Un peu après la chapelle Sainte Madeleine perchée sur son éperon basaltique nous changeons de département.
Nous passons du Cantal, 15, à la Haute Loire, 43.
La D909 frôle le petit village de Grenier Montgon.
Notre idée est d’aller refaire un tour au village de Blesle.
C’est l’un des plus beaux villages de France. Nous le connaissons déjà et vous trouverez un article sur notre passage de novembre 2022 en cliquant ici !
Nous sommes dans la vallée de l’Alagnon, un site très touristique.
Pour aller au village de Blesle nous empruntons la petite D8, que nous reprendrons après notre visite.
Le village est toujours aussi charmant et les rues sont toujours aussi étroites !
Après notre petit tour nous reprenons la D909 mais nous sommes rapidement bloqués par les gendarmes.
En effet, la D909 est bloquée à la suite d’un accident mortel qui vient à peine d’arriver…
Nous apercevons plus loin plusieurs véhicules d’urgences et l’hélicoptère Dragon 63 de la Sécurité Civile.
C’est un Eurocopter EC145 rouge et jaune qui rayonne sur l’Auvergne. Sa présence indique un accident très sérieux…
Effectivement nous apprendrons le lendemain que c’est un accident de moto qui a couté la vie à la passagère, le conducteur étant dans un état très grave…
La gendarme nous demande de rebrousser chemin, donc impossible de passer par les gorges de l’Alagnon cette fois.
Nous retournons donc pour prendre la D20.
La route est très gravillonnée…
Nous empruntons ensuite la D653 qui est presque parallèle aux gorges de l’Alagnon mais beaucoup plus rectiligne.
Cette route est aussi très intéressante.
On peut faire le trajet de Blesle à Lempdes, ou l’inverse bien évidement, de deux façons :
Et cette route c’est l’ancienne Route Impériale 10 !
La RI 10 était la route impériale française de 1re classe qui reliait Paris au Perthus (frontière espagnole) via Clermont-Ferrand, Millau, Béziers et Perpignan.
Elle fut tracée et construite de 1811 à 1824.
Cela ne vous rappelle rien ? Ce n’est pas la Nationale 9 ce parcours ?
Et bien si !
Car après la chute de l'Empire, la Route impériale 10 est devenue la Route nationale 9, en 1824.
Puis des tronçons ont été rectifiés :
Et, finalement, la construction progressive de l'Autoroute A75 et la réforme de 2006 provoquent le déclassement intégral de cet axe…
Voilà ce qu’en dit un spécialiste de ces routes :
« L’ancien tracé du XVIIIème siècle nous frappe par sa rectitude, sauf aux deux extrémités où grimpettes et descentes ont dû, à l’époque, bien épuiser les chevaux... La chaussée par les gorges, moins fatigante, est surtout plus touristique… Non loin de là en effet, se trouve Blesle, un des Plus Beaux Villages de France… ».
En effet le paysage autour de la D653 est très différent de celui des gorges que nous avions emprunté lors de notre dernier passage en novembre 2022.
Nous vous recommandons la lecture des documents du centre de ressources régional des paysages d’Auvergne-Rhône-Alpes qui décrit bien mieux que moi les paysages de la région.
« L’importance prise par les infrastructures routières et ferroviaires (axe Clermont/Aurillac) fait de la vallée de l’Alagnon une vallée très équipée. L’ancienne route nationale 9, déclassée, qui emprunte le fond des gorges de l’Alagnon dans la partie aval entre Lempdes et Massiac, a été transformée lors de la construction de l’autoroute en "itinéraire de découverte". L’objectif de ces itinéraires est d’orienter les automobilistes vers des parcours pittoresques et touristiques. ».
Et au détour de leurs analyses on trouve de belles idées de balade !
Pour l’instant nous traversons le plateau avec ses jolies lignes droites, il n’y a aucune circulation.
Toujours sur la D653, quelques virages pour descendre du plateau, notamment les beaux virages de la Route Impériale, le nom figure ainsi sur Google Maps, au niveau de l’aire de pique-nique de la Coste et nous arrivons à Lempdes.
Attention à l’orthographe !
Il semble que la rivière Alagnon s’écrive avec un seul « l » mais que la ville de Lempdes sur Allagnon s’écrive avec 2 !
C’est un bourg rural d’environ 1 300 habitants, les Lempdais.
Il est situé à 440 mètres d’altitude, à la sortie des gorges de l’Alagnon et à l’entrée de la Limagne de Brioude.
Nous y avons noté deux choses, une légende et de très jolies halles originales.
« Une légende orale parle de ce seigneur de Léotoing, Béraud, qui après une longue chasse au loup, arrive de nuit dans sa ville, se rendant en son château. Malgré les avertissements, il longe l'Alagnon et devant le lavoir du village, s'arrête en voyant une femme laver du linge. Il descend de cheval, s'approche pour lui demander la raison de sa présence à cette heure indue de la nuit. Lorsqu'elle se retourne, horreur : visage ridé et cheveux blancs, deux puits de ténèbres à la place des yeux, des horribles chicots sanglants, elle l'attrape par le bras et l'entraîne avec une force terrifiante dans le lavoir pour le noyer. C'est ainsi, dit-on, que le dernier seigneur de Léotoing disparu sans enfant.
Cet esprit malfaisant et terriblement inquiétant, qu'on nomme en Auvergne la Lavandière, se retrouve en réalité ailleurs en Europe :
Elle occupe les vieux lavoirs la nuit ; le linge qu’elle lave est toujours taché de sang et symbolise votre mort ou celle d’un proche.
« Elles battent et tordent incessamment quelque objet qui ressemble à du linge mouillé, mais qui, vu de près, n’est qu’un cadavre d’enfant » (George Sand, Légendes rustiques, 1858).
Ces halles ont été érigées en 1835-1836. Leur structure est assez originale.
Elles sont édifiées sur un plan triangulaire avec un côté courbe et les autres de longueurs inégales. Un entablement circulaire est soutenu par une alternance de piliers et de colonnes, formant ainsi un portique selon un rythme spécifique : un pilier, trois colonnes, un pilier, répété deux fois.
Ces halles sont inscrites au titre des monuments historiques depuis 1956.
Nous ne nous attardons pas et reprenons la route.
Nous changeons à nouveau de département et passons de la Haute Loire, 43, au Puy de Dôme, 63.
Nous hésitons à rester sur l’A75 pour aller plus rapidement à Riom où nous attend notre hôtel mais la radio nous signale plusieurs accidents générant d’importants ralentissements…
Et les immenses panneaux lumineux nous préviennent également.
Aussi nous continuerons par la route.
Après la toujours délicate traversée de Clermont Ferrand nous arrivons à bon port !
Fin de la journée de conduite, 412 km sous un beau soleil et une bonne chaleur !