Mi-octobre 2026 nous avons profité du beau temps pour faire une balade dans la Camargue voisine. L’idée était d’emprunter le bac du Sauvage, puis le bac de Barcarin, également de revoir des plages mythiques, la plage de Piémanson et la plage Napoléon, et ensuite de terminer nos 2 jours de balade par une visite de la Tour Luma en Arles.
Mais nous avions également l’idée d’avancer sur une petite enquête au sujet d’un panneau Michelin…
Nous quittons les Saintes-Maries-de-la-Mer par la D85A, plus connue sous le nom de route de Cacharel.
Cette petite route traverse un paysage typique de la Camargue : des étangs, des marais, des sansouïres et de vastes espaces ouverts où l'eau et la terre se confondent parfois.
Son tracé s'inscrit dans un territoire parcouru depuis longtemps par les bergers, les gardians et leurs troupeaux. Les drailles, ces chemins traditionnels de transhumance, ont joué un rôle essentiel dans la vie de la Camargue. Il convient toutefois de ne pas confondre cet héritage ancien avec l'aménagement de la route moderne, dont la chronologie précise reste à établir.
Il semblerait que cette route, qui est également nommée draille de Méjanes, ait été transformée en axe routier par étapes, selon nos informations :
• Jusqu'au milieu du XXème siècle : Le chemin n'était qu'une piste de terre et de boue très difficilement praticable. Lorsque l'écrivain et cinéaste Denys Colomb de Daunant s'est installé au domaine de Cacharel en 1947 (le lieu emblématique qui borde l'étang et qui a donné son nom à la route), il n'y avait ni électricité, ni eau, ni véritable route goudronnée. Le site était totalement isolé au milieu des marais.
• Les années 1950 et 1960 : C'est le succès planétaire du film Crin-Blanc (tourné à Cacharel en 1950), puis l'ouverture du célèbre hôtel de Cacharel en 1954, qui ont poussé le département à stabiliser, goudronner et moderniser cette route pour désenclaver les manades et ouvrir la zone au tourisme ornithologique et équestre. C'est entre 1966 et 1968 que les réseaux de commodités souterrains (eau, électricité) y ont été définitivement installés.
Aujourd'hui, la route permet de pénétrer au cœur de ces paysages, loin de l'agitation du littoral. Nous ne pousserons toutefois pas jusqu'à son extrémité : nous préférons nous arrêter avant la pointe de Cacharel, près de l'étang de l'Impérial.
En évoquant Crin-Blanc, cela nous a rappelé quelques films dans lesquels la Camargue joue un rôle important… Quitte parfois à être transformée en pays exotique !
Nous y reviendrons, car le sujet mérite bien un article complet !
Mais pour le moment, retrouvons notre route de Cacharel et plus précisément à l'étang de l'Impérial.
En effet, nous nous nous installons juste à côté de l'étang de l'Impérial.
On rencontre également l'appellation « étangs des Impériaux », qui désigne un ensemble de milieux lagunaires camarguais, au voisinage notamment des étangs du Malagroy et de la Bardouine.
Ces étangs font partie de ces paysages fragiles où se mêlent eaux douces et salées, végétation adaptée au sel et vasières fréquentées par de nombreux oiseaux.
Le secteur a longtemps été marqué par les activités humaines, notamment l'exploitation du sel et la pêche. Mais ces zones humides possèdent aussi une grande valeur écologique. Leur préservation est essentielle pour les oiseaux qui viennent s'y nourrir, s'y reproduire ou y faire halte au cours de leurs migrations.
D’après certaines sources l'appellation "Impérial" est liée au Second Empire, Napoléon III.
Au milieu du XIXème siècle, l'État a mené de grands travaux de cartographie officielle, d'endiguement et d'aménagement hydraulique en Camargue pour stabiliser le delta. C'est à cette époque de restructuration du territoire que l'étang a été formellement baptisé en hommage à l'Empire.
Nous voilà donc installés pour notre pique-nique dans un environnement particulièrement calme, avec les étangs pour seuls voisins.
Le Cacharel est le nom local donné à la sarcelle d'été, un petit canard migrateur que l'on rencontre dans les zones humides. Ce nom camarguais a également inspiré Jean Bousquet, originaire de Nîmes, lorsqu'il a créé sa célèbre marque de vêtements Cacharel en 1958.
Un joli nom du terroir qui a ainsi quitté les marais camarguais pour se faire connaître dans le monde de la mode !
Si nous n'avons pas aperçu le fameux Cacharel, nous avons en revanche pu observer au loin plusieurs flamants roses.
Et, plus près de nous, de jolis oiseaux très élégants, reconnaissables à leurs longues pattes roses : des échasses blanches (Himantopus himantopus).
Avec leur corps blanc, leurs ailes noires, leur bec fin et leurs interminables pattes, elles semblent avancer sur l'eau avec une étonnante légèreté.
Ces oiseaux migrateurs fréquentent les marais et les lagunes peu profondes, où ils trouvent leur nourriture. Ils rejoignent habituellement l'Afrique tropicale pour passer l'hiver, avant de revenir en Europe au printemps.
À part le mouvement des oiseaux, notre coin pique-nique est particulièrement tranquille.
Pas de circulation, pas de foule : exactement ce que nous étions venus chercher !
Nous reprenons la route et traversons le hameau de Pioch-Badet.
En Camargue, un pioch désigne une petite hauteur, une légère butte dans un paysage généralement très plat. Le hameau doit vraisemblablement son nom à cette petite surélévation du terrain sur laquelle il s'est établi.
Pour l'origine de « Badet », en revanche, nous n’avons pas trouvé d'explication suffisamment certaine.
Nous poursuivons notre route sur la D570 et passons devant le château d'Avignon.
Situé au bord du Petit Rhône, ce domaine fait partie du patrimoine historique de la Camargue. Il témoigne de la présence ancienne de grandes propriétés au cœur du delta, où l'aménagement des terres, la maîtrise de l'eau et les activités agricoles ont profondément façonné les paysages.
Le château appartient aujourd'hui au Département des Bouches-du-Rhône. Nous ne nous arrêtons pas cette fois-ci : notre prochaine étape nous attend un peu plus loin.
Nous arrivons ensuite à l'embranchement avec la D37, en direction de Salin-de-Giraud.
Mais avant de poursuivre dans cette direction, nous avons envie de retrouver une vieille connaissance !
Nous tournons donc à droite pour emprunter la petite route C134, qui longe l'étang de Vaccarès.
Notre vieille connaissance, c'est un grand panneau Michelin que nous avions découvert il y a trois ans. Un panneau pour le moins insolite, puisqu'il sert aujourd'hui de remblai pour contenir les eaux de l'étang !
Nous lui avions consacré une première enquête en 2023, mais son histoire est loin d'être terminée...
À suivre dans le prochain épisode…