Nous quittons donc notre jolie forêt et cheminons sur l’ancienne N120.
Nous rattrapons bien vite la D920 au niveau d’une petite zone d’activités.
La D920 quasi flambant neuve jouxte le vieux goudron de sa version antérieure où nous sommes.
Pour quitter les Quatre Routes et descendre vers Espalion il y a maintenant 2 solutions :
Commençons par un ancien article de La Dépêche du Midi.
« C'est en mai 1983, compte tenu du passage de quelques 5 500 véhicules jour route de Rodez, que le département décidait d'aménager la D 120 entre les Quatre-Routes jusqu'à l'entrée d'Espalion. Un an plus tard, les usagers disposaient d'une route élargie (10 m et chaussée de 7 m) moins sinueuse, raccourcie de 500 m mais plus pentue.
Un bien pour un mal ?
Vitesse, surcharge, surchauffe des freins et cette portion de route jusque-là sans accident notoire va devenir dangereuse.
Et ce sera le drame du 29 décembre 1987. Un 38 tonnes chargé de barres métalliques, dont les freins ont lâché, balaie le bas de l'avenue de Calmont, écrasant plusieurs voitures pour s'encastrer dans la maison au tournant juste avant la place Saint-Georges.
Bilan : 2 morts, 2 blessés graves. Après cet accident, des mesures sont prises (panneaux, glissières, lit d'arrêt d'urgence…).
Mais d'autres accidents surviennent. Les riverains ont peur de ces camions fous véritables bombes roulantes, réunions et pétitions suivent. La rectification des entrées de ville (y compris la descente de Laguiole) transformant la route en un toboggan dangereux (3 morts), le département étudie un projet de contournement réclamé par des riverains qui ont peur au quotidien. ».
… Mais ce n’est pas simple… Il faut satisfaire tout le monde et se plier aux contraintes techniques/budgétaires…
… La polémique enfle, le temps passe.
« Et ce en dépit d'une vingtaine d'accidents recensés pour la seule période entre 1987 et 1993. Les élus maintiennent leur choix, le département n'est pas convaincu, les positions restent figées et les crédits votés sont finalement utilisés ailleurs. Et il faudra attendre encore plus de 30 ans pour que le contournement devienne réalité. ».
Le projet devient enfin plus concret, voici un extrait d’un article de Claude Gil publié en septembre 2017.
« La déviation d'Espalion devrait être opérationnelle fin 2018 ou début 2019. Ce sera la concrétisation d'un projet vieux de 30 ans qui a fait couler beaucoup d'encre et de salive.
Fin 2018, plus vraisemblablement début 2019, le contournement d'Espalion sera terminé et ouvert au trafic. Ainsi, par une voie de 3,850 km à 7,35 % de pente maximum, trois créneaux de dépassement (deux en montée, un en descente), depuis les Quatre-Routes, on contournera Espalion par l'ouest pour traverser le Lot à la hauteur de la zone artisanale de La Bouysse.
Débutée en février 2014, la réalisation de cet axe aura donc duré un peu plus de quatre ans, nécessitant des travaux titanesques estimés (au départ) à 25 millions d'euros pour contraindre le relief à se plier au projet. Des ravins à combler, des talus à créer, des ponts à lancer, cette réalisation l'aura modifié si profondément que le paysage sera tout à fait différent de l'original et devrait transformer également la circulation aux abords et à l'intérieur de la « cité des Peintres ». ».
Et enfin le dénouement arrive avec la fin des travaux.
Un article de La Dépêche du Midi du 6 décembre 2018.
« Le contournement d'Espalion par l'ouest est devenu réalité. Ces travaux du contournement par l'ouest avaient débuté au premier trimestre 2014 et les prévisions tablaient sur des travaux terminés fin 2017 (sauf imprévu).
Finalement, l'inauguration et la mise en circulation auront lieu ce vendredi 14 décembre. C'est donc avec près d'une année de retard, en raison d'imprévus et notamment de périodes pluvieuses, que ce contournement attendu depuis trente ans devient effectif.
Inauguration le 14 décembre
Plusieurs étapes ont jalonné cette réalisation, la première en décembre 2016 avec l'ouverture du pont indispensable au contournement. Ont suivi les travaux d'aménagement en trois phases d'ouvrages d'art, terrassements généraux, travaux des chaussées puis de finition.
Ce contournement (coût total estimé au départ à 25 millions d'euros) offre une déviation longue de 3 850 m entre Les Quatre-Routes et le Lot qui dévale avec trois créneaux de dépassement jusqu'au troisième pont d'Espalion.
Ce qui est sûr, avec 4 000 véhicules, la moitié des passages actuels de voitures et l'interdiction totale de la traversée de la ville aux poids lourds, l'opération sécurité devrait être davantage assurée, tandis que le contournement servira mieux la desserte de l'ouest du nord Aveyron.
Reste à mettre en place des mesures de circulation pour l'entrée à Espalion, soit par la route de Saint-Pierre soit par la route d'Estaing.
À noter que ce chantier aura dû respecter les mesures en faveur du développement durable (mares pour les amphibiens, gîtes pour les chauves-souris, zone pour la reproduction de l'alouette lulu, fossés de décantation, abattage des arbres dans les règles…). ».
Pas simple de réaliser des travaux d’une telle ampleur de nos jours…
Mais le résultat est de grande qualité même si quelques Espalionnais regrettent l'absence de rond-point au départ de la route au lieu-dit des Quatre-Routes.
Nous avons préféré la vieille version et traverser Espalion.
C’est une petite ville avec aujourd’hui un peu plus de 6 000 habitants.
Nous n’avons fait que la traverser mais il est certain que nous y reviendrons car elle semble riche en monuments à voir.
En effet, le patrimoine architectural de la commune est vaste et comprend plusieurs immeubles protégés au titre des monuments historiques.
Notre prochaine visite aura un programme bien chargé !
Par contre pour l’hôtel il faudra aviser car l’institution locale « l’un des plus beaux fleurons espalionnais et aveyronnais » n’existe plus… Voir plus bas dans l’article.
Donc planté dans une campagne fertile, l'adage « Espalion, premier sourire du midi » se comprend surtout pour le pèlerin venu du nord par d'austères chemins.
Sur les rives du Lot s'alignent les façades des maisons pittoresques aux balcons de bois en encorbellement et toits pentus. Ce sont d'anciennes tanneries, les « calquières », dont les larges pierres en degrés, appelées « gandouliers », formant saillie plongent dans la rivière Lot (Òlt en occitan). Sur ces pierres, disposées en escalier, on pouvait tanner les peaux au niveau de la rivière, différent selon les saisons. Cette industrie était prospère, maintenue jusqu'à la Première Guerre Mondiale…
Continuant sur la D920, qui devient boulevard urbain, nous traversons la ville. Nous passons devant certains des monuments évoqués plus haut.
Et nous arrivons au bout du boulevard de Guizard, là où la D920 se transforme en avenue d’Estaing et rencontre la D921, sous son nom d’avenue de Laguiole.
Mais ce n’est pas (que) la route que nous regardons mais un immeuble assez extraordinaire…
Nous avons cherché à mieux connaitre ce bâtiment qui était un hôtel, nous avons trouvé d’autres hôtels mais le Grand Hôtel Moderne est le seul qui figurait dans l’édition 1937 du Guide de Route du Touring Club de France que nous possédons.
Pour en parler nous n’avons pas trouvé mieux qu’un article de Claude Gril paru dans la Dépêche du Midi en 2013.
« Avec la fermeture de l’hôtel Le Moderne et du restaurant L’eau vive, Espalion perd un pan de son patrimoine mais aussi neuf emplois.
Dimanche dernier, l’hôtel Moderne et le restaurant L’Eau vive ont fermé leurs portes, comme chaque début novembre. Mais à l’inverse des autres années, il n’y aura pas de réouverture en décembre.
Cette année 2013 met un terme à cette maison, véritable institution appartenant au patrimoine d’Espalion et qui aurait fêté ses deux cents ans d’existence en 2024.
Victime de la concurrence outrancière d’une hôtellerie rapportée, de la crise économique mais aussi des directives draconiennes pour mettre le bâtiment aux normes européennes, la sauvegarde d’un établissement qui n’a bénéficié d’aucun soutien en dehors de celui de la famille Raulhac s’investissant financièrement et affectivement sans compter.
Aurait-il pu être sauvé ?
Peut-être avec d’autres orientations : projet immobilier reprenant cet hôtel de 75 chambres grâce aux possibilités d’une vaste construction et de ces espaces. Et le restaurant L’Eau vive à la renommée bien assise aurait lui aussi pu continuer.
C’est en 1824 que la famille Mirabel ouvrait une auberge à l’angle de la route d’Estaing. Au début du XXème siècle, à la suite du mariage d’une des filles, naissait l’hôtel-restaurant Berthier.
Dans les années 1930, une série de travaux (sur des dessins de Numa Ayrinhac, le célèbre peintre-architecte-artiste franco-argentin) transformait l’établissement dans sa forme actuelle côté boulevard de Guizard. Le 5 novembre 1960, Auguste Raulhac et son épouse succédaient à leur ami Jean Berthier qui, en accueillant des peintres de renom, avait contribué à doter Espalion «de cité des peintres ».
Aux cuisines, après des études hôtelières à Thonon-les-Bains, s’installaient leurs deux fils, André et Roger. Puis André revenait à Paris à la direction de l’établissement de Montmartre La Reine blanche et Roger, qui avait épousé l’Espalionnaise Raymonde Roux en 1961, prenait en charge l’hôtel Moderne.
En 1994, un an après son père, Roger décédait, son fils Jérôme (études à Toulouse où son référent était l’ami de la famille, l’ancien international treiziste Vincent Cantoni) prenait le relais en cuisine et Raymonde continuait à se charger de l’accueil.
Aujourd’hui, presque jour pour jour, après 63 ans dans le giron de la famille Raulhac, Raymonde et Jérôme n’ont pu que fermer l’établissement à leur grand désarroi mais aussi de tous les Espalionnais et d’une fidèle clientèle ou ceux de passage, comme le temps d’un film, Simone Signoret, Jeanne Moreau...
La réputation de l’hôtel Moderne, son accueil incomparable, la cuisine recherchée du restaurant devenu L’Eau vive, titre choisi plus tard par le chef Jérôme, pescofi hors pair, s’est bâtie au fil des temps.
La clientèle enchantée de l’accueil d’Auguste Raulhac et ses histoires et celui inégalable de Raymonde, de la chaleur rétro de son bar à la peinture du pont Vieux agrandie par les glaces, le charme désuet mais agréable de son salon arborant les toiles d’Ayrinhac, Désiré Lucas, Chauviac, Markowitch... Ont contribué à ce renom, tout comme sa cuisine.
Écrevisses à l’américaine, délices de Mathilde (entrée créée par Roger pour la naissance de sa fille), aujourd’hui les poissons de Jérôme et depuis toujours ces merveilleuses assiettes de multiples pâtisseries.
Banquets de classes, d’anciens combattants, communions, mariages au pays, réveillons courus par les Ruthénois, emplissaient la salle de restaurant alors que juillet et août voyaient l’hôtel affichant complet où s’affairaient jusqu’à vingt employés.
Puis c’était les rendez-vous annuels des CHR que les firmes en concurrence Suze-Pernod (et son fameux rallye terminé par un repas servi par le Moderne au Foiral à 1 300 convives sous un chapiteau au Foiral), Ricard, Pepsi, Perrier, venaient divertir avec des joutes sportives autour du lutteur Daniel Robin, du coureur Michel Jazy, du rugbyman Christian Carrière ou du pistard Claverie (Mr Quart Perrier du Tour de France).
En début des années 1970, c’était aussi l’école hôtelière qu’avait créée Roger et qui, faute de soutien, prit fin au bout de cinq années.
Toute une époque dans une ville bien différente aussi… ».
Nous ne savons pas ce qu’il s’est passé entre 2013 et 2025 mais certainement rien…
C’est seulement depuis quelques jours, en ce début d’août 2025 qu’une banderole annonce la couleur…
L’hôtel va être transformé en logements…
« C'est plus de 30 logements du T2 au T4, avec ascenseur, garages, balcons, mais aussi des locaux commerciaux qui vont voir le jour en lieu et place de l’hôtel moderne… ».
Ayant pratiqué la promotion immobilière pendant longtemps je n’ai pas résisté à l’envie d’en savoir davantage…
Un conseiller de Nord Aveyron Immobilier m’a gentiment donné quelques informations.
Effectivement l’hôtel et le restaurant ne fonctionnent plus depuis des années et des années !
Et le projet immobilier présenté aujourd’hui va consister en une démolition totale de l’existant…
Puis une construction contemporaine avec sous-sol, 3 commerces en pied d’immeuble, et une trentaine d’appartements.
Le prix moyen est d’environ 3 000 € le m2, 2 600 € pour les appartements classiques et 3 600 € pour les plus beaux logements.
Une page de l’histoire d’Espalion se tourne…
Et nous aussi nous tournons, à gauche, vers l’ouest, sur la D920 nommée avenue d’Estaing, justement pour gagner Estaing, notre porte d’entrée pour les gorges du Lot.
Suite au prochain épisode !