Pau étant éloigné de Montpellier pour faire le trajet d’un coup, nous allons nous en rapprocher en cette première journée. Nous avons programmé 9 cols et 2 gorges et cette « route des tunnels » …
Nous avons découpé cette journée en 6 épisodes.
Voici l’épisode 6, le dernier de la journée, 400 km démarrés sous le soleil mais qui se terminent sous la pluie !
Après les gorges de l’Arac, la « vallée perdue » nous voilà à un rond-point « encadré » par un tunnel, caché par la végétation, et un pont.
Le secteur se nomme Kercabanac, et s’écrit de plusieurs manières suivant les périodes et les cartes routières : Kercabanak, Quercabanac, Kercabanac, …
Nous avons exposé dans les premières photos l’histoire de ce secteur, histoire routière et ferroviaire !
Ce rond-point marque l’entrée des gorges de Ribaouto qui sont appelées également les gorges de la Ribaute
Les gorges du Ribaouto sont donc des gorges quasi inhabitées en limite ouest du massif de l'Arize dans les Pyrénées, où coule la rivière Salat, un affluent de la Garonne, entre le lieu-dit Quercabanac et Lacourt.
Ribaute et Ribaouto signifient « rives hautes » pour évoquer un lieu raviné ou abrupt en occitan local.
Ces gorges sont plus étroites et sauvages que les grandes vallées voisines.
Ces gorges et leurs routes ont une histoire assez particulière
La communication entre Saint-Girons et les vallées du haut-Salat et de l'Arac débouchant sur Massat a été pendant longtemps difficile.
Avant l'ouverture du petit tunnel situé au confluent du Salat et de l'Arac existait un sentier passant au milieu de rochers et surplombant un précipice au-dessus du Salat.
Ce lieu appelé passage des Rispes Hautes était naturellement adapté aux agressions. Il était fréquent de s'y faire dépouiller de ses biens. De nombreux brigands se cachaient derrière les rochers afin d'agresser les voyageurs. Le défilé de la Ribaute avait à l'époque mauvaise réputation.
Pour aller en Haut-Salat, il était préférable de le quitter au plus vite pour passer par la vallée de la rivière d'Alos ou celle de Laspieng (sur la commune de Soueix-Rogalle) qui débouche au niveau des trois arches visibles entre Kercabanac et Lacourt.
Avant la construction du passage de Kercabanac c'était le meilleur chemin pour rejoindre Sentenac et Rogalle. Pour Soulan ou Massat, on partait de la rive droite du Salat sur les pentes des gorges de la Ribaute, plus précisément sur les flancs du cap des Espinassières.
Exposé au soleil et seul accès à Soulan jusqu'au dernier quart du XVIIIème siècle, ce chemin existe encore jusqu'à Ardichen, hameau de Soulan, en passant par Araux, commune d'Erp. Araux détenait une importante mine de fer qui fut fermée en 1908 du fait des travaux de la ligne de chemin de fer. En revanche, le chemin se révélait dangereux en période de gel et de neige vu son étroitesse et l'importance de la pente surplombant le défilé. Il était très fréquenté car il traversait l'importante seigneurie de Soulan et Massat, bourg très peuplé, qui exportait du minerai de ses mines vers les forges de Lacourt et Saint-Girons.
Pour enfin traverser facilement les Pyrénées centrales, le projet d’une ligne ferroviaire internationale de Saint-Girons à Lérida est déclaré d’utilité publique le 22 août 1881, mais aucune avancée ne se produit durant 20 ans. Le député de l’Ariège et ministre des Affaires étrangères Théophile Delcassé impose en 1904 une ligne par la vallée de l’Ariège avec le percement du tunnel ferroviaire du Puymorens.
Le projet transpyrénéen central par un tunnel à Salau n’est certes pas abandonné à cette date : des échéances sur dix ans sont même fixées, toujours en 1904, entre les deux pays. L’Espagne ouvre la section de Lérida à Balaguer en 1924 ; cette ligne est même prolongée jusqu’à La Pobla de Segur en 1951.
En France, la plate-forme de la ligne est réalisée sur 17 km jusqu’à Oust, six tunnels sont percés dont quatre dans les gorges de la Ribaute, le plus grand mesurant 325 m, mais jamais la voie n'est posée au-delà de la desserte technique d’une carrière à Lacourt, elle-même abandonnée en 1954. Un pont cintré traverse l’Arac à Kercabanac.
Le projet ferroviaire stoppé après les travaux de plate-forme est définitivement abandonné en 1933.
Afin de désenclaver le Couserans vers le sud, le projet d’un tunnel routier sous le port de Salau est maintes fois défendu jusqu'aux années 1990 sans qu’aucun financement ne vienne le concrétiser.
Dans les gorges, la plate-forme est utilisée en voie routière à sens unique en rive droite c’est la D3.
Donc depuis juin 2020 la D3 est une route en sens unique de Kercabanac à Lacourt, et elle est surnommée « route des tunnels ».
Elle contribue à alléger la circulation sur la RD618 en rive gauche.
Le tunnel de Kercabanac existe toujours, il se trouve de l’autre côté du rond-point qui lui donne sur le pont de Kercabanac, le début de la D3.
Mais le tunnel est abandonné et ses entrées et/ou sorties ne sont pas très visibles.
Il faut souligner que le secteur est fragile géologiquement.
En février 2026, un important éboulement a coupé la RD618 entre Lacourt et Kercabanac.
La « route des tunnels » a alors servi d’itinéraire de déviation principal.
Il y a aussi régulièrement des travaux de sécurisation des falaises et des ouvrages, car la zone est sujette aux chutes de pierres depuis longtemps.
Cette route et ces tunnels sont devenus un petit patrimoine local du Couserans. On y organise parfois des événements piétons ou culturels, et certains habitants aimeraient voir l’ancienne voie transformée un jour en véritable voie verte.
Nous choisissons donc de prendre la rive gauche du Salat, celle en face de la D618, donc cette fameuse D3 « route des tunnels ».
Cette route rappelle énormément la D200 dans l’Aveyron et la D172 dans le Tarn qui elles aussi sont issues de plateformes ferroviaires jamais utilisées…
Vous retrouverez nos articles dans ce blog, notamment celui-ci :
https://z4du34.com/2024/08/la-stressante-d200-une-voie-ferree-transformee-en-route.html
Nous arrivons à l’intersection avec la D33 que nous remontons un peu jusqu’ à l’aire de covoiturage du Pont du Nert à Encourtiech.
L’idée est de patienter un peu dans la voiture mais la pluie ne faiblit pas…
Nous repartons sous la pluie mais nous reviendrons sous le soleil…
Nous prenons la D117 que nous retrouvons, elle vient de Foix beaucoup plus directement que nous !
Nous traversons Saint Girons et Saint Lizier, vu le temps nous ne nous arrêtons pas.
Nous allons maintenant directement dans la direction de Montsaunes pour gagner Labarthe Inard.
Nous passons devant une église.
C’est une église du XVIIIème siècle édifiée sur la commune de Caumont.
L'église date de la fin du XVIIIe siècle, en 1778.
Elle est à simple nef avec un clocher original en forme de bulbe couvert en ardoises écailles, le seul en Ariège avec celui de l'église Saint-Étienne du Mas-d'Azil. Le cimetière est attenant.
Elle se trouve à 358 mètres d'altitude, au centre du village, près de la RD 117.
Nous apercevons plus loin un château.
Dans le Couserans mais en limite du Comminges, le château de Prat se situe en position dominante au nord du village sur un piton rocheux d'ophite, à 380 mètres de haut.
Au confluent du Salat et de la Gouarège, il fut l’avant-poste de défense de la vallée en position de vigie sur cet axe de passage majeur depuis l’antiquité (trace de voie romaine), ce qui laisse à penser qu'à l'origine, le site était un oppidum romain, comme semble l’attester une cour intérieure dont le sol est recouvert de mosaïques romaines…
Depuis sa construction vers 1 100 il connut de multiples propriétaires.
Finalement, en 1907, le château devient la propriété des comtes d'Avancourt qui le laisseront plus ou moins se dégrader par manque de moyens.
A la fin du XXe et début du XXIe siècle, il change de propriétaire de temps à autre.
C’est une propriété privée qui ne se visite pas.
Nous quittons la D117 à Manne pour la D21 afin de faire un passage à Montespan, où se trouvent les ruines d’un autre château qui mérite quelques mots…
Ce sera pour l’épisode de demain !
Nous poursuivons notre route en prenant la N88, nous franchissons la Garonne et arrivons enfin à Labarthe-Inard où se trouve notre hôtel.
Le temps se remet au beau, la pluie cesse, cela augure bien pour le lendemain…
Le nom de ce petit village de 900 habitants environ est curieux. Le gentilé est Inardais.
Il a existé au Moyen Âge une famille de La Barthe. Parmi les représentants successifs de cette famille de la branche des seigneurs de La Barthe-Ynard on compte plusieurs personnalités.
Labarthe doit provenir du mot ancien bart ou barth ce qui signifie marécage et même boue en liaison avec les sources. Le nom Inard a été ajouté au Moyen Âge…
La carte de Cassini montre qu'au milieu du XVIIIème siècle, Labarthe-Inard était une paroisse située sur la rive droite de la Garonne.
Le terroir du village, délimité au nord par la rivière Le Soumès et au sud par la Garonne, est traversé d'est en ouest par le chemin de St-Gaudens à St-Martory, aujourd'hui la D117.
Nous traversons la ville, puis justement la D117 et notre hôtel est juste en face !