Mais commençons par évoquer la route elle-même.
Au départ, en 1824, une route royale est définie « de Rodez à Limoges par Aurillac », « [s'embranchant] près de Bozouls, sur la route n° 88, et [joignant] en avant d'Uzerche la route n°20 de Paris à Toulouse ».
Elle succède à la route impériale 140 et est baptisée Nationale 120.
Ensuite elle été déclassée en RD 920.
Pour la partie d’Aurillac à Bozouls les principales communes traversées étaient :
Il faut noter qu’un nouveau tracé entre Entraygues-sur-Truyère et Bozouls qui emprunte les Gorges du Lot a été inauguré en 1889.
Il faisait suite à une rectification ordonnée le 24 août 1868.
Nous connaissons quelques dates de la construction de cette route, nous les avons évoquées dans les épisodes précédents concernant la vallée du Lot, d’Estaing à Entraygues :
La partie que nous allons emprunter aujourd’hui a été considérablement modifiée mais voici les dates de construction initiales !
Cette route est toujours aussi importante et constitue un axe majeur du Cantal.
D’après les données de 2011 il y circule 4.955 véhicules par jour au Nord d'Aurillac, et 6.120 véhicules par jour au Sud d'Aurillac…
Donc nous avons tenté de répondre à cette question : où se trouvent les sites des cartes postales sur la D920 ?
Ces noms figurent sur les cartes détaillées, notamment IGN mais c’est assez imprécis.
De plus depuis sa construction la route a été considérablement améliorée.
Nous avons superposé quelques tronçons, avant travaux et après travaux.
Ils font apparaitre d’énormes modifications, des virages ont totalement disparu, d’autres ont été profondément rectifiés…
Autre difficulté pour retrouver la route d’il y a plus de 100 ans : la végétation transforme complètement le paysage.
Nous avons néanmoins retrouvé approximativement les lieux des prises de vue de nos anciennes cartes postales.
Nous avons donc défini :
Nous avons également parcouru en Z les petits chemins des environs, visitant les lieux indiqués sur les cartes postales.
Comme d’habitude les cartes postales indiquent souvent des orthographes différentes : Crozafont, Crozafond, Tournadon, Tourmadou, Tournadoux.
Si nous avons trouvé les lieux, il restait à trouver les véhicules que l’on voit sur les cartes postales anciennes. Elles datent des années 1910-1920…
C’est grâce à un superbe document écrit par Monsieur Bosc, à priori non publié, que j’ai pu apprendre quantité de choses sur les véhicules qui circulaient sur la route que nous avons empruntée, maintenant nommée D920.
Pour transporter les personnes, la messagerie des postes et des colis, il fallait utiliser la malle-poste (diligence hippomobile, patache aux rideaux de cuir), tractée soit par deux, trois ou quatre chevaux.
Elle ne fut remplacée qu’en 1908 par le premier autobus.
Le parcours de Rodez à Aurillac passait par :
Monsieur Bosc ne fait pas mention de la « déviation » par les gorges du Lot mais il existe quantité de cartes postales anciennes qui montrent les autobus dans les gorges du Lot, notamment à proximité du Rocher du Duc, voir nos épisodes précédents…
Ce fut un autobus à vapeur fabriqué par les établissements Purrey à Bordeaux. Sa première sortie eu lieu le 18 mars 1908 au « grand étonnement » de la population.
Cette voiture fonctionnait au coke et éventuellement le bois des forêts riveraines…
Les roues étaient cerclées de fer comme tous les engins de l’époque, calèches, chars à bœufs, pièces d’artillerie, …
Donc inutilisable en cas de fortes pluies, de neige ou de verglas, il fallait ressortir la vieille diligence…
Ce premier autobus fut utilisé jusqu’en février 1911.
« Avec ce premier autobus à vapeur il fallait une journée pour relier Aurillac à Rodez. 4h30 pour atteindre Entraygues et près de 5 heures étaient décomptées pour parvenir, ensuite, à Rodez, y compris les arrêts… ».
Après février 1911 c’est un autocar Berliet qui fut utilisé.
Il fonctionnait au « carburant à pétrole » et était équipé de roues à bandage de caoutchouc plein.
Il pouvait transporter 12 voyageurs, outre les colis et les sacs postaux.
Il était subventionné par la Compagnie des Chemins de Fer d’Orléans et fonctionna jusqu’en 1914.
Il fut alors réquisitionné et on utilisa à nouveau la diligence jusqu’en… 1920 !
Les anciens courriers furent remplacés par de nouveaux Berliet ou de récents autobus Delahaye à impériale, de 35 places, et d’une puissance de 25 chevaux-vapeur.
Ces véhicules fonctionnaient au « Carburol », un pétrole mieux raffiné, et ils consommaient 50 litres aux 100 kilomètres !
Grand progrès ces autobus étaient équipés de pneus à chambre à air. C’était bien plus confortable malgré le temps perdu lors des crevaisons courantes à cette époque…
« Avec ce premier autobus à vapeur il fallait une journée pour relier Aurillac à Rodez. 4h30 pour atteindre Entraygues et près de 5 heures étaient décomptées pour parvenir, ensuite, à Rodez, y compris les arrêts… ».
C’est l’entreprise Félix Foulquier et successeurs qui assurait la ligne qui fut complétée au cours du temps.
Lors de notre passage nous n’avons vu aucun bus… La circulation était très faible…
Une fois revenu sur la D920 après nos détours sur les petites routes environnantes nous arrivons à l’aire signalant le changement de département.
Une grande borne interdépartementale y est installée, ainsi que 3 bornes de taille classique mais toutes sans inscription.
Par contre sur la borne interdépartementale est fixé un repère de nivellement qui indique 763,48 mètres.
L’aire de cette borne comporte plusieurs panneaux touristiques explicatifs, nous avons particulièrement remarqué celui ou figure la recette de la truffade !
Il ne manque plus qu’à ajouter quelques mots sur
Il ne manque plus qu’à ajouter quelques mots sur les vins d’Entraygues et du Fel pour terminer en beauté ce dernier épisode de la première journée.
Nous avons effectivement vu quelques vignes sur les coteaux des hauteurs d’Entraygues ou du village du Fel…
Un peu d'Histoire : Le Coustoubi et le vin d'Entraygues et du Fel :
« Le « Coustoubi » : habitant des coteaux à vin. Il était maraîcher, et vivait de la vente de fruits, de légumes et de vin. Avec une carriole, appelée « jardinière » et un mulet, il partait vendre sur la montagne (à Laguiole, Nasbinals, St-Urcize).
Le vin dans le temps servait de monnaie d'échange avec le fromage de la montagne, donnait lieu à des joutes oratoires entre le « Mountagnol » et le « Coustoubi ».
Le vignoble d'Entraygues et du Fel fut connu autrefois par ces vins, produits dans un site lunaire, à terre rare. Ces vins furent sans doute les plus grands vins aveyronnais.
Mais Entraygues et Le Fel eurent d'autres privilèges : celui d'être la barrière la plus septentrionale du vignoble rouergat, Entraygues était aussi l'ultime étape de la voie navigable qu'était le Lot. Les Gabarriers descendaient les barriques de vin vers la Basse Guyenne.
Ainsi, grâce au commerce fluvial prospère, tous les cépages du sud-ouest furent implantés dans la région d'Entraygues. Les ingénieurs viticoles qui vinrent dans la Vallée du Lot furent stupéfaits de rencontrer un pareil musée vivant, car bon nombre de cépages qu'ils purent observer n'existaient nulle part ailleurs. Il fut relativement facile de remettre à l'honneur les anciens cépages pour la production de vins typés.
A Entraygues, sur des terres de barènes formées de sable issu de la décomposition du granit, s'était implanté un vignoble spécialisé sur les vins blancs à base de Chenin, le grand cépage de la Vallée de la Loire. Mais le Chenin d'Entraygues a évolué au cours des siècles, jusqu'à former une sous-variété différente du Chenin d'Anjou et très intéressante par sa précocité et la qualité de ses raisins.
Une demi-douzaine de vignerons animés de passion perpétue sur une vingtaine d'hectares la tradition viti-vinicole d'Entraygues et du Fel qui remonte à l'occupation romaine.
Les vins blancs d'Entraygues et du Fel sont secs, nerveux et très parfumés. Dégustés frais, entre 8 et 10°, ils accompagnent parfaitement crustacés ou poissons et fromages de chèvre. Les vins rouges et rosés sont aromatiques, racés et veloutés. Servis à 16°, les vins rouges s'avèrent d'excellents complices pour les spécialités régionales comme tripous du Rouergue, potée Auvergnate ou aligot de l'Aubrac.
Située aux confins du Rouergue et de l'Auvergne, l'aire de production des vins d'Entraygues et du Fel est un terroir pittoresque accroché aux versants de la haute vallée du Lot orientés plein sud. Le vignoble en terrasses et banquettes couvre deux types de sols, d'une part les coteaux de schistes du Fel et de l'autre les terres de barène et granit d'Entraygues.
L'encépagement pour les vins rouges et rosés privilégie le Fer Servadou (ou Mansois) le Cabernet Franc et le Cabernet-Sauvignon. Les vins blancs se composent essentiellement des cépages Mauzac et Chenin. La culture des vignes et l'élaboration des vins font l'objet de soins minutieux de la part de vignerons qui plafonnent le rendement à 45 hectolitres par hectare pour la qualité des vins d'Entraygues et du Fel.
Les vins d'Entraygues et du Fel ont obtenu l'Appellation d'Origine " Vin Délimité de Qualité Supérieure " en 1965. ».
Voilà qui serait parfait pour accompagner une truffade…