Nous avons évoqué dans l’article précédent les modifications apportées à la D28, ici, pour la N120 une partie a carrément disparue sous les eaux et le reste a été considérablement modifié.
Nous reviendrons sur les transformations de la N120, devenue D920, lors de notre entrée à Espalion…
Au niveau où nous arrivons un important changement a eu lieu à la fin des années 1950 autour d'une jolie chapelle dont la route de desserte est passée du sud-est au nord-ouest.
Mais si elle a été épargnée par la montée des eaux, nous allons y revenir, elle ne l’a pas été par l’importante surélévation de la nouvelle route…
Elle est là certainement depuis plus de 1 000 ans…
Actuellement pratiquement invisible de la route, mais, prévenu par un panneau, on l’aperçoit à peine, seul son petit clocher de pierres émerge de la végétation…
Cette chapelle est là depuis longtemps mais la route pour y accéder a bien changée…
Aujourd’hui nous roulons sur la D920, route agréable au bon revêtement qui suit parallèlement le cours du Lot.
Ces gorges façonnées par le Lot, entre Estaing et Entraygues sur Truyère sont vraiment superbes.
Cette route est très récente, contemporaine de la construction du barrage de Golinhac, 1957–1960, malheureusement elle a vraiment négligé l’accès à cette pauvre chapelle…
Mais celle-ci a eu beaucoup de chance et a évité la noyade… Peut-être a-t-elle bénéficiée d’une intervention divine ?
L’origine de cette chapelle est assez obscure. Ce serait une « Chapelle appelée la “Dommerie” de Cadamarans, ou de Camarans, un des sept ermitages du Diocèse. Le Prieuré du Nayrac le fit construire vers l’an 1000 sur les bords du Lot. ».
La chapelle était consacrée à Saint Laurent.
Saint Laurent était un diacre du Pape Sixte II qui fut martyrisé, brulé vif sur un grill, vers 258, à la suite de l’édit de l’empereur Valérien condamnant à mort le pape, tous les évêques, tous les prêtres et tous les diacres…
Revenons à la chapelle. Il est rapporté que « Le 12 juin 1731, à l'issue d'une grande cérémonie, les reliques qui y étaient déposées furent ramenées à l'Eglise du Nayrac. ».
La révolution passa peut-être par là et son état se dégrada. Elle fut achetée par une certaine famille Bousquet, puis vendue à nouveau à un notaire, Maître Galtier.
Ensuite c’est EDF qui l’acheta et qui finalement en transféra la propriété à la commune de Le Nayrac.
En effet, la chapelle est sur son territoire à 20 mètres près !
Tout simplement parce que c’était le maitre d’ouvrage pour la construction du barrage de Golinhac, l’un des derniers barrages réalisés en France.
Nous n’avons pas trouvé beaucoup d’information sur la genèse de ce projet de barrage ainsi que sur sa construction.
Il semblerait que contrairement à d’autres sites les négociations foncières se passèrent en douceur...
EDF s’est certainement rendu propriétaire de tous les terrains se trouvant sur l’emprise estimée du réservoir d’eau créé par le barrage.
Il faut dire que très peu de monde était concerné et il n’y eu que quelques maisons ennoyées…
Mais nous reviendrons sur les maisons disparues dans un autre article, celui de la Baraque de Brunet…
Donc le barrage de Golinhac fut construit entre 1957 et 1960 par EDF.
« Cet ouvrage‐poids en béton de 35 m de haut retient un lac de 5,1 M m³ sur 6 km, alimentant une centrale de 3 turbines Francis (45,3 MW, 145 GWh/an).
Idéalement situé sur le Lot, il incarne l’énergie renouvelable locale et le patrimoine industriel. ».
La centrale de production est assez discrète car c’est une conduite forcée assez profondément enterrée qui lui amène l’eau motrice 4 km plus bas.
Donc le barrage va être construit et le niveau d’eau va monter, pour finir le lac frôlerait les 30 mètres de profondeur…
La route de l’époque, la N120, va être ennoyée, d’où l’obligation d’en construire une nouvelle quelques mètres plus haut.
La chapelle desservie par le sud voit donc sa route passer sous l’eau…
La nouvelle route est réalisée quelques mètres plus en hauteur, au nord de la chapelle. Ce qui fait qu’aujourd’hui on n’aperçoit plus que le petit clocher en circulant sur la D920…
Visiter cette petite chapelle oblige à une certaine organisation car elle est fermée. Fermée mais pas abandonnée.
Des habitants de la vallée du Lot l’entretiennent, et certains l’embellissent. Des plantations, des peintures et d’autres œuvres d’art y sont installées.
Malheureusement il faut s’organiser un peu et ce n’est pas notre spécialité !
Nous laissons beaucoup de place à l’improvisation…
Donc nous allons continuer notre route et poursuivre notre découverte de ces gorges du Lot…
Mais auparavant voici une légende qui est rattachée à cette jolie chapelle…
"Le seigneur d'Estaing, très lié avec le seigneur de Vallon, veuf et père d’un jeune fils, avait lui une fille.
Contraint de partir à la guerre, le seigneur de Vallon confia son fils et le domestique de celui-ci à son ami le seigneur d'Estaing.
Les deux enfants jouèrent et grandirent ensemble puis s’aimèrent.
Or, le seigneur d'Estaing projetait de marier sa fille à un puissant seigneur du voisinage, le baron de Thénières, un homme dur et violent.
La jeune fille n'éprouvait au contraire que l'aversion pour celui que son père lui destinait.
Le baron de Thénières, comprenant que le cœur de la jeune fille était déjà pris, incita le seigneur d'Estaing à renvoyer, chez lui, à Vallon, le jeune compagnon de sa fille.
Les jeunes gens, en se séparant, jurèrent de se revoir.
Au jour fixé, une lumière placée en haut de la grande tour indiquerait qu'il n'y avait point de danger.
L'indiscrétion d'une servante mit le baron de Thénières au courant qui paya six vauriens très largement, et firent par une nuit très obscure abattre l'arche principale du pont qui reliait Estaing à la rive gauche.
Dans la nuit, le jeune homme ne vît pas l'abîme, qui s'ouvrait à la place du pont et se noya dans le gouffre.
Son serviteur ne le voyant pas revenir alla le lendemain à sa rencontre et voyant le pont brisé, comprit qu'il était sans doute tombé et alerta le seigneur d'Estaing et toute la population.
On chercha le long de la rivière le corps du jeune homme que l’on aperçut en face du chemin de Montaigut.
Avec une petite barque, que l'on appelle dans le pays un nego-fouol, on réussit à ramener le corps.
Pendant ce temps-là, une brève enquête, révéla le nom du coupable, le baron de Thénières.
A la demande de la jeune fille, le seigneur d'Estaing fit ensevelir le jeune homme au lieu où on l'avait sorti du Lot et il fit construire au-dessus de la tombe une chapelle, et à côté un logement pour un ermite dont la mission serait de prier pour le défunt et les deux familles d'Estaing et de Vallon.
Cette chapelle est appelée depuis La Capelo del Douol, la chapelle du deuil.
La jeune fille ne tarda pas à suivre son compagnon dans la tombe.
Le jour anniversaire de la mort des deux amants « disent les pêcheurs d'Estaing, une légère nuée semblable à un brouillard s'élève au-dessus de la grande tour du château et prend peu à peu la forme d'une femme aux longs vêtements blancs, les mains jointes élevées vers le ciel et l'on entend par trois fois le cri parfaitement distinct :
Douol !... Douol !... Douol !...
Et tout disparaît. »."
Texte d'après Pons d'Hauterive, disponible sur le site internet de la mairie de Le Nayrac.
Triste histoire que certains interprètent comme un signe de malédiction…
Il se serait produit plusieurs accidents sur la route jouxtant la chapelle… Parfois, moindre mal, simplement des crevaisons de pneumatiques…
Pour nous aucun problème…
Simplement le regret de ne pas avoir vu plus en détail cette chapelle…
Mais nous y reviendrons…
Pour l’instant nous continuons les gorges du Lot sur la D920 et d'autres surprises nous attendent...