Le panneau lui est resté à sa place d’origine mais son cartouche a certainement été modifié car il indique D986, or cette désignation n’a eu lieu qu’en 1972.
Aujourd’hui positionné en parallèle à la D1, une route très très peu fréquentée il est devenu quasiment invisible…
Mais vous pouvez en voir une photo sur Google exactement ici : 43.843584, 3.739902
Au départ il était sur la N586 et il indiquait la direction de Montpellier au débouché d’un virage de cette Nationale 586.
Puis en 1972 cette N586, Nationale, est devenue la D986, Départementale, et son tracé a été considérablement modifié et des virages ont même complétement disparu !
D’ailleurs c’est le cas du virage immédiatement au nord de ce panneau car il est devenu une portion de route « privatisée » y compris son panneau de col Michelin, celui du col de la Cardonille.
Voir la fin de cet article et surtout cet article dédié en suivant le lien :
https://z4du34.com/2024/10/le-col-de-la-cardonille-le-col-privatise.html
Mais entrons dans le détail …
Commençons par quelques grandes lignes sur la N586 ou maintenant D986 que nous allons développer.
1. Chemins ancestraux, très liés au pastoralisme cévenol
2. Route départementale napoléonienne, au début du XIXème siècle
3. Route forestière et scientifique, notamment avec le réaménagement de l’Aigoual au XIXème siècle
4. Route nationale RN586 vers 1933
5. Route départementale modernisée, renommée D986 depuis 1972
6. Axe périurbain, dans sa partie sud, et route touristique, dans sa partie nord, aujourd’hui
C’est un excellent exemple de route française qui a évolué sans jamais changer de fonction fondamentale : relier la montagne cévenole à Montpellier et à la mer, tout en s’adaptant aux besoins de chaque époque.
La route nationale 586, ou RN586 reliait Balsièges (RN107, actuelle RN106) à Palavas-les-Flots, au bord de la mer Méditerranée, à travers le cœur des Cévennes.
Un panneau au cartouche N586 existe toujours à l’entrée de Palavas les Flots…
Avant d’être une route, l’axe correspondait à un réseau de chemins muletiers reliant les Cévennes à la plaine montpelliéraine.
Ces chemins servaient aux bergers, charbonniers et échanges locaux.
Dans les zones escarpées, notamment les gorges de l’Hérault et le secteur de l’Aigoual, ils suivaient le relief, souvent en surplomb ou en lacets.
Ce n’est donc pas une création « ex nihilo » : la D986 reprend un corridor de circulation très ancien.
Une première structuration administrative intervient en 1813, l’axe devient la route départementale n°1 entre Montpellier et Ganges.
Elle dérive d’un projet d’axe impérial Paris–Sète, mais secondaire.
Petite parenthèse sur une partie de cette route que nous aimons beaucoup parcourir, le secteur du Mont Aigoual, et son rôle décisif lors du reboisement des Cévennes.
En effet, à partir de 1859, de grands travaux forestiers pour lutter contre l’érosion entraînent la construction de routes forestières.
La montée vers le Mont Aigoual est aménagée pour :
Entre 1887 et 1894, la route est prolongée pour construire l’observatoire du Mont Aigoual.
À la fin du XIXème siècle, on a déjà une véritable route de montagne carrossable, mais encore sinueuse et étroite.
En 1933, l’itinéraire devient la route nationale 586 (RN586) reliant Mende à Montpellier puis Palavas.
Elle est constituée à partir de divers chemins et routes locales dans chaque département.
Transformations majeures :
On passe d’une route utilitaire locale à un axe interrégional structurant.
En 1972, la RN586 est déclassée en route départementale D986 car le trafic est jugé insuffisant pour une nationale.
Mais paradoxalement, c’est à partir de là que la route est fortement modernisée avec des rectifications importantes dans les années 1970–1980 :
Résultat : une route plus rapide, plus rectiligne, adaptée à la circulation moderne.
Autour de Montpellier : une voie rapide
Mise en 2×2 voies progressive au nord et au sud de la ville.
Déviations de Saint-Gély-du-Fesc et de Saint-Martin-de-Londres
Création d’échangeurs et contournements dans les années 1980–1990
La D986 devient même un axe structurant du périurbain montpelliérain, jusqu’à 28 000 véhicules/jour sur certains tronçons.
Développement des connexions avec le réseau, par exemple la jonction avec le LIEN en 2008.
Améliorations de sécurité et rénovation régulière.
Depuis 2017, une partie est devenue route métropolitaine M986 dans Montpellier.
On observe une fragmentation de la gestion : département, métropole, différentes logiques d’aménagement…
Sa situation actuelle est donc liée aux travaux sur la D986 autour du col de la Cardonille.
La réalisation des travaux qui ont donné le tracé actuel autour du col datent très précisément de la période 1976–1981, avec un point clé en décembre 1979 avec la mise en service du nouveau tracé rectifié au col de la Cardonille.
Ce chantier fait partie d’un programme global de modernisation de l’ancienne RN586 après son déclassement.
Sur environ 3 km avant et 3 km après le col (côté Saint-Martin-de-Londres / Saint-Bauzille-de-Putois) :
C’est ce que nous voyons aujourd’hui, des anciens virages en contrebas ou en balcon, et parfois même des restes de marquage et notre panneau !
L’ensemble des améliorations du secteur est achevé vers 1981–1988
Donc pour résumer :
1976–1979 : travaux lourds
décembre 1979 : basculement sur le nouveau tracé
années 1980 : finitions / élargissements
Le virage de la N586 et le panneau qui marquait l’intersection avec la D1 a été lui aussi victime de la rectification du tracé.
La route au nord du panneau a disparu sous la végétation, son accès est impossible car un épais talus de gravats y a été placé pour interdire son accès.
En revanche, et c’est ce qui a sauvé « notre » panneau, c’est que la D1 existe toujours, elle dessert la carrière plateforme Valormat puis le village de Brissac en passant par le joli, mais étroit pont de Saint Étienne d’Issensac.
Il est invisible pour les automobilistes car parallèle à la route.
On n’a vraiment pas le temps d’en lire les informations en y passant devant…
Mais il est toujours là, portant fièrement ses 72 ans !
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… Et des 3 kilomètres de l’ancienne N586 qui l’accompagnent.
J’ai évoqué dans un précédent article cliquez ici une « privatisation » mais ce n’est pas une privatisation au sens juridique strict d’une vente classique — c’est un déclassement puis une réaffectation.
Étape 1 — Abandon de l’ancien tracé (années 1979–1980)
L’ancien passage du col par la RN586 historique devient un délaissé routier après la mise en service du nouveau tracé.
Il sort progressivement du domaine routier actif, il reste accessible mais peu entretenu,
Il est seulement utilisé ponctuellement, promeneurs, locaux, motards...
Étape 2 — Transformation en site fermé / dédié (voir notre article concernant le col de la Cardonille)
Le site est réhabilité et aménagé officiellement avec une inauguration le 12 mai 2023.
Nouvelle fonction :
Le projet parlait d’un « délaissé de route de 3 km [...] aménagé en espace pédagogique ».
N'hésitez pas à aller voir les photos dans l'article.