Toujours sur la D920 nous quittons la chapelle Del Sol et poursuivons notre route vers le nord, vers Entraygues sur Truyère.
De cette route, relativement récente puisque nous longeons le lac de Golinhac, nous n’apercevons presque pas le lac ni le Lot car la végétation est très dense.
À 6,5 kilomètres d’Estaing nous arrivons au barrage de Golinhac.
S’il est mentionné sur la « Route de l’Énergie » d’EDF il ne se visite pas, son accès est même interdit.
« La Route de l’Énergie » s’inscrit dans un programme global conduit par EDF de valorisation du patrimoine hydroélectrique. Le métier d’hydraulicien évolue, EDF souhaite aller au-delà et concrétiser son ancrage et son engagement aux côtés des territoires. Ce contexte a permis l’émergence du projet Route de l’énergie, un concept unique souhaité à la maille du territoire.
« La Route de l’Énergie » consiste à valoriser le patrimoine hydroélectrique du territoire en favorisant l’accueil du public sur les installations hydroélectriques d’EDF que ce soit par des circuits de visites, par l’aménagement de points de vue et d’information et au-delà, par territoires et ouvrages hydroélectriques. Cette volonté de déployer un tel projet fait aussi écho aux attentes fortes du territoire pour nourrir son attractivité touristique et pour donner une pérennité aux actions de découverte de l’hydroélectricité déjà proposées.
Mais ici pas de panneau d’information et pas de visite possible…
C’est donc un barrage hydroélectrique situé juste à côté de la route.
Long de 114,3 mètres, il est doté de quatre évacuateurs de crues.
Là aussi la végétation rend difficile la vision d’ensemble…
L'eau du lac de retenue s'écoule par une galerie puis une conduite forcée jusqu'à la centrale de Golinhac, à quatre kilomètres et demi en aval du barrage.
Nous allons y aller après le petit tour du site du barrage.
Cette centrale, en contre bas du barrage, est équipée de trois turbines Francis, elle fournit une puissance totale de 45,3 MW, capable de produire annuellement 145 GWh, soit la consommation d'une population résidentielle de 54 000 habitants.
Nous avons déjà évoqué le lac de retenue.
Il est long de six kilomètres, s'étend sur 53 hectares, retient les eaux du Lot et le bassin versant drainé y est de 2 051 km².
Outre les deux communes entre lesquelles est érigé le barrage, la retenue baigne également Estaing et Sébrazac. Elle est également alimentée par quelques ruisseaux, dont le plus important est le ruisseau de Luzane, qui marque la limite territoriale entre Golinhac et Sébrazac.
Le volume total de la retenue est de 5,1 millions de mètres cubes, dont 1,65 million de mètres cubes de volume utile.
Bien qu’elle soit très récente, puisque la construction du barrage de Golinhac commence en 1957 et s'achève en 1960, nous n’avons pas trouvé d’informations sur sa construction…
Mais voici quelques données, c’est un barrage poids en béton dont les caractéristiques techniques sont les suivantes :
Lors de notre passage un véhicule d’EDF était garé devant le portail mais tout était fermé et nous n’avons vu personne…
De toute façon les équipements sont pilotés à distance, de Toulouse !
Nous reprenons la route pour aller voir la centrale liée au barrage par la conduite forcée souterraine, elle est à environ 4 km plus bas.
Auparavant nous passons par le site de Fontbillou, dont vous trouverez quelques photos dans cet article.
Mais nous passons aussi par un endroit où il n’y a plus rien à voir !
Explications dans le prochain épisode…
Pour l’instant nous passons non loin du rocher de Fombillou.
Voici sa légende, tirée du site de la mairie de Le Nayrac.
« Dans le Nord-Aveyron, entre Estaing et Entraygues, coule le Lot.
Dominant cette gorge, profonde en cet endroit, se trouve le rocher superbe de Fombillou.
Il y a fort longtemps...Alors que la disette sévissait, dans certains villages on avait encore un petit peu de tout à manger, et ces vivres attiraient des meutes de loups.
Pour se débarrasser de ces loups, les habitants du village trouvèrent une astuce...
En appât ils attachèrent un cabri (chevreau) au faîte du rocher de Fombillou.
Les cris de la bête attirèrent les loups, et la nuit venue les gens de Fombillou avec des genêts et des brandons de paille allumés les firent tomber dans le précipice, les détruisant totalement.
Légende ou histoire ? Est-ce vrai ?
Personnellement je ne le sais...
Toujours est-il que pour la Saint-Jean,
Dans Le Nayrac tous les ans,
Lorsque la nuit noire arrive,
Hommes et femmes tous s'activent ;
Ils vont parfois le feu allumer,
Avec des brandons de paille enflammés ;
Ce feu de Saint-Jean qu'au loin on voit,
Se rattache peut-être à l'autrefois,
Quand on chassait les loups en force,
Avec solidarité, astuces et torches.
Raymond Rouquette (Mon pays de Viadène) ».
Plus de loups de nos jours, nous arrivons tranquillement à la centrale.
Cette usine que le barrage alimente par la conduite forcée souterraine, est, en matière de puissance produite, la plus importante sur le cours du Lot.
Sa concession arrive à expiration en 2035.
Là aussi nous n’avons que peu d’information, ni de détail sur la conduite forcée souterraine qui parcours environ 4 km sous terre…
Il semblerait qu’elle ait été construite à 4 km en dessous du barrage pour obtenir une chute de 74 mètres…
Nous n’avons trouvé qu’une carte postale montrant surtout la zone vie du chantier.
Nous savons aussi que la centrale fut entièrement repeinte vers 2010 !
Mais nous savons également qu’une jolie petite montée se cache sur la route qui contourne l’usine.
En effet, la D135, en 9 épingles et 377 mètres de dénivelé, vous amènera de la centrale au village de Golinhac…
Puisque nous avons évoqué l’énergie dans cet article nous souhaitions en savoir davantage sur un aspect plus discret de l’énergie dans les gorges du Lot : l’exploitation de son uranium.
L’existence de minerai uranifère dans le nord Aveyron est connue depuis les années 1860...
Les premiers travaux de prospection et d’exploitation uranifères dans l’Aveyron commencèrent dès 1948, dans la région d’Entraygues-sur-Truyère.
Des missions organisées à l’initiative du CEA aboutirent à la découverte d’indices uranifères.
À partir de 1952, de nombreuses sociétés privées ont prospecté le département, notamment la région d’Entraygues-sur-Truyère, en reprenant les travaux de reconnaissance menés par le CEA à la fin des années 40.
Le département de l’Aveyron a donc vu l’exploitation, de 1949 à 1995, d’un ensemble de gisements uranifères granitiques – à l’exception de trois sites exploités dans des terrains sédimentaires – qui ont produit 767 tonnes d’uranium métal (dont 744 tonnes extraites à Bertholène) à partir de 543 922 tonnes de minerai d’une teneur moyenne de 1,41‰ (1,41 kg d’uranium par tonne).
L’exploitation du minerai s’est faite, pour le gisement de Bertholène, le plus important, par des travaux miniers souterrains, puis par mine à ciel ouvert.
Pour les gisements plus modestes, le minerai a été extrait dans le cadre de travaux de reconnaissance par petit chantier, souvent antérieurs aux années 60.
Donc jusque dans les années soixante, quinze mines d'uranium ont été exploitées en Aveyron. Avec les résidus que cela implique. Parfois de manière marginale (aucune extraction, voire une ou deux tonnes).
Dans le grand secteur des gorges du Lot nous avons relevé une douzaine de mines (voir notre carte) et obtenu quelques informations :
Mais il faut comprendre minerai extrait AVANT traitement, il ne resterait que 0,28% d’uranium effectif…
Le site fut en activité de 1957 à 1960. Vous le repèrerez sur nos cartes.
On a noté 2 destinations du minerai pour son traitement :
Sur le site de Margabal les travaux ont consisté en l’exploitation d’un travers-banc, une galerie de mine horizontale, en forme d’Y.
La présence d’un ruisseau traversant la mine et se jetant dans le Lot est semble-t-il sous surveillance…
Nous nous sommes plus particulièrement intéressés à la mine de Margabal, car, « amateurs de pierres », nous connaissions l’existence de cette mine.
En effet, la mine de Margabal est aujourd’hui un site de référence pour l’un des minéraux d'uranium les plus spectaculaires : la torbernite.
Nous avons mis quelques extraits du très complet site Le Comptoir Géologique dans les photos.
Vous trouverez également une vidéo You Tube d’un explorateur récent de la mine…
En juillet 2025, il semblerait que certains puissent encore y pénétrer…
Mais les collectionneurs doivent être conscients du…
« Les collectionneurs doivent être conscients du fort taux de radioactivité de ce minéral tant dans la manipulation que dans le stockage ou l’exposition.
Le danger majeur provient de l'inhalation du gaz radon (222Rn) qu'elle dégage en continu. Il ne faut pas la conserver dans les lieux de vie et de travail, mais la stocker dans des endroits bien ventilés et éviter de respirer le radon qu'elle produit.
La confiner dans des boîtes étanches aux gaz et transparentes est une alternative également possible, mais ces boîtes devront seulement être ouvertes sous hottes correctement ventilées pour protéger l'opérateur. ».
Mais nous n’avons pas prévu de visite de mine aujourd’hui !
Pour ceux que ça intéresse nous vous recommandons la lecture du rapport de l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire, l’IRSN, et celui fort édifiant également du BE, Bilan Environnemental, d’Areva…
Même si ces études commencent à dater…
Depuis quelques années « Les pouvoirs publics veulent créer un nouveau sigle pour indiquer l'emplacement des sites nucléaires aux générations futures. Un sigle qui puisse résister à des dizaines de milliers d'années de tourmentes climatiques et humaines. Un sigle qui pourrait même résister à l'effacement des mémoires humaines. Parce qu'un homme vit cent ans (au maximum) et que certaines matières fissiles ont une demi-vie de plusieurs dizaines de milliers d'années. Bref, l'atome est plus résistant que l'homme. ».
Justement dans l’épisode qui suit nous allons parler de la disparition totale d’une maison complètement effacée du paysage des gorges du Lot…