Dès la sortie du parking de Murat nous prenons la N122.
Mais cette route n’a pas toujours porté ce nom, à une époque c’était la Route Nationale 126.
La route nationale 122 relie historiquement Murat à Aurillac, en traversant le cœur du massif cantalien.
Elle constitue l’un des axes est–ouest majeurs du département.
Son tracé reprend en grande partie d’anciens chemins médiévaux, eux-mêmes héritiers de voies antiques.
La route est aménagée comme route nationale au XIXème siècle, dans le contexte du désenclavement du Cantal.
Les grands travaux de mise au gabarit routier (élargissements, ponts, rectifications) ont lieu entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle.
Elle est conçue pour franchir un relief difficile : vallées encaissées, cols, zones volcaniques.
Jusqu’aux années 1970–1990, la RN122 est l’axe principal d’accès à Aurillac depuis l’est et le nord du Massif central.
Elle supportait :
Avec l’ouverture de l’A75, le trafic de transit longue distance a diminué, mais la route reste très fréquentée localement.
Nous connaissons le trajet de Murat à Aurillac et c’est effectivement une belle route sinueuse et panoramique, qui longe notamment la vallée de la Cère.
On y trouve une alternance de sections roulantes et de passages plus étroits et on y apprécie ses paysages volcaniques.
C’est un régal, en août, beaucoup moins en hiver !
Donc la RN122 a été déclassée dans les années 2000 mais elle demeure l’épine dorsale routière du Cantal.
Même déclassée, elle reste indispensable à la vie économique, sociale et touristique du département.
Aussi détaillons en 5 points cette route au cœur de l’histoire cantalienne
En quittant Murat, la route sort d’une ville ancienne de commerçants et de voyageurs.
La RN122 marque historiquement :
Murat était une étape routière et ferroviaire, d’où la présence de bâtiments institutionnels que nous avons évoqués dans l’épisode précédent, mairie, banque, hôtels, ...
Très vite, la route s’élève et s’insinue dans un paysage de montagnes volcaniques :
La RN122 a nécessité au XIXème siècle :
Ici, la route est un ouvrage d’ingénierie autant qu’un chemin.
La RN122 longe la Cère, axe naturel de circulation depuis des siècles.
On y rencontre :
La RN122 structure littéralement la vie locale : habitat, économie, sociabilité.
Avant l’A75, cette route voyait passer :
Elle est intimement liée à la mémoire collective :
À l’approche d’Aurillac, la RN122 change de visage :
Elle débouche sur une ville préfecture, centre administratif du Cantal, vers laquelle tout converge.
La RN122, ce n’est pas seulement une route :
La N122 est une route-paysage, à lire comme un livre ouvert sur l’histoire, le travail et les déplacements des Cantaliens.
Maintenant voici une lecture plus architecturale de la RN122 entre Murat et Aurillac — en observant la route comme une œuvre d’ingénierie du XIXème siècle adaptée à la montagne volcanique.
La RN122 est typique des grandes routes nationales du XIXᵉ siècle :
Chaque portion témoigne d’un travail manuel important : la pierre locale est taillée et posée sans béton moderne à l’origine.
Le long de la vallée de la Cère, la route franchit plusieurs cours d’eau :
Ces ouvrages privilégient :
On est loin des grands viaducs spectaculaires : ici, l’architecture est rurale, robuste et discrète.
La RN122 a façonné le bâti :
La route devient une façade continue : les villages se développent en ruban, tournés vers le passage.
L’élément architectural dominant est la pierre volcanique :
Cela donne :
La route ne s’impose pas au paysage : elle est construite avec lui.
Architecturalement, la RN122 entre Murat et Aurillac est :
Ce n’est pas une route monumentale c’est une route patrimoniale par continuité, par accumulation d’ouvrages modestes mais harmonieux.
Le point le plus notable intervenu sur cette route fut la création des tunnels, routiers et ferroviaires du Lioran.
Voici quelques mots sur l’histoire de la route à Le Lioran mais nous ferons une visite spéciale pour bien détailler ces tunnels et cela fera l’objet d’épisodes dédiés.
Le col du Lioran, sur l’axe historique connu comme Route Royale 126, anciennement route nationale 126, reliait Clermont-Ferrand à Aurillac en passant par le col de Font de Cère.
Cette voie était essentielle au commerce mais souvent impraticable l’hiver, bloquée par neige et froid extrême.
Aussi il fut décidé de construire un tunnel routier au Lioran.
1839–1843 : Construction du premier tunnel routier du Lioran, perçant le Puy de Massebœuf pour franchir le col dans de meilleures conditions.
1843 : Mise en service du tunnel routier, permettant la continuité de l’axe est-ouest en toutes saisons.
Long d’environ 1 414 m, il fut à son époque considéré comme l’un des plus longs tunnels routiers construits.
Il resta en service jusqu’en 2007, malgré sa largeur limitée et le trafic croissant.
Début des travaux en 2004 et fin des travaux et ouverture en 2007.
Ce deuxième tunnel routier, plus large et adapté à la circulation moderne, a remplacé l’ancien tunnel du XIXème siècle, améliorant la sécurité et l’accessibilité toute l’année.
Aujourd’hui, la route nationale 122, la version moderne de l’axe, traverse encore la région du Lioran via ce tunnel, important pour l’accès routier à la station de ski et aux communes du Cantal et de l’Auvergne.
L’ancien tunnel historique est désormais fermé à la circulation mais reste un témoin de l’ingénierie du XIXème siècle.
Aujourd’hui nous ne prenons pas le tunnel et nous prenons la route D67 qui passe au-dessus du tunnel et franchi le col de Cère.
Il est le 11ième en altitude sur les 40 cols routiers répertoriés pour le département du Cantal.
Le col de Cère est donc situé à 1 294 mètres d’altitude dans les Monts du Cantal.
Nous sommes à l’ouest de la station de Super Lioran, sur le versant nord-ouest du massif.
Il traverse le flanc du puy de Massebœuf, mais ne constitue pas un col au sens strict car il est plutôt le point culminant de la D67 qui monte vers Super Lioran.
La D67 qui le traverse relie Saint-Jacques-des-Blats (ouest) à Laveissière/Murat (est), et permet d’éviter le tunnel routier du Lioran pour relier ces vallées.
Le col est notamment un point cycliste connu dans le Cantal, souvent classé col de 2ᵉ catégorie selon les profils cyclistes. Plusieurs versants sont possibles :
C’est notamment la plus courte connexion cyclable entre Aurillac et Murat (car les vélos ne peuvent pas emprunter le tunnel du Lioran), ce qui en fait un passage stratégique même si moins célèbre que d’autres cols.
« Le col de Cère est situé dans une vaste zone montagneuse du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne, entouré de sommets volcaniques comme le Plomb du Cantal (le plus haut du massif) et de paysages très naturels.
Il se situe également entre la vallée de la Cère et la vallée de l’Alagnon, deux vallées emblématiques du Cantal qui descendent vers la Dordogne et la vallée de l’Alagnon.
La région est connue pour ses panoramas volcaniques, ses pâturages d’altitude, ses forêts, et également les gorges du Pas de Cère, impressionnantes et accessibles pour une promenade nature. ».
Le col de Cère est aussi un carrefour pour les randonneurs : il se trouve à proximité ou sur plusieurs GR comme les itinéraires du GR 4 ou du GR 400, le tour complet des Monts du Cantal.
Le col de Cère, bien qu’il se situe près de la station de ski du Lioran/Super Lioran, n’est pas en soi un centre d’activités skiables à proprement parler, c’est plutôt la route d’accès, car il n’y a aucun équipement au col. Cependant, la région autour et la station permettent neige et sports d’hiver en saison.
Nous prenons notre photo habituelle au panneau du col et nous descendons la D67 pour retrouver la N122.
Il y a de beaux virages avant d’y arriver…
De la D67 on aperçoit une entrée/sortie d’un des anciens tunnels du Lioran.
Mais aujourd’hui nous ne nous en approcherons pas car nous avons prévu d’y revenir et de les découvrir dans le détail.
Idem pour le viaduc ferroviaire alliant pierre et fer qui est complétement caché par la végétation aujourd’hui.
Nous irons le voir une fois prochaine.
Nous poursuivons la N122 et après Thiézac nous traversons Vic sur Cère.
Nous connaissons ce village et nous apercevons de la route le Grand Hôtel de la Compagnie d’Orléans, qui n’existe plus en tant qu’hôtel.
“ En 1898, vingt ans après l'arrivée du chemin de fer, la Compagnie des Chemins de Fer de Paris à Orléans inaugure le "Grand-Hôtel" de Vic-sur-Cère - modeste station thermale en cours de rénovation par l'entreprenant Antoine Fayet maire de 1896 à 1909 - desservie par voitures directes depuis Paris.
La publicité est abondante : affiches, brochures à l'image de "L'Orléans à toute Vapeur" publié en 1908 décrivant "dans la vallée de la Cère paysage d'idylle dans le cadre de montagnes, la station thermale de Vic-sur-Cère est le rendez-vous favori des touristes, surtout depuis que la Compagnie d'Orléans y a construit un grand hôtel qui est le modèle du genre".
Il est à noter une mosaïque représentant le site vicois en gare de Tours contemporaine du "Grand-Hôtel" (1896-1898).
Dans son édition du service d'hiver 1903-1904, le Livret-Guide officiel des Chemins de Fer d'Orléans précise que l'hôtel ouvert du 1er juin au 5 octobre de chaque année "est situé dans un parc clos et boisé de cinq hectares à côté d'une forêt. Altitude 750 mètres au-dessus du niveau de la mer. À cinq minutes à pied de la station de Vic-sur-Cère. Omnibus à tous les trains. Voisin de l'établissement hydrothérapique et de la source minérale. Voisin d'un casino avec troupe d'opérette et de comédie jouant pendant la saison. Éclairage électrique dans toutes les chambres. Ascenseur. Grande salle à manger de 100 couverts. Restaurant. Billard. Grande véranda fermée de 40 mètres de longueur. Distribution à tous les étages d'eau potable reconnue d'une pureté exceptionnelle par l'Institut Pasteur. 55 chambres à un et deux lits. Balcons. Belle vue sur la Vallée de la Cère et sur la montagne. Jeu de lawn-tennis. Bains dans l'hôtel. Boîte aux lettres dans l'hôtel. Télégraphe à la station et à la ville. Location de voitures pour excursions."
La relation par train de nuit de Paris-Quai d'Orsay à Vic-sur-Cère s'effectuait en 14 heures 35.
Après le premier Conflit mondial, la référence au Grand-Hôtel disparaît progressivement des supports publicitaires du P.O. qui ne présentent plus que les cinq stations thermales auvergnates de La Bourboule "la reine de l'arsenic et le paradis des enfants", du Mont-Dore "providence des asthmatiques", de Saint-Nectaire, de Royat-les-Bains "bienfaisance des cardiaques" et de Châtelguyon "capitale du ventre".
En 1937, le domaine est cédé à la compagnie d'assurances La Séquanaise puis, en 1946, il devient une maison de repos et de convalescence de la Sécurité Sociale (Centre médical Docteur Maurice Delort).
À la sortie du village nous apercevons une jolie Morgan rouge. Nous continuons la route et traversons Pesteils, puis Giou de Manou, dont le nom nous intrigue.
C’est un nom d’origine médiévale et occitane
Le nom Giou de Mamou est typique de la toponymie rurale du Cantal, fortement marquée par l’occitan auvergnat et par les usages médiévaux. Il se décompose très clairement en deux éléments distincts :
Le terme Giou est ancien et se retrouve ailleurs dans le Massif central sous des formes proches (Jou, Giu, Gioux).
Hypothèses les plus probables :
Giou pourrait dériver d’un nom de personne latin (par exemple Gaius ou Jovis dans certaines formes évoluées), indiquant à l’origine un domaine rural.
un lien avec une source, un ruisseau ou un terrain humide, très courant dans la toponymie cantalienne.
Dans tous les cas, Giou désigne le lieu lui-même, probablement occupé très tôt.
Le second élément « de Mamou » est beaucoup plus clair.
Manou est un nom de personne, très probablement :
La construction « X de Y » est typique du Moyen Âge :
Cela permettait de distinguer ce Giou d’un autre, surtout si le nom Giou était répandu localement.
Sens global du nom
Giou de Manou signifie donc très probablement :
« le lieu (ou domaine) appelé Giou, appartenant ou associé à un certain Mamou »
C’est un nom de hameau agricole, formé entre l’Antiquité tardive et le bas Moyen Âge, comme une grande partie de la micro-toponymie du Cantal.
Ce type de nom est extrêmement courant dans le département :
Les graphies ont souvent varié au fil des siècles avant de se fixer définitivement au XIXème siècle.
Un important dernier point : les habitants de Giou-de-Mamou seraient appelés les Mamousaurres (féminin) et les Mamousaures (masculin).
Sur cette savante étude nous clôturons l’épisode et la journée car nous sommes arrivés à Aurillac !
… Demain encore de belles routes au programme…