'idée d'avancer sur une petite enquête au sujet d'un panneau Michelin. Voir l'épisode 4 sur 8.
Nous prenons la D36D puis la D36 et traversons Salin-de-Giraud pour nous diriger vers le bac de Barcarin afin de traverser le Rhône.
À la différence du bac du Sauvage, qui traverse le Petit Rhône et dont le passage est gratuit, le bac de Barcarin est payant.
L'accès est facile avec deux files : une destinée aux abonnés et l'autre aux autres usagers, donc nous !
Nous avançons jusqu'au début de la file de voitures en attente d'embarquement.
Le service de traversée du Rhône à cet endroit possède une histoire déjà ancienne.
Dès 1827, il est fait mention d'un service de passage assuré par une grande barque. En 1855, un bac est installé au pied de la Tour Saint-Louis, reliant Port-Saint-Louis au territoire de chasse du domaine de la Palissade.
Mais c'est le 8 octobre 1933 qu'est inauguré le premier véritable bac de Barcarin. Il s'agit alors d'un bac à chaîne d'une quinzaine de mètres de longueur. Une grande bâtisse ocre est également construite à Salin-de-Giraud pour loger les passeurs et leurs familles. Elle existe toujours aujourd'hui.
Le bac est détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les troupes allemandes le coulent en 1944, lors de leur retraite. Il faudra attendre 1956 pour que le service public reprenne.
Les générations de bacs se succèdent ensuite, avec des bateaux de plus en plus modernes et manœuvrants.
Aujourd'hui, les bacs sont des navires dits amphidromes. Cela signifie qu'ils peuvent naviguer dans les deux sens sans avoir besoin d’opérer un demi-tour : ils possèdent une rampe à chaque extrémité.
Nous connaissons le mot « amphidrome » car Z a notamment franchi la Loire en bac amphidrome au printemps 2025 !
À voir ici : https://z4du34.com/2025/04/z-traverse-la-loire-en-amphidrome.html
Leur propulsion est particulièrement intéressante. Grâce à deux propulseurs indépendants de type Voith, ils peuvent effectuer une rotation complète de 360° en seulement 28 secondes !
Cette maniabilité est particulièrement utile dans cette partie du Rhône, proche de son embouchure, où les courants et les conditions de navigation peuvent être difficiles.
Le service fonctionne toute l'année, 365 jours sur 365, de 4h20 à 2h00 du matin.
Contrairement à notre première impression, les passages ne sont pas limités à une demi-heure d'intervalle : en journée, ils sont généralement organisés toutes les 15 minutes, avec des fréquences adaptées aux horaires et au trafic.
Côté tarifs, la traversée est gratuite pour les piétons et les cyclistes, mais également pour les cavaliers et les deux-roues de moins de 125 cm³. Pour une voiture comme Z, il faut compter 7 euros par passage.
Un projet de pont destiné à remplacer le bac est également à l'étude depuis plusieurs années. Le Département des Bouches-du-Rhône envisage un ouvrage d'environ 536 mètres, avec une mise en service prévisionnelle autour de 2033. Mais nous n'en sommes pas encore là !
Je ne sais pas si nous aurons encore l'occasion de prendre le bac lorsque ce pont sera construit…
Nous avons maintenant quelques minutes pour découvrir ce fameux bac.
Il y a une quinzaine de voitures arrêtées dans une espèce de zone d'attente qui ressemble à un petit rond-point.
Le bac est là et, visiblement, il s'apprête à débarquer les véhicules qu'il transporte.
Je n'ai pas le temps d'aller voir de près la maison du passeur, car les véhicules commencent à sortir du bac. Je regagne donc Z.
Les véhicules ont débarqué et c'est maintenant notre tour d'embarquer.
Les vélos et les piétons peuvent également monter à bord, mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, leur gratuité ne signifie pas nécessairement qu'ils sont prioritaires dans toutes les situations : l'embarquement est organisé en fonction de la capacité du bateau et des consignes de l'équipage.
Le bac n'est pas trop rempli. La traversée étant très courte, peu de monde descend de son véhicule. En revanche, les moteurs doivent impérativement être arrêtés pendant le passage.
Je m'éclipse pour prendre quelques photos, laissant Carole acquitter le montant du passage : 7 euros.
Juste le temps de revenir, de reprendre place et de redémarrer, et nous quittons le bateau.
La traversée est effectivement très rapide : environ 10 minutes pour franchir les quelques 450 mètres qui séparent les deux rives.
Nous voici sur l'autre rive du Grand Rhône, sur la commune de Port-Saint-Louis-du-Rhône.
La route a changé de numéro : la D36 est devenu la D35B.
Après quelques minutes sur la D35B, nous prenons la D35 et, en une dizaine de minutes, nous arrivons au centre de Port-Saint-Louis-du-Rhône.
Port-Saint-Louis-du-Rhône est une commune relativement récente, officiellement créée le 28 mars 1904.
Avant cela, le territoire dépendait essentiellement de la commune d'Arles.
Son développement est étroitement lié à l'activité portuaire et à l'aménagement du canal Saint-Louis. Les travaux du canal commencent dans les années 1860 et s'achèvent en 1871. Le site devient progressivement un avant-port d'Arles, permettant de contourner les difficultés de navigation à l'embouchure du Rhône.
Le développement des installations portuaires et le transfert des activités de transbordement depuis Arles, à partir de 1881, entraînent l'installation d'une population permanente.
La ville se développe ensuite autour des activités maritimes, portuaires et industrielles, notamment avec l'essor du complexe de Fos.
Aujourd'hui, Port-Saint-Louis-du-Rhône compte environ 8 600 habitants.
Nous passons devant la mairie avec son petit clocheton.
Ce bâtiment a été construit peu après la création de la commune.
Le projet de construction est lancé dès septembre 1904 et l'hôtel de ville est achevé en 1907.
Il présente une architecture assez classique, avec un corps central surmonté d'une horloge et d'un joli clocheton couvert de tuiles en écaille.
Le bâtiment a été agrandi en 1983 par l'architecte Alain Jouve, avec l'ajout de deux ailes latérales.
Une mairie qui conserve néanmoins une allure plutôt sympathique et qui s'intègre bien dans le paysage urbain.
Nous traversons la ville sans nous arrêter, d'une part parce que nous la connaissons et d'autre part parce que nous voudrions arriver à la plage Napoléon avec encore du soleil…
Vers la sortie de la ville, nous passons devant la Tour Saint-Louis.
Voilà un monument qui mérite quelques explications !
Cette tour carrée de 15 mètres de hauteur a été construite en 1737, sous le règne de Louis XV, par l'ingénieur militaire Jacques Philippe Mareschal.
Sa construction a notamment été financée grâce à une taxe sur le sel transporté par le Rhône, instaurée en 1723.
À l'origine, la tour se trouvait directement à l'embouchure du Rhône. Elle avait plusieurs fonctions : poste de surveillance, sémaphore, poste de douane, ouvrage défensif et également phare.
Elle permettait notamment de surveiller l'arrivée des navires et de protéger cette partie du littoral.
Mais voilà, le Rhône est un fleuve qui transporte énormément de sédiments. Au fil des siècles, les alluvions se déposent et contribuent à faire avancer le delta vers la mer.
Le cours du fleuve a également changé, notamment après les grandes crues de 1711, qui ont profondément modifié son embouchure.
Résultat : notre ancienne tour du bord de mer se retrouve aujourd'hui à environ 8 à 10 kilomètres du rivage !
Elle est devenue, en quelque sorte, le témoin de l'avancée des terres camarguaises.
Inscrite au titre des Monuments historiques depuis 1942, elle abrite aujourd'hui l'Office de tourisme, une collection ornithologique et des espaces d'exposition. Sa terrasse permet également de profiter d'un beau panorama sur la ville, le canal Saint-Louis et les marais environnants.
Une histoire assez étonnante pour un ancien phare !
Nous poursuivons notre route et franchissons le pont levant qui permet de traverser le secteur de l'écluse.
Il s'agit d'un ouvrage mobile, dont le tablier peut se relever pour laisser passer les bateaux.
Ce pont s'inscrit dans l'histoire des aménagements portuaires de Port-Saint-Louis. Plusieurs solutions ont été envisagées au début du XXème siècle pour permettre le franchissement de l'écluse : pont tournant, pont flottant ou encore pont basculant.
Le projet finalement retenu est celui d'un pont levant conçu par l'ingénieur Bezault, dont la construction remonte probablement à 1924.
Son principe est celui d'un tablier mobile basculant autour d'un axe, avec un système de contrepoids facilitant son relevage.
Ce type d'ouvrage permet de concilier la circulation routière avec les besoins de la navigation dans le canal.
Et puis, il faut reconnaître que ses couleurs lui donnent une allure plutôt sympathique !
En parlant de couleur, on ne peut qu'être surpris par la statue bleue qui trône sur le rond-point qui suit le pont.
Elle ressemble à une statue classique, comme celles que nous avons pu découvrir à Arles, mais il s'agit en réalité d'une œuvre contemporaine.
C'est une Vénus !
Plus précisément, elle fait partie d'une série de sculptures intitulée « Vénus à la Flamme », imaginée par l'artiste plasticien Laurent Perbos à l'occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.
Ces Vénus revisitent la célèbre Vénus de Milo, à laquelle l'artiste associe la flamme olympique.
Plusieurs communes des Bouches-du-Rhône ayant accueilli le passage de la flamme ont reçu leur propre sculpture, chacune avec une couleur différente.
Celle de Port-Saint-Louis-du-Rhône est bleu turquoise.
Elle a été offerte par le Département des Bouches-du-Rhône et installée en avril 2024, peu avant le passage de la flamme olympique dans la ville.
Et si vous vous demandez pourquoi ce bleu, la réponse est assez simple : la couleur a été choisie pour s'accorder avec celle de l'écluse toute proche !
Une façon originale de conserver un souvenir du passage de la flamme olympique.
Nous prenons maintenant la route de la plage Napoléon. Nous y sommes presque !
Mais auparavant, nous laissons nos bagages à notre hôtel.
C'est l'affaire de quelques minutes et nous repartons : direction la plage Napoléon !
À découvrir dans l'épisode suivant.